Histoire d'une courtepointe en dentelle

MoMu - Fashion Museum Antwerp

À la découverte d'un savoir faire du XVIIIe siècle  

La courtepointe
 
Cette courtepointe de 2 m sur 1,5 m est l'une des plus belles pièces de dentelle aux fuseaux fabriquées en Belgique. Elle a été réalisée vers 1750 et était probablement destinée à une famille royale d'Europe.

Elle était utilisée pour des occasions particulières, telles que des mariages ou des naissances. Selon une tradition largement répandue en Europe à l'époque, les mères avaient l'habitude de recevoir des visites dans leur chambre peu de temps après l'accouchement. Des textiles on ne peut plus luxueux renforçaient le côté festif de l'événement.
 

La dentelle aux fuseaux
 
Contrairement à d'autres techniques textiles telles que le tissage et la broderie, employées depuis des milliers d'années, la dentelle aux fuseaux n'est apparue que vers 1550. Elle s'est développée à partir de techniques de tressage antérieures. Au départ, les fils enroulés sur les fuseaux étaient entrelacés de manière à dessiner des formes géométriques simples.

La dentelle aux fuseaux semble avoir été inventée à peu près à la même époque dans plusieurs pays d'Europe. Le commerce international, ainsi que la publication de recueils de patrons en Espagne, en France, en Italie et en Suisse ont contribué à son adoption rapide en tant qu'accessoire de mode.

La composition
 
À la moitié du XVIIe siècle, la création de compositions détaillées représentant des motifs floraux, voire des personnages, témoigne de l'évolution rapide des techniques de confection de dentelle.

Ce fragment représente un médaillon sur lequel figure un moine ou un prêtre. Il provenait sans aucun doute de la nappe d'un autel ou de l'aube d'un prêtre, utilisées l'une et l'autre dans les églises catholiques romaines.
 

Un véritable savoir-faire
 
Vers la fin du XVIIe siècle, les fils de lin servant à fabriquer la dentelle aux fuseaux de premier choix sont presque aussi fins que des cheveux. La dentelle atteint des sommets de raffinement.
 

Ce fragment de manche a vraisemblablement été fabriqué dans la région d'Anvers. Il présente des motifs floraux délicats dissimulant un arrière-plan en toile d'araignée composé de mailles en forme de flocons de neige. Les villes d'Anvers et de Bruxelles étaient au cœur du commerce international de la dentelle.
 

Les usages de la dentelle au XVIIIe siècle
 
La dentelle était essentiellement vendue sous la forme de volants ou d'entredeux servant à orner des costumes, de la lingerie, du linge de maison, ainsi que des vêtements liturgiques pour l'Église catholique romaine.

Cette bordure, qui a sans doute été créée dans la province du Brabant, de la Flandre orientale ou du Hainaut, illustre parfaitement le degré de naturalisme obtenu dans le rendu des plantes et des fleurs au début du XVIIIème siècle.

L'impératrice Marie-Thérèse et la dentelle
 
Dans les années 1740, le travail de la dentelle contribue de manière substantielle à l'économie des Pays-Bas autrichiens, auxquels appartient alors une bonne partie de la Belgique. Les États des Pays-Bas offrent en cadeau à l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche la robe représentée dans ce tableau de Meytens, ce qui leur donne sans doute par la même occasion le moyen de s'acquitter de leurs impôts.
 

C'était probablement la première fois que l'on confectionnait des robes entièrement en dentelle. Pourtant, à cette époque, les marchands peuvent s'appuyer sur les innombrables prouesses techniques réalisées dans cette discipline. Ils ont en effet la possibilité de commander les modèles et de répartir le travail entre plusieurs personnes, chacune étant chargée de créer une petite partie d'un ouvrage complet qu'elle ne verrait sans doute jamais.
 

L'histoire des fragments et de la robe

La robe de l'impératrice n'a pas été conservée. Elle a certainement été désassemblée après avoir été portée. Il est possible que ce fragment de manche qui figure dans la collection du Metropolitan Museum of Art de New York ait autrefois fait partie de la robe de l'impératrice Marie-Thérèse. Ses motifs ressemblent vraiment beaucoup à l'un de ceux présents sur la jupe. Toutefois, dans le tableau de Meytens, la pèlerine dissimule les manches, ce qui laisse délicieusement planer le doute.

La courtepointe dont nous disposons dans notre collection présente de nombreuses similitudes avec la robe. Cette dernière devait être dessinée dans un style très ressemblant. En outre, un grand nombre de motifs sont également très similaires.

La courtepointe regorge de symboles liés à la fertilité…

... comme des branches de laurier

... des fleurs

.... des papillons

... des cornes d'abondance regorgeant de fleurs et de fruits.

Le palmier est représenté avec un volume et une élégance remarquables.

On retrouve le palmier, symbole d'abondance, dans ce détail de la tenue d'un prêtre.
S'il représente la fertilité dans la courtepointe en dentelle, il a ici une valeur religieuse, symbolisant Christ.

De l'habileté des dentellières dépend le raffinement des ouvrages
 
Tout comme les graveurs, les dentellières du XVIIIe siècle développent un sens artistique leur permettant de transposer une œuvre naturaliste sur un support graphique. Si l'on fait un rapprochement entre les lignes tracées par les graveurs et les fils extrêmement fins des dentellières, la comparaison devient encore plus frappante.
 

L'œuvre de tout artiste, même le plus talentueux, peut être gâchée par une dentellière incapable d'interpréter les éléments qu'elle est chargée de représenter. Une connaissance purement technique ne suffit pas pour reproduire de manière esthétique même la plus petite feuille ou le plus minuscule des papillons.
 

Les commandes passées aux dentellières sont rarement documentées. Par ailleurs, les ouvrages ne portent jamais de marque de créateur, à l'instar des poinçons utilisés en orfèvrerie. Jusqu'à présent, l'origine de cette courtepointe demeure inconnue. Il n'existe aucun moyen de la relier à l'artiste qui l'a conçue, au marchand qui a organisé sa confection ou aux dentellières qui l'ont réalisée. On peut vraisemblablement supposer que tous ces artisans étaient géographiquement dispersés et travaillaient à domicile.
 

Il est même impossible d'estimer le nombre de personnes impliquées dans la réalisation de ce chef-d'œuvre et le temps nécessaire à ce travail.

Nous n'avons pas encore identifié la noble famille dont les espoirs dynastiques étaient liés à cet objet luxueux.

Crédits : histoire

Remerciements particuliers à Stad Ghent, qui a autorisé l'utilisation du portrait de l'Impératrice Marie-Thérèse de Martin Van Mytens II.

Remerciements également au Metropolitan Museum of Art et sa curatrice en Sculpture et Arts décoratifs, Melinda Watt, pour avoir facilité l'accès aux ressources du musée.

Remerciements : tous les supports
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