Kwagh Hir, Jeux magiques, marionnettes et masques de la région de Gboko Kwagh Hir, Jeux magiques, marionnettes et masques de la région de Gboko

2001-02-27

Maison des Cultures du Monde

Maison des Cultures du Monde

Le Kwagh Hir des Tiv du Nigéria, où les choses ne sont pas ce qu'elles sont�

Marionnettes de bois peintes de couleurs vives et jaillies d'une caisse qui court toute seule sur la place du village, masques effrayants entourés de gueules de serpents, de crocs de monstres, aux sons d'un ensemble de tambours, de grandes cloches de fer battues avec énergie et de chants à pleine gorge, les éléments qui constituent le Kwagh Hir stupéfient chaque fois les spectateurs nigérians par leur force et leur qualité d'invention qui, à la fois, les terrifient et les font rire.
Le Kwagh Hir ou Kwagh Alom ("la chose du lièvre", le lièvre en Afrique comme ailleurs devient le substitut de l'homme), forme dramatique du peuple Tiv, reste encore très vivant dans l'Etat de Benue, au sud de la rivière Benue qui établit une ligne de partage entre le nord (sahélien) et le sud (forestier) du Nigéria.
Les Tiv, au nombre approximatif de deux millions de locuteurs, forment la plus importante des minorités du Nigéria, (les peuples majoritaires étant les Hausa, les Yoruba, les Ibo, les Calabar, etc.).
Autrefois chasseurs, ils seraient venus du Nord et auraient été poussés par d'autres peuples vers le centre du pays. Actuellement agriculteurs, ils se regroupent dans des villages isolés autour de Makurdi et de Gboko. Voici une dizaine d'années encore, chaque village possédait sa troupe de Kwagh Hir. Maintenant, seulement un village sur quatre pratique cette forme d'expression spectaculaire.
Le Kwagh Hir évolue en permanence et certains villages distants de cinquante kilomètres pratiquent des Kwagh Hir à l'aspect extérieur différent. Le Kwagh Hir, lié à la vie sociale, possède encore un fort signifiant symbolique.
Constitué par une succession de petites scènes dansées, masquées, ou interprétées grâce à des marionnettes sur caisse (uniques au monde), le Kwagh Hir joue sur l'effet de surprise des villageois, sur la virulence de la satire sociale mais aussi sur la nécessité d'informer, d'éduquer et sur la mise en garde des apparences.
Chaque chose quotidienne, chaque élément de la réalité, chaque animal et chaque être humain cache un esprit qui peut se révéler bienfaiteur ou destructeur selon la situation ou le jugement qu'il va établir à propos d'une créature vivante. Ainsi, selon son bon plaisir, il peut transformer un rat en marmite, un serpent en puit, un chasseur en singe. Toutes les visions sont trompeuses : les oiseaux deviennent des sorcières, les babouins des paysans mal dégrossis et le lièvre alom l'homme qui triomphe du mauvais sort parce qu'il se montre rusé.
Ainsi un cortège important de personnages divers va danser sur la place des villages en présentant au cours d'un curieux "défilé de mannequins de la métamorphose" des figures à l'aspect extravagant. Taillées dans le bois, peintes aux pigments industriels, vêtues de matériaux de récupération, sac d'ignames en plastique, effilochage de bandes-audio, filaments de câbles pour engins de levage � ces figures montrent à la fois la qualité d'invention des Tiv qui, dans leurs villages aux cases rondes et aux toits de paille, fabriquent des démons, des clowns et des fétiches, mais aussi la richesse de la création de ces sculpteurs-forgerons et tisserands de rien qui sont de véritables artistes.
Les danseurs � tous des hommes, même lorsqu'ils interprètent des rôles féminins � se livrent à une danse aux pas préstructurés, guidés par un groupe de musiciens. Celui-ci se compose d'un ensemble de percussions (tambours mâles à deux peaux nom baude, tambours femelles ngo baude, cloche de fer kwin, tambour à lèvres iliré), d'un hautbois guida et d'un choeur qui, sous la direction d'un maître de chant agitant avec énergie un gros hochet, exécute des chants responsoriaux.
Les musiciens se placent sur un côté de la place du village et s'asseyent sur des pierres ou prennent place sur une petite estrade rudimentaire. L'aire de jeu utilisée par les danseurs et les marionnettistes doit être vaste et dégagée car des improvisations ainsi que des interactions avec les spectateurs peuvent avoir lieu.
En seize ans le Kwagh Hir, (invité à la Maison des Cultures du Monde en 1984) a modifié considérablement sa forme et son contenu. La version des années 80, orientée à la fois vers l'apologie de la fertilité (importance accordée à la danse ondulante des femmes du choeur) était aussi un avertissement de la sévérité des actes de jugements officiels (scène d'exécution capitale par fusillade d'un condamné à l'aide de marionnettes). Le spectacle actuel s'oriente beaucoup plus vers le substrat surnaturel (monstres, sorcières, animaux mythiques) bien que les éléments de constat social restent encore apparents grâce à la présence des marionnettes.
Dans les villages Tiv, privés pour la plupart d'électricité et donc de télévision, le Kwagh Hir reste le moyen de communication privilégié et constitue encore une sorte de sauvegarde de l'identité Tiv. Les sculpteurs, les peintres, les manipulateurs, les danseurs et les musiciens font partie d'un groupe de plusieurs classes d'âge en perpétuelle formation. Sans constituer véritablement des confréries (j'ignore encore s'il existait à l'origine un processus d'initiation), les différents membres du groupe développent entre eux des systèmes de solidarité.
FRANÇOISE GRÜND

- Ter: Marionnette sur caisse, un type de manipulation unique au monde. Ter représente le père des Tiv. Paisible, il fume la pipe et crache de longs jets de salive après chaque bouffée.
- Shimangi: Cette scène de marionnette sur caisse célèbre les vertus du travail. Un homme râpe des turbercules de manioc pour en faire de la cassave.

Musiciens
Adamu Agbende, Donard Shom, Tyover Uzua, Stephen Tyosua, tambours.
Sampercy Ingoroko, gong.
Terhide Zegehiande, hautbois.
Asemakaha Nentso, chanteur soliste.
Hembadoon Shaaji, Eunice Nor, Priscilla Ashiekaa, Lucy Eche, choeur.

Marionnettistes / danseurs
Iyorwuese Ligom, Kende Kaase, Ukanna Ajinge, Tyokumbur Mase, Cihi Kaase, Lanshima Veryongo, Iyuhenande Usaa, Richard Tsevende, Te rngbu Igba.

Accompagnement
Hon. Terhemba Shija, Prince Iorfa Asan, Dr. Patrick Ityohegh, Tyodzua Atim.

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Details

  • Title: Kwagh Hir, Jeux magiques, marionnettes et masques de la région de Gboko Kwagh Hir, Jeux magiques, marionnettes et masques de la région de Gboko
  • Creator: Gründ, Françoise
  • Date Created: 2001-02-27, 2001-02-27
  • Location: Nigéria

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