Sully, Duc en son château

Château de Sully-sur-Loire

Quel château peut s’enorgueillir comme le château de Sully d’avoir donner son nom à un personnage si marquant de l’Histoire de France ?

Maximilien de Béthune (1559-1641), 1er Duc de Sully
Maximilien de Béthune, 1er Duc de Sully et grand ministre du roi Henri IV, fut le plus entreprenant de ses propriétaires en matière d'aménagements du château. En effet, le Grand Sully a consacré une part de son immense fortune pour adapter la demeure à ses goûts. Pendant quatre siècles, le château est resté dans la famille des descendants de Sully, tout en gardant son aspect général.
Une jeunesse fondatrice
L’enfance de Maximilien est marquée par la mort de sa mère (1566) et l’emprisonnement de son père après la bataille de Jarnac (1569). L’éducation du jeune homme ne semble pas pour autant en souffrir ; ses précepteurs lui apprennent le latin, le grec, l’histoire et plus tard les armes.   Doté d’une personnalité affirmée, Maximilien éclipse son frère aîné Louis et c’est lui que son père va choisir pour être mit sous la protection du grand prince protestant Henri de Navarre.   Cette rencontre entre Maximilien et Henri a lieu à Paris en juillet 1572, juste avant le mariage de ce dernier avec Margueritte de Valois. Quelque mois plus tôt en effet, Catherine de Médicis, reine catholique de France, et Jeanne d’Albret, reine protestante de Navarre, avaient négocié cette union entre leurs enfants pour pacifier le Royaume. Cette union de paix célébrée le 18 août 1572 va quatre jours plus tard être anéantie par la nuit de la Saint Barthélemy.   En une nuit le destin du Royaume bascule dans l’horreur. Des milliers de protestants sont tués, Henri doit se convertir, Maximilien se cacher, mais dès lors un lien immatériel unit leur avenir.
Les temps des batailles
En 1584, Henri de Navarre devient le nouvel héritier du trône, rapidement il doit faire face à l’hostilité d’un pays majoritairement catholique. La Ligue, malgré l’élimination des Guise en 1588, reste puissante et Henri, « roi sans couronne, soldat sans argent, mari sans femme », doit rapidement l’affronter.   Maximilien se lance pleinement au service du roi. C’est en capitaine de compagnie d’ordonnance qu’il va débuter les nouvelles campagnes militaires. Au cours de la grande bataille d’Ivry, en mars 1590, son courage et celui de ses coreligionnaires permet la victoire triomphale d’Henri IV : plus de 6000 catholiques meurent ce jour-là, laissant l’armée du roi se diriger vers Paris. Maximilien, gravement blessé, échappe de peu à la mort ; Henri IV reconnaissant sa bravoure le nommera Chevalier de l’Accolade, tel un héros médiéval.   Pourtant, la Ligue, soutenue par l’Espagne catholique, bénéficie encore de places sûres. A Paris puis à Rouen qu’il assiège, Henri IV abandonne devant la résistance des populations. Maximilien, à ces occasions, fait montre de talents militaires certains, notamment dans le domaine de l’artillerie.   Une nouvelle fois blessé à Thoiry, c’est à Mantes que Maximilien passe une nouvelle convalescence. Veuf depuis peu, il rencontre alors sa seconde femme, Rachel de Cochefilet qu’il épouse le 18 mai 1592 et avec qui il se retire en son château familial de Rosny. Il est vrai que Maximilien, fatigué par les combats et les blessures, ne se contente plus des remerciements amicaux du roi. Celui-ci semble en effet, pour des raisons politiques, favoriser à ses vieux amis protestants, les nouveaux catholiques ralliés.   Mais c’est pourtant à la demande insistante du roi que Maximilien reprend le chemin des combats. Il s’illustre au siège de Dreux en 1593, alors même que les négociations entre Henri IV et la Ligue laissent percevoir une possible trêve des armes.
Une monarchie stabilisée ?
Englué dans les négociations de paix avec la Ligue, Henri IV fait part de son intention de se convertir une seconde fois à la religion catholique. Maximilien, pragmatique, sait que cette décision prive la Ligue de sa légitimité. Après son abjuration, le sacre, célébré le 27 février 1594 à Chartres, établit pleinement Henri IV dans ses pouvoirs bien plus que toutes les longues et difficiles campagnes militaires.   Vient alors le temps de se rallier les catholiques sceptiques et de se prémunir de certains protestants désillusionnés par la conversion de leur ancien chef. Maximilien participe à ces négociations et se forge rapidement la réputation d’un habile politique, loin de son image d’impétueux soldat. Il obtient ainsi le ralliement de la ville de Rouen où Henri IV triomphe le 25 mars 1594, trois jours après son entrée à Paris.   