Jeanne d'Arc figure politique

Forteresse Royale de Chinon

à travers les collections de la Forteresse royale de Chinon.

L’héroïne empanachée de la monarchie
À la fin du XVIIe siècle, Jeanne d’Arc est utilisée pour légitimer certains choix politiques et exalter la fidélité à la royauté. Le cardinal de Richelieu est à l’origine d’une galerie qui comptait vingt-cinq portraits d’illustres, dont trois femmes : Jeanne d’Arc, Marie de Médicis, et Anne d’Autriche. À travers ce projet, il avait pour intention de valoriser ceux qui ont donné leur vie pour le roi et l’État. Le tableau de Simon Vouet qui figurait dans cette galerie a été détruit en 1940 (ce tableau est désormais attribué à Philippe de Champaigne, premier peintre du roi Louis XIII). Il est connu grâce à la gravure de la Puella Aureliaca qui figurait dans l’ouvrage de Vulson de la Colombière en 1650. Jeanne d’Arc y est représentée comme une amazone portant un chapeau à plume, ce panache étant le symbole de la victoire. Ses attributs guerriers sont réduits à une parodie d’armure. Au XVIIIe siècle, sur la gravure de l’atelier Blin, le chef de guerre qu’elle incarne disparaît au profit d’une courtisane élégante.

Une héroïne pour les royalistes et les républicains
Au XIXe siècle, tous les arts (littérature, sculpture, peinture …) s’emparent de Jeanne d’Arc. La Monarchie de Juillet montre un intérêt particulier pour cette figure allégorique de la France monarchique et médiévale. Le style troubadour règne en maître. C’est à cette période que Quicherat publie son Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc et que Michelet lui consacre une partie du tome V de son Histoire de France. En 1837, le roi Louis-Philippe crée un musée dédié « à toutes les gloires de la France ». Jeanne d’Arc écoutant ses voix, le chef-d’œuvre de sa fille Marie d’Orléans, y occupe une place de choix. À la suite de celle-ci, Jean-François Gechter et François Rude s‘inscrivent dans ce courant troubadour et romantique. Sous la IIIe République, le nationalisme est renforcé par la défaite de 1870 et Jeanne d’Arc devient une héroïne républicaine présente dans tous les manuels scolaires. Elle est le sujet du premier monument commémoratif de la République, celui d’Étienne Frémiet inauguré en 1874. Le député Joseph Fabre envisage d’instituer une fête nationale de Jeanne d’Arc mais le projet ne verra pas le jour à cause des tensions avec l’Église qui aboutiront, en 1905, à la séparation de l’Église et de l’État. En 1896, Félix Faure inaugure à Reims la statue équestre réalisée par Paul Dubois. Placée en face du grand portail, elle tourne le dos à la cathédrale…

Jeanne d’Arc et l’imagerie populaire
Jeanne d’Arc a occupé une place de choix dans l’imagerie populaire du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Précieux témoignage sur l’histoire des sociétés, les images populaires ont toujours su toucher les publics les plus larges. Le Nord-Est de la France est la région qui compte le plus de centres de production : Épinal, Nancy, Metz, Wissembourg et Strasbourg. Les images les plus connues sont celles d’Épinal, essentiellement éditées par les entreprises Pinot et Pellerin, où Jeanne d’Arc apparaît pour la première fois en 1822. Par la suite, la maison d’édition Pellerin fait appel à des illustrateurs célèbres, comme Job, pour la représenter.

L’imagerie Wentzel de Wissembourg reste méconnue en France malgré une production contemporaine, abondante et multi-lingues. Les ateliers des Imageries réunies de Jarville-Nancy sont actifs plus tardivement, entre le début du XXe siècle et la Seconde Guerre mondiale.

