Les "Justes parmi les Nations" de Lombron dans la Sarthe occupée

Comité Français pour Yad Vashem

L'histoire d'Alice et Ernest GUITTON et de la ville de LOMBRON durant l'occupation nazie.

PRÉAMBULE :

La réalisation de cette exposition numérique consacrée aux Justes parmi les Nations de Lombron a été menée sous la responsabilité du Comité Français pour Yad Vashem, dans le cadre du Réseau "Villes et villages des Justes parmi les Nations de France".
La Sarthe est l'un des départements où le nombre de "Justes parmi les Nations" est parmi les plus importants, rapporté à sa population totale. 69 personnes ont reçu cette distinction, mais sans doute bien des sauveurs n'ont pu, jusqu'à présent, être reconnus. Dans la petite commune rurale de Lombron, plus d'une dizaine d'enfants ont été cachés.

LOMBRON DANS LA SARTHE OCCUPÉE :

Avant-guerre, la Sarthe est un territoire surtout rural, parsemé de petites fermes.
Son chef-lieu, Le Mans, a connu un important essor industriel. Facilement accessible par train depuis Paris, c’est un nœud de communication. Des lignes de tramway rayonnent de la ville, l’une d’elles va jusqu’à Mamers et passe près de Lombron.

Dès le XIXe Siècle, la Sarthe est un département de placement d’enfants pour l’Assistance Publique et cette tradition facilitera l’accueil clandestin d’enfants juifs.

UNE TERRE D'ACCUEIL ET DES ATOUTS :
Au début du conflit, la Sarthe reçoit des populations évacuées de Paris.
Lombron, située à l’est du département, compte alors un peu plus de mille habitants. C'est l’une des quinze communes du canton de Montfort-le-Gesnois, arrondissement de Mamers.

LA SARTHE ET LOMBRON SOUS L'OCCUPATION :

A la suite de l’armistice, la France est coupée en deux par la ligne de démarcation.
La Sarthe est en zone occupée et dépend de la préfecture régionale d’Angers.
La collaboration administrative et policière avec l’envahisseur allemand va s’exercer de façon très active. 233 juifs furent déportés dans le département dont 66 enfants de moins de 18 ans.

Contrôle des papiers au passage de la ligne de démarcation.

LOMBRON DANS LA GUERRE :

Au printemps 1940, un état-major d’officiers et sous-officiers allemands séjourne brièvement à Lombron. Le Maire, Alexandre Maugé, membre de la SFIO, démissionne en novembre 1940 et sera remplacé jusqu’à la Libération par Eugène Laclias.

LE MANS SOUS L'OCCUPATION :

La Feldgendarmerie est présente au Mans dès le début de l’occupation.
La Gestapo, dont le siège est à Angers, installe son antenne rue des Fontaines. Aidée de la police française, elle traque juifs et résistants dans les cantons de Mamers, Saint- Calais, Bonnétale, La Flèche, Ecommoy.
Plusieurs préfets mettront en œuvre la politique de collaboration de Vichy. Ainsi le préfet Marcel Picot (fin 1941 à février-mars 1943) organisera plusieurs rafles (les 16 et 17 juillet 1942, en octobre 1942, en janvier 1943).

Troupes allemandes
La 7e armée allemande établit son état-major au Mans en 1942.

Les Justes parmi les Nations de France entrent au Panthéon en 2007.
Hommage de la Nation

Ernest et Alice se marient en 1931 et s’installent à Lombron en 1934. Entre 1934 et 1939, ils ont trois enfants, Maurice, Solange et Roland. Alice avait été employée de maison depuis l’âge de 11 ans. Ernest, orphelin à 14 ans, fut d’abord valet de ferme, puis devint tailleur. Passionné de musique, il jouait de la trompette et de l’accordéon et animait les fêtes villageoises.

A l’automne 1942, à la demande de Lucienne Clément de l’Epine qui cherche des familles d’accueil pour une organisation juive, la WIZO, Ernest et Alice Guitton prennent chez eux le jeune Isaac Abelanski, âgé de 10 ans. Renommé Jean, il sera traité comme leur quatrième enfant. En 1943, par sécurité, sa pension est suspendue mais le couple continue de s’occuper de l’enfant sans demander de compensation. Après la guerre, Isaac, dit Jean, garde des liens d’amitié avec ses sauveurs.

Les frères d’Isaac, Maurice et Robert, sont cachés à proximité. Maurice est hébergé chez des voisins, Marie-Louise et Léon Gasnier, qui accueillent déjà deux enfants juifs, Mireille (9 ans) et Gilbert (12 ans) Siegelman, dont la mère Rosa a été déportée. Robert est placé chez les Courtois, à Montfort le Rotrou, à environ 5 km de Lombron.
Les villageois connaissaient l’origine de ces enfants . Par leur silence, ils les ont protégés.

Alice Guitton reçoit la médaille
Ernest (1904-1969) et Alice Guitton , née Boulay (1911-1993) sont nommés Justes parmi les Nations en 1989. La cérémonie de remise de la médaille des "Justes parmi les Nations" a eu lieu le 21 octobre 1990.

EXCLUSION ET PERSÉCUTION DES JUIFS :

Dès l’automne 1940, l’Etat français, de sa propre initiative, adopte une politique d’exclusion des juifs de la société française. Le statut des juifs d’octobre 1940, renforcé en juin 1941, se traduit par la spoliation des biens et des entreprises, des dénaturalisations, des interdictions d’activités professionnelles, l’internement dans des camps des juifs étrangers de la zone libre.

Plus de 200 ordonnances, lois et décrets antijuifs sont promulgués entre 1940 et 1942.

En zone occupée, la situation des juifs est encore aggravée par le recensement obligatoire d’octobre 1940, qui facilitera les arrestations et les rafles, le port de l’étoile jaune pour les juifs de plus de 6 ans (début 1942), l’interdiction d’accès à la plupart des lieux publics (parcs, lieux sportifs et culturels…), la ségrégation dans les transports.

LE TEMPS DES RAFLES EN ZONE OCCUPÉE :

Les rafles concernent d’abord les juifs étrangers ou apatrides, et peu à peu aussi les juifs français.
14 mai 1941, rafle du « billet vert ». 2.700 hommes juifs étrangers se rendent à une convocation policière. Arrêtés aussitôt, ils sont internés à Pithiviers et Beaune la Rolande. Entre le 20 et le 24 août 1941, plus de 4.200 hommes sont raflés et internés à la cité de la Muette à Drancy. Parmi eux, 1500 juifs français, dont des notables.
Le 12 décembre 1941, 743 hommes presque tous français, des notables essentiellement, sont arrêtés et internés au camp de Compiègne-Royallieu.

Ces rafles alimenteront les six premiers convois partis de France pour Auschwitz entre le 27 mars et le 17 juillet 1942. Décidées par les Allemands, elles ont été menées en grande partie par l’administration et la police françaises.

LA RAFLE DU VEL D'HIV, 16 ET 17 JUILLET 1942 :

12.884 personnes sont arrêtées, y compris vieillards, femmes et enfants, lors de cette rafle menée par la police française.
Les célibataires et les couples sans enfants sont conduits à Drancy.
Les familles sont parquées au Vel d’Hiv dans des conditions épouvantables, puis conduites dans les camps de Pithiviers et de Beaune la Rolande.
4.000 enfants (âgés de 2 à 16 ans) seront brutalement séparés de leurs parents, déportés à Auschwitz. Eux-mêmes seront déportés entre le 17 et le 31 août 1942.

CAMPS ET PRISONS DANS LA SARTHE :

Plusieurs lieux d’internement ont existé dans le département, le camp de Mulsanne, à 13 kilomètres du Mans, fut le plus important :
En 1939, les troupes britanniques installent un camp d’instruction et de cantonnement.

Camp de Mulsanne
A partir de juin 1940, et jusqu’en mai 1941, les allemands y détiennent des soldats français prisonniers avant de les envoyer en captivité en Allemagne.