Maximilien profite dès lors pleinement de la confiance royale. Fini le temps des incompréhensions, Henri IV le nomme conseiller en 1596, lui permettant de siéger au Conseil des Affaires et au Conseil des Finances.   Le sacre d’Henri IV ouvre une nouvelle ère mais les ombres persistent.   Confronté à la dramatique situation économique et financière du royaume, Henri IV convoque une Assemblée de Notables à Rouen fin 1596 et la charge de trouver des solutions pour éviter la ruine du pays. Maximilien bien que novice en économie y propose ses services et ses idées font sensation.   De plus, la crise avec l’Espagne, soutien de la Ligue, perdure : les victoires de Fontaine-Française en 1595 puis d’Amiens en 1597 ne sont que deux épisodes des affrontements qui aboutiront à la signature du traité de paix de Vervins le 2 mai 1598.   Sur le plan religieux enfin, il faut attendre l’Edit de Nantes, signé le 13 avril 1598, pour donner à l’apaisement des tensions une réalité juridique : la liberté de conscience est donnée au protestants tout en leur imposant des règles strictes dans l’exercice du culte.
1598-1610
La paix enfin revenue dans le royaume de France, de nouvelles responsabilités incombent alors au roi Henri : redresser un pays sur le déclin que quarante années de guerres civiles ont épuisé et fragilisé. Le gouvernement visionnaire, ferme et juste du roi et de ses ministres va permettre rapidement à la France de retrouver son rang.   Ces douze années de pouvoir sont marquées par l’émergence politique aux côtés du roi, de Maximilien de Béthune qui, après s’être justifié de son talent militaire, met son sens de l’organisation et son dévouement au service du royaume.   Aux yeux de ses contemporains, Maximilien apparaît doté d’une intelligence et d’une capacité d’adaptation hors paire. Ces qualités s’affirment au nom d’une ambition calculée et revendiquée et le conduiront parfois à des affrontements politiques impitoyables.   Il réussit pourtant à monopoliser des charges importantes et à s’affirmer, au fil du temps, comme le parfait artisan de la volonté royale. Si son élévation au titre de Duc de Sully et Pair de France en 1606 marque l’apogée de sa carrière, le couteau de Ravaillac anéantit, le 16 mai 1610, nombre de ces projets.
Un travail au service d'un Roi
A la demande du roi Henri IV, de nombreuses charges lui sont confiées. En quelques années, il devient Surintendant des Finances, Grand Voyer de France, Surintendant des fortifications, Grand maître de l'Artillerie, Gouverneur de la Bastille et Surintendant des Bâtiments du roi.
De l'amitié à l'isolement
Depuis cette rencontre quelques jours avant la funeste nuit du 24 août 1572, les destins d’Henri de Navarre, devenu Henri IV, et de Maximilien de Béthune, devenu Sully, semblent se confondre. Homme de confiance aux multiples champs d’intervention, Sully occupe une place réellement particulière dans l’entourage immédiat de son roi.   Proche d’Henri IV, Sully l’est aussi de la reine Marie de Médicis et du Dauphin, le futur Louis XIII, né en 1601. Symbole de cet attachement à la famille royale, Sully imagine la ville d’Henrichemont, dans l’actuel département du Cher. Faut-il voir là un symbole de son dévouement ou plutôt une grossière manœuvre de propagande pour évincer de nouveaux ambitieux?   Toujours est-il que les critiques se font de plus en plus acerbes devant ce ministre arriviste et brutal et dont l’impopularité va croissante dans toutes les classes de la société. Dès 1605, Maximilien doit y faire face, comme l’atteste la célèbre rencontre de Fontainebleau où, se jetant aux pieds de son roi, il lui implore d’ignorer les entreprises de calomnies.   L’abattement que Sully manifeste à l’annonce de la mort d’Henri IV n’est pas feint : il perd son ami mais aussi et surtout son protecteur.
Une mort politique
Ceux qui ont souffert durant ces douze années de gouvernement de sa politique financière intransigeante mais aussi de ses méthodes rudes voire violentes, ceux-ci trouvent à la mort du roi l’occasion d’exprimer leur mécontentement. Des rumeurs courent même sur le futur assassinat du Duc…   La vacance du pouvoir n’existe pas : Louis XIII n’est âgé que de 9 ans, Marie de Médicis devient régente du royaume alors même qu’une nouvelle guerre se prépare à l’est contre les Habsbourg. La politique menée par la reine bouscule les alliances, favorise les catholiques et de nouveaux conseillers de l’ombre semblent supplanter les ministres de feu le roi Henri. Sully devient un homme gênant, symbole d’un pouvoir passé, symbole de la compromission avec les idées réformées.   Désabusé face aux nouveaux jeux de Cour menés notamment par Concini, conseiller de la reine Marie, Sully, en 1611, décide de se retirer sur ses terres. Il abