Georges Méliès, magie et cinéma

La Cinémathèque française

Le 28 décembre 1895, le magicien Georges Méliès, propriétaire du théâtre Robert-Houdin depuis 1888, assiste fasciné à la séance du Cinématographe Lumière à Paris.

Ébloui, Georges Méliès désire acquérir un exemplaire de l’appareil, mais les Lumière refusent de le lui vendre : « Cette invention n’est pas à vendre et d’ailleurs, mon cher ami, vous pouvez m’en remercier car pour vous elle serait la ruine. Elle peut être exploitée quelque temps comme une curiosité scientifique, mais en dehors de cela, elle n’a aucun avenir commercial.… ».

Dès le printemps 1896, toutefois, on trouve à Paris des appareils rivaux, comme celui de George William de Bedts.

Cependant Méliès, qui a des connections à Londres grâce à son réseau de magiciens, préfère se rendre chez l’opticien Robert William Paul, qui vend un projecteur de film 35 mm dit Theatrograph, équipé de deux croix de Malte à sept branches chacune et de deux débiteurs dentés.

Revenu à Paris, Méliès transforme le projecteur Paul en appareil de prise de vues. Il inverse le système, l’enferme avec un objectif Zeiss 54 mm dans une boîte en chêne, installe un obturateur à boisseau et un presseur métallique qui vient bloquer par intermittence le film devant la fenêtre.

Il se fait la main en réalisant un plagiat d’une bande Lumière, Une partie de cartes, premier titre de son catalogue. Le deuxième film, Une séance de prestidigitation, fusionne magie et cinéma et ouvre une voie royale à tous les futurs effets spéciaux. S'en suivront des centaines de films, parmi lesquels, par exemple, Automaboulisme et autorité.

Méliès possède encore sa caméra en 1937 , et il la décrit ainsi dans ses Mémoires (en parlant de lui à la troisième personne) : "Nous allons revenir maintenant à la première caméra construite par Méliès. Cette machine, encore en sa possession, était un véritable monument, d'un poids énorme, et d'un transport fort malaisé. Une boîte en chêne renfermait le mécanisme, monté lui-même sur une lourde plate-forme en fonte. Le pied de l'appareil était large, encombrant et lourd ; un gros volant de fonte, fixé sur l'un des pieds du trépied, augmentait encore le poids. Par l'intermédiaire d'une courroie de cuir, il servait à communiquer le mouvement à une poulie placée sur le côté de la boîte, qui mettait en mouvement le mécanisme intérieur. Ce volant de fonte, de 0,50 m de diamètre, grâce à la petite dimension de la poulie faisait obtenir une multiplication semblable à celle des bicyclettes, et produisait une vitesse de 16 à 18 images à la seconde. (...) Méliès fut assez satisfait des résultats obtenus par cette première caméra, mais celle-ci outre son poids énorme, avait aussi l'inconvénient de faire un tel vacarme que le constructeur l'appelait lui-même plaisamment son Moulin à café ou sa Mitrailleuse".

C’est peut-être grâce à sa première caméra que Méliès est devenu le roi du « film à trucs ». Le fonctionnement de l’appareil est en effet brutal. Un jour, place de l’Opéra, le film bourre. Méliès replace la pellicule, reprend le tournage. A la projection, il s’aperçoit qu’un omnibus s’est brusquement transformé en corbillard, grâce à cet « arrêt de caméra » imprévu.

Comment projeter ses films au théâtre Robert-Houdin, puisque l’appareil de Paul sert désormais de caméra ? Méliès, aidé de Korsten et Reulos, s’inspire d’un projecteur existant, celui de Louis Charles, et fabrique le Kinétographe Robert-Houdin. Le 5 avril 1896, Méliès est en mesure d’effectuer ses premières projections dans son théâtre.

Le Kinétographe Robert-Houdin, qui sera breveté le 4 septembre 1896, est pourvu d’un système original : une rampe hélicoïdale, dans laquelle s'engagent successivement une série de goupilles montées sur un arbre relié au débiteur denté. Pour la première fois probablement, la bobine débitrice est enfermée dans un carter, afin de le protéger de la poussière et du feu.
Deux exemplaires du Kinétographe sont fabriqués, dont un qui servira aux frères magiciens Emile et Vincent Isola, pour une projection de films à Berlin, Unter den Linden, le 26 avril 1896. L’année suivante, Méliès tentera en vain de commercialiser un Kinétographe pour amateur.

A la fin de l’année 1896, Méliès est en mesure d’éditer son premier catalogue, qui contient déjà 45 bandes, la plupart truquées. En 1897, il édifie à Montreuil un studio vitré de prise de vues. Il y réalisera jusqu’en 1913 quelque 500 films, dont beaucoup ont marqué l’histoire du cinéma.

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