Jusqu’en août 1942, le camp sert à l’internement des tsiganes.
Mulsanne devient alors un camp de transit pour les juifs raflés dans la Mayenne et la Sarthe.
Entre le 8 et le 14 octobre 1942, 142 juifs y sont détenus, dont 45 enfants. Ils sont transférés à Drancy, puis déportés à Auschwitz en novembre 1942.

ARRESTATION D'ENFANTS JUIFS :

Le 14 octobre 1942, les Allemands arrêtent et internent au camp de Mulsanne une dizaine d’enfants juifs hébergés dans la pension de Marguerite Houssin à Cérans-Foulletourte à une quarantaine de kilomètres de Lombron.
Transférés à Drancy, ils sont ensuite placés temporairement dans des foyers de l’UGIF.
Marie Krajzelman, 8 ans, sera raflée par Aloïs Brunner avec 250 autres enfants. Déportée avec 200 enfants par le convoi 77 du 31 juillet 1944, elle sera gazée à son arrivée à Auschwitz.
Marguerite Houssin réussira à cacher le petit Jacques Kitnis, 3 ans. Elle-même sera emprisonnée puis libérée.

Dès l’été 1942, hommes, femmes, enfants, voire des familles entières, sont arrêtés. En août 1942, le gouvernement de Vichy livre aux Allemands 10.000 juifs extraits des camps d’internement ou raflés dans le Sud de la France.
L’opinion de la population évolue, de hauts membres de l’Eglise, parmi lesquels Monseigneur Salièges, dénoncent publiquement les persécutions à l’encontre des juifs.
Des filières de sauvetage associant juifs et non-juifs se mettent en place, notamment pour la sauvegarde des enfants.

ITINÉRAIRE D'UN ENFANT SURVIVANT DU VEL D'HIV :

Joseph Weismann, 11 ans, est raflé le 16 juillet 1942 à Paris. Interné au Vel d’Hiv puis à Beaune la Rolande, il s’en évade avec un camarade. Revenu à Paris, il est placé au foyer Lamarck.
Après les rafles de février 1943, Lucienne Clément de l’Epine l’emmène à Pont de Gennes, à 4 km de Lombron, où il est caché chez une lavandière avec deux petites filles juives, Judith et Léa. Prénommé René, il va à l’école du village et obtient le Certificat d’Etudes.
Après la guerre, il est adopté par une famille sarthoise.
Ses parents et ses deux sœurs, Charlotte, 13 ans, et Rachel, 7 ans, sont déportés sans retour.

Marcelle Guillemot
Directrice de "la Clairière", œuvre médico–sociale et patronage d’enfants du Temple de l’Oratoire du Louvre,elle organise le sauvetage d’enfants juifs. Résistante protestante, infirmière et assistante sociale, elle organise avec le pasteur Vergara et Suzanne Spaak le sauvetage d’enfants devant être déportés, placés dans les foyers parisiens de l’UGIF. Ils demandent aux paroissiens de se proposer pour offrir une sortie d’une journée à des enfants des centres Lamarck et Pantin. Dans la semaine du 16 février 1943, 63 enfants de 3 à 18 ans furent sortis, puis convoyés par les éclaireuses aînées du Temple vers des lieux sûrs. Marcelle Guillemot réussit à échapper à la Gestapo en juillet 1943 Elle fut nommée "Juste parmi les Nations" en 1989

Suzanne SPAAK
Résistante, protestante, issue de la haute bourgeoisie belge, elle s’installe avec son mari à Paris en 1936. En 1941, elle devient présidente du Mouvement National Contre le Racisme (MNCR). Elle s’attache au sauvetage d’enfants juifs et organise avec le pasteur Vergara et Marcelle Guillemot la fuite d’enfants placés dans les foyers parisiens de l’UGIF en février 1943. Membre du réseau de résistance "l’Orchestre Rouge", elle est arrêtée par la Gestapo à Bruxelles ainsi que d’autres membre de sa famille dont sa fille aînée Lucie, 16 ans en 1943. En octobre 1943, elle est emprisonnée à Fresnes. Torturée, elle sera fusillée le 12 août 1944, 13 jours avant la libération de Paris. Elle est nommée "Juste parmi les Nations" en 1985.