L’Église, entre sentiments chrétien et patriotique
Après les procès en condamnation et en réhabilitation, un troisième procès débute en 1868, à l’initiative de Monseigneur Dupanloup, évêque d’Orléans. Il s’agit du procès en canonisation de Jeanne d’Arc. Encouragé par le pape Léon XIII en 1894, il aboutira en 1920. Parallèlement, l’église envisage la création d’une basilique en hommage à Jeanne. Sa construction débute à Domrémy, son village natal, en 1881. Béatifiée en 1909 puis canonisée un an après la fin de la Première Guerre mondiale, Jeanne d’Arc trouve alors naturellement sa place dans toutes les églises de France. Les villes où elle est passée n’ont pas attendu cette forme de reconnaissance pour évoquer sa mémoire. À Chinon, un vitrail du grand maître verrier tourangeau Léopold Lobin et une statue en marbre de François Sicard sont inaugurés dans l’église Saint-Étienne en 1900. À travers l'art du vitrail et la statuaire religieuse, la figure johannique réunit sentiments chrétien et patriotique.

Jeanne d’Arc aux côtés des poilus
Durant la Première Guerre mondiale, Jeanne devient un symbole du nationalisme français et son image est utilisée dans le cadre de la propagande de guerre. Des cartes postales à son effigie sont largement diffusées et servent de support pour la correspondance des poilus. Des affiches sont imprimées pour soutenir l’effort de guerre. En France, les toutes premières affiches de ce type sont imprimées après le bombardement de la cathédrale de Reims. En Angleterre, Bert Thomas crée le premier une affiche avec l’inscription suivante : « Joan of Arc saved France, Women of Britain, Save Your country, Buy War saving Stamps ». Le slogan fut repris aux États-Unis sur l’affiche de William Haskell Coffin en 1918. L’affiche montre Jeanne en armure dans un halo de lumière, brandissant une épée, avec l’incription : « Joan of Arc saved France (…) Women of America save Your Country, Buy War Saving Stamps ». William Haskell Coffin, au début de sa carrière, la représente sous les traits d’une jeune beauté conquérante. Il deviendra célèbre après la première guerre mondiale pour ses Coffin-girls, les fameuses pin-up des calendriers américains.

Jeanne d’Arc accaparée par le régime de Vichy
Au début du régime de Vichy (1941), Jeanne d’Arc est utilisée par le Bureau de documentation du Chef de l’État. Elle apparaît alors aux côtés des autres héros de la France médiévale, Duguesclin et Bayard notamment, pour défendre le concept de France éternelle. De nombreuses brochures et affiches sont éditées sur cette thématique chère au maréchal Pétain. Mais, entre 1943 et 1944, l’image de Jeanne d’Arc est utilisée par le régime de Vichy à des fins de propagande antibritannique. Les Français de Londres ne sont pas en reste et un tract utilisant l’image de Jeanne d’Arc est largué par les avions alliés de la Royal Air Force en 1941.

Une icône toujours populaire
De manière ininterrompue depuis 1430, Orléans célèbre son héroïne libératrice tous les ans ! Les festivités se déroulent sur une semaine, généralement du 29 avril au 8 mai. Depuis le début du XXe siècle, d’autres villes johanniques suivent l’exemple orléanais et commémorent chaque année la mémoire de la Pucelle.

En 1956, le cinquième centenaire du procès en réhabilitation suscite un regain d’intérêt. Les fêtes se multiplient et, entre 1950 et 1960, de nombreuses affiches sont éditées à cette occasion. À la suite de cet événement, la Forteresse de Chinon inaugure son propre musée dédié à Jeanne d’Arc en 1961. Créé à l’initiative d’Henri Dontenville, le musée, géré par l’association Connaissance de Jeanne d’Arc, est installé dans la tour de l’Horloge. Il y restera pendant quarante-neuf ans, jusqu’au déménagement d’une partie des collections dans les logis royaux en juin 2010. Durant toute cette période il est resté le seul espace muséographique de la Forteresse, pour le plus grand plaisir des admirateurs de Jeanne d’Arc.

Forteresse de Chinon
Crédits : histoire

Conseil Départemental d'Indre-et-Loire
Christophe Raimbault - CD 37
Joël Pairis - CD 37
Frédéric Casanova
Benjamin Silvestre
La Société d'Histoire de Chinon Vienne & Loire

Remerciements : tous les supports
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