Le Mont Saint-Michel, 13 siècles d'histoire

Departmental archives of the Manche

Monument phare du département de la Manche, visité par des millions de personnes chaque année, le Mont Saint-Michel constitue un site un majeur consacré deux fois comme patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, la première pour son abbaye, l'une des plus prestigieuses au monde, la seconde pour sa baie immense, balayée par les marées, qui forme un écrin naturel extraordinaire.

Des ducs de Normandie aux rois de France (VIIIe-XIIIe s.)
C’est le 16 octobre 709 qu’Aubert procède à la dédicace de l’église primitive. En 933, le Cotentin et l'Avranchin tombe sous la domination des ducs de Normandie. En 965, l'un d'eux, Richard Ier, réforme le sanctuaire et y installe une communauté bénédictine. Grâce à la protection des ducs, le monastère prospère. Richard II (996-1026) offre ainsi à l'abbaye la possession des îlots granitiques de Chausey qui permet d'engager une grande campagne de constructions durant tout le XIe siècle. Après 1066 et la conquête de l'Angleterre, les abbés du Mont jouent un rôle important auprès des ducs-rois. L'abbé Robert de Torigni (1154-1186) joue ainsi un rôle de médiation entre les trônes de France et d'Angleterre et récupère au passage des revenus pour l'abbaye. Son abbatiat est certainement celui de l'apogée de la communauté. En 1204, le roi de France Philippe-Auguste rattache le duché de Normandie au domaine royal. Durant la campagne, ses alliés bretons incendient le Mont mais le roi, soucieux de se racheter, fait une importante donation pour la reconstruction des bâtiments incendiés.

En 1064, le duc Guillaume, en route pour la Bretagne, est de passage au Mont Saint-Michel.

Témoignant de cette visite, la Tapisserie de Bayeux est certainement la plus ancienne représentation du Mont Saint-Michel.

Ce parchemin est l'un des 16 "survivants" du chartrier de l'abbaye disparu en 1944 lors des bombardements de Saint-Lô et la destruction des Archives de la Manche.

Il s'agit de la donation par Guillaume Pichenoht, de la terre de la Perelle (Guernesey) à l'abbaye du Mont Saint-Michel où il se fait moine.

Il porte la signature du duc Guillaume, Willelmi (une simple croix) mais également de nombreux autres témoins, membres de l'entourage ducal.

Daté de 1054, ce document est le plus ancien document conservé par les Archives de la Manche.

Le Mont en guerre (XIVe - XVIe s.)
Avec sa baie, sa hauteur de 85 mètres, sa situation à la frontière des duchés de Normandie et de Bretagne, le site est naturellement devenu une place forte. Mais c’est la guerre de Cent Ans qui achève de donner au Mont sa stature militaire. La place est la seule forteresse normande à ne jamais tomber sous le contrôle des troupes anglaises. Dans le dernier quart du XVe siècle, Louis XI, en conflit avec le duc de Bretagne, y maintient une importante garnison et fonde l’ordre de Saint-Michel (1469). Les troubles religieux du XVIe siècle n'épargnent pas le Mont. 

Durant la guerre de Cent Ans, les Anglais occupent et fortifient l'îlot de Tombelaine situé à proximité du Mont Saint-Michel.

Le 17 juin 1434, les Anglais bombardent les fortifications et réussissent à s'engouffrer dans le village. Finalement repoussés par les Montois, ils abandonnent leur artillerie, les michelettes.

En 1577, des Huguenots pénètrent pour la première fois dans l'abbaye pour tenter de s'en emparer. Ils échouent mais d'autres attaques ont lieu en 1589, 1591, 1592, 1594, 1595 et 1598.

La prison du Mont (XVIIe-XIXe s.)
Durant l'Ancien Régime, de 1685 à 1789, 147 prisonniers, personnes internées par lettres de cachet ou sur demande de leurs familles, moines indisciplinés ou jansénistes, sont regroupées dans les logis abbatiaux et cohabitent avec les moines. La Révolution utilise à son tour le monastère comme prison et y installe plusieurs prêtres réfractaires à la constitution civile du clergé, puis des chouans et des détenus de droit commun. Un décret impérial du 6 juin 1811, transforme l'abbaye en maison centrale de détention et, en 1817, elle devient une maison de force et de correction pour les détenus des deux sexes condamnés aux travaux forcés. Elle accueille de nombreux détenus de droit commun mais aussi des prisonniers politiques tels que les républicains Armand Barbès et Louis-Auguste Blanqui. Le 20 octobre 1863, un décret impérial ordonne la fermeture définitive de la prison.

Louis XI est le premier roi à utiliser l'abbaye du Mont Saint-Michel pour y enferme des prisonniers. Le souvenir de cette prison est associé à la tristement célèbre mais légendaire cage de fer.

Ici le sieur Le Grand de Cintrey, gentilhomme normand, demande d'effectuer sa peine de 2 ans de prison au Mont afin de pouvoir, explique-t-il, régler quelques "affaires de famille".

En 1793, durant la Révolution, 300 prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé y sont incarcérés.

Vers 1840, 5 à 600 prisonniers peuplent l'ancien monastère. La prison accueille les contestataires de tout genre, aussi bien légitimistes que républicains.

Le développement du tourisme (XXe s.)
L’histoire du tourisme au Mont Saint-Michel débute dès l’époque de la prison. A cette époque le rocher accueille déjà une dizaine de milliers de visiteurs par an. En 1885, ils sont près de trente mille à effectuer le voyage et cent mille en 1910, mais il convient de remarquer que cette fréquentation est facilitée par les nouvelles infrastructures. La construction de la digue en 1878-1879 améliore grandement l’accès au site. Inaugurée en 1901, la ligne de chemin de fer Pontorson-Le Mont-Saint-Michel permet aux visiteurs d’arriver au pied du village. En 2006, avec un million cent vingt-trois mille visiteurs, l’abbaye était le second monument relevant du Centre des monuments nationaux le plus visité en France, derrière l’Arc de Triomphe.

Après 1901, les trains touristiques déposent leurs passagers au pied du village et font demi-tour grâce à une plaque tournante située au bout de la digue.

Arrivée au Mont en 1872 comme femme de chambre de l'architecte Edouard Corroyer, Annette Boutiaut épouse Victor Poulard. Le couple fonde un restaurant devenu l'emblème touristique du Mont.

Les touristes au Mont Saint-Michel dans les années 60

Les affiches touristiques mais aussi des centaines de cartes postales témoignent de cet essor au début du XXe siècle.

Archives départementales de la Manche
Credits: Story

Une exposition présentée par le Conseil départemental de la Manche (direction des archives départementales)


Documentation :
Archives départementales de la Manche
Réalisation et textes :
Jérémie Halais

sous la direction de Jean-Baptiste Auzel, conservateur en chef, directeur des Archives départementales de la Manche

Credits: All media
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