La mode à Versailles : Lui

Château de Versailles

Paraître à la Cour n'est pas si simple pour ces messieurs. Frac, justeaucorps, gilet ou veste, les grandes tendances de la mode masculine se dessinent dans les années 1780. Les silhouettes s'affinent, mais qui étaient les hipsters du XVIIIe siècle ?

Chapitre I : Les grandes tendances de la mode
Le costume masculin est constitué de trois pièces principales : le justeaucorps dit encore habit puis frac, le gilet ou veste, la culotte. Les formes se simplifient, vers une silhouette affinée et exempte d’artifice.

La lettre qui accompagne cette gravure relate la typologie du costume de l'époque : « Habit de printemps à la Française. Monsieur le Comte de provence. Cet habit, quoique plus simple, est de la même forme que celui du roi. Il offre le type de l'habit à la française tel qu'il fut porté à la fin de l'ancien régime. [...] L'habit à la française comporte un justeaucorps, une veste, une culotte. Le justeaucorps, plus ample que le frac à l'anglaise, ne se ferme pas, quoi qu'il soit garni de boutons et de boutonnières. Le col en est droit et de même étoffe, au contraire des cols à l'anglaise, rabattus et de couleur différente. Le justeaucorps est muni de poches extérieures dont les pattes constituent un ornement essentiel. Le gilet très long, muni de manches [...], est généralement de couleur différente ; il descend bas sur les suisses et comporte des basques [D'où l'expression "être collé aux basques de quelqu'un", NDLR] en avant et en arrière...»

« ...La culotte, de même étoffe que le justaucorps, est serrée au-dessous du genou par une étroite jarretière à boucles, et ornée le long de la couture, d'une rangée de petits boutons. Les boucles des souliers, carrées et descendant bas sous le coup-de-pied, étaient dites à la d'Artois. Le chapeau, simple tricorne de feutre noir, bordé de blanc, était plus souvent porté à la main ou sous le bras que sur la tête : il demeure inséparable de l'habit à la française, tandis qu'on accompagne les vêtements à l'anglaise de chapeaux dont deux bords seulement sont relevés soit sur le front (à la suisse), soit sur les côtés.»

François-Guillaume Ménageot fut nommé en 1780 membre de l’Académie Royale puis fut choisi en 1787 pour remplacer Louis Lagrenée dans la direction de l’Académie de France à Rome. Cet élégant portrait met en scène l’artiste dans un gilet blanc à grands revers brodé de fleurs de barbeaux (motif alors très en vogue) et veste de soie violette à haut col. Une longue écharpe de linon blanc entourant le cou est nouée sur un jabot plissé s’ouvrant en éventail sur la poitrine. Les cheveux abondants poudrés du peintre sont coiffés en ailes de pigeon.

Chapitre II : paraître à la cour
Pour paraître devant le roi, il faut avoir le bon « dress code » en toute circonstance : réunion ministérielle, bal princier, revue militaire, en somme, tout ce qui fait le faste de la cour.
#1 Le grand habit de cour
La figure royale se distingue par son vêtement, caractéristique de la fonction, à savoir le costume de sacre qui met en scène le sceptre, le manteau fleurdelisé à revers en hermine, la couronne fermée ainsi que la main de justice.

Louis XVI est vêtu de la même manière que ses illustres aïeuls, comme en témoignent le portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud et celui de Louis XV par Louis-Michel Van Loo. Le bleu d’une lourde tenture fait écho au manteau à fleur de lys du sacre ainsi qu’à l’étoffe qui recouvre le sol, et derrière le roi la colonne, symbole de pouvoir et de puissance. Le blanc de la fourrure d’hermine à l’intérieur du manteau et celle du col éclaire et illumine le visage du roi. Louis XVI porte également une chemise à manches longues de soie blanche travaillée, culottes bouffantes, bas de soie blanche, chaussures claires à large boucle et talonnette rouge usuelle à la cour auprès des nobles. Comme son grand-père, il tient dans la main gauche gantée de blanc un chapeau orné de plumes blanches. Autour de lui sont disposés les regalia : sur un coussin fleurdelisé placé à sa droite, la main de justice et la couronne. La main de justice, qui symbolise le pouvoir du roi de rendre la justice, est ici représentée par une main gauche en argent.

Comme indiqué dans l’inscription accompagnant la gravure, il s’agit du monarque : « Vêtu simplement de l’habit Français de velours cerise brodé autour ; les paremens et la veste étoffe d’or, brodés comme l’habit avec des paillettes d’or de diverses couleurs. »

Les attributs du monarque dans les portraits officiels sont l’habit et la culotte de velours pourpre, symboles de noblesse tant par la couleur que par le raffinement du tissu. Il est ici vêtu de cet habit rouge avec la croix et le cordon bleu du Saint-Esprit, l’ordre de la Toison d’or, et le manteau du sacre posé sur l’épaule droite.

Lors du Salon de 1787, Louis XVI fut représenté à mi-corps, en habit de cour. Il est enveloppé d’un large drapé à l’effet majestueux et coiffé d’une perruque à deux rouleaux et long catogan. Sur un habit de cour barré d’un ruban moiré, le bijou de l’Ordre de la Toison d’or est attaché par un simple ruban. Le souverain porte également la croix de chevalier de l’ordre de Saint-Louis.

#2 L'habit de cour
L’habit de cour est un habit à la française ou habit d’été, souvent constitué d’étoffes précieuses comme le velours, la soie ou le satin. Contrairement à la mode en vogue sous le règne de Louis XV, les formes s’assagissent, et la couleur joue peu à peu un rôle déterminant.

Ami personnel de Louis XVI, le comte d’Angiviller fut nommé directeur général des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures de France à l’avènement de celui-ci en 1774. Il est ici vêtu d’un habit d’été et culotte taillés dans un tissu de soie couleur lilas, rappelant ainsi qu’il est chevalier de l’ordre du Saint-Esprit, ordre du roi. Le gilet de soie écru confère un caractère lumineux au ministre.

La figure du duc et pair des ordres du roi occupe une des premières places à la cour. Ici, il « est vêtu d’un habit d’été brodé ». L’épée, le ruban bleu céleste qui ceint sa poitrine ainsi que la plaque brodée sur son habit attestent son rang.

Le costume de cour est aussi parfois un costume de fête, réalisé à l’occasion de bals princiers. Dans le cas présent, ce vêtement fut adopté par les Grands de la cour et aperçu aux bals de la reine de 1774, 1775 et 1776 sous le nom de Costume de Henri IV en raison notamment de la présence de la fraise ou collerette, de hauts-de-chausses rembourrés ainsi que du chapeau à panache.

#3 Le costume militaire
Le costume militaire marque la singularité de la fonction de chaque officier des régiments royaux.

Le duc de Brissac, dernier compagnon de Madame du Barry après la mort de Louis XV, est ici vêtu du costume de sa fastueuse fonction, capitaine des Cent Suisses du roi et Gouverneur de Paris. Son costume de capitaine-colonel conjugue collerette, panache et habit argenté à motif floral.

Le comte d’Artois, frère du roi, est représenté dans son uniforme de Colonel du régiment d’Artois-Dragons, composé d’un habit vert foncé, à col droit, de boutons blancs, d’un gilet et d’une culotte de drap blanc.

Le costume du colonel ne différait que par certains détails de l'uniforme des officiers qui comportait un haut plumet blanc bordé de rouge dans la partie supérieure, un col rouge et les épaulettes d'argent.

Représenté à l’âge de 31 ans, le marquis de La Fayette porte l’uniforme de capitaine du régiment de Noailles, à savoir un habit en drap bleu roi à parements rouges et col droit. Héros de l’Indépendance américaine, il fut nommé en 1781 maître de camp du 5ème régiment de Cavalerie du roi.

Chapitre III : nouveautés et libertés
L’anglomanie qui se manifeste dans les années 1780, notamment à travers l’apparition du jardin anglais, se retrouve dans la mode masculine. La redingote, importée d’Angleterre en 1725 et nommée "riding-coat" (vêtement pour monter à cheval), est longue et munie de petits collets pouvant se relever. À la fin du siècle des Lumières apparaissent la redingote à la lévite, qui a des revers séparés du collet et fixés par des boutons, ainsi que la lévite à l’anglaise.

Le député porte une redingote à la lévite, constituée de trois collets en gradins, dont les revers sont séparés du collet, ainsi qu’un gilet rayé.

L’écrivain est ici vêtu d’une lévite à l’anglaise ornée de boutons de métal, taillée dans une étoffe à rayures, conformément à la mode de la fin du XVIIIe siècle.

Crédits : histoire

Catherine Pégard, Présidente du château de Versailles

Laurent Salomé, directeur du musée national

Thierry Gausseron, administrateur général

Béatrice Sarrazin, conservatrice générale, en charge du département des peintures

Yves Carlier, conservateur général, en charge du département de la gestion des collections

Vincent Bastien, docteur en histoire de l'art, assistant des conservateurs et commissaire de l'exposition numérique

Géraldine Bidault, responsable de la photothèque numérique et de la mise en ligne des collections, commissaire de l'exposition numérique

Ariane de Lestrange, directrice de la communication

Paul Chaine, chef de service du développement numérique

Maïté Labat et Marie Delamaere, coordinatrices de l'exposition numérique

Remerciements : tous les supports
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