Pasteur Vergara
En février 1943, une œuvre protestante, La Clairière, dirigée par le Pasteur Paul Vergara, avec l’aide de Marcelle Guillemot et Suzanne Spaak, arrive, sous le prétexte d’une promenade, à soustraire 60 enfants du Foyer Lamarck, et les cache dans des familles de l’Oise, de la Seine-et-Oise, de la Seine-et-Marne et de la Sarthe. L’Entraide Temporaire, qui regroupe des laïcs, des catholiques, des protestants et des juifs, s’est aussi impliquée dans ces sauvetages.

Juliette Stern
Ancienne Secrétaire Générale de la WIZO. Membre du Conseil d’Administration de l’UGIF, elle en dirige les services sociaux et supervise le service 42 "Enfants isolés". Début 1943, elle double le service 42 d’un service clandestin 42b – code SF – chargé de cacher les enfants. Elle bénéficie de l’aide de diverses organisations caritatives (Secours national, Croix-Rouge, etc.), de municipalités et d’institutions laïques et religieuses. Au printemps 1943, les Allemands ont des soupçons. Le 30 juillet 1943, une vingtaine de membres du Service 42b sont arrêtés et déportés sans retour. L’activité clandestine se poursuit cependant.

Joséphine Getting
Assistante sociale et créatrice du service social à l’hôpital. Juliette Stern lui confie la direction du Service 42. Elle organise le service 42b, et détourne des fonds officiels de l’UGIF pour cacher les enfants. Arrêtée avec ses collègues, elle est déportée sans retour à Auschwitz en septembre 1943. Elle était aussi membre du réseau de résistance belge "Comète".

Lucienne Clément de l'Epine
Assistante sociale, fervente catholique, elle est révoltée par le "Statut des Juifs" et les persécutions.Lucienne est nommée "Juste parmi les Nations" en 1990.

Quelques mots d’Alain Grémillon, maire de Lombron
Pendant la deuxième guerre mondiale, la Sarthe a été une terre d’accueil pour les enfants juifs qui se sont retrouvés dans une soixantaine de familles réparties dans 30 communes sarthoises.
Pont de Gennes, Monfort Le Rotrou (villages réunis en Montfort le Gesnois) et Lombron occupèrent les premières places et rassemblèrent à elles trois la moitié de l’effectif départemental...

...Il faut aujourd’hui encore faire face au retour des nationalismes, des populismes, des extrémismes, en rappelant les valeurs de notre Démocratie – la Liberté, l’Egalité, la Fraternité – et en gardant en mémoire le courage de toutes celles et tous ceux qui se sont battus pour ces valeurs, le courage de celles et ceux qui ont sauvé des vies au péril de la leur...

..Alice Guitton avait reçu la médaille des Justes parmi les Nations en 1990 (son mari, Ernest, était décédé). Aucune cérémonie n’avait été organisée à Lombron...

...Pour rendre hommage à Ernst et Alice Guitton et à Georges et Yvonne Mary, la mairie de Lombron a inauguré un espace, près de l’école Pierre de Ronsard à Lombron, le 10 mai 2009...

Alain Grémillon Maire de Lombron.
...Ne pas oublier notre histoire, ne pas oublier ces enfants cachés et ceux qui les ont cachés, c’est, pour moi, le sens de cette exposition numérique.

Credits: Story

Informations complémentaires sur le site du Comité Français pour Yad Vashem,


Conception - Comité Français pour Yad Vashem
Historienne - Sabine Zeitoun
Rédactrice - Viviane Lumbroso - Annick Chanu
Crédits Photos
Archives Départementales
Famille Abelanski
Commune de Lombron
CDJC
Comité Français pour Yad Vashem

Credits: All media
The story featured may in some cases have been created by an independent third party and may not always represent the views of the institutions, listed below, who have supplied the content.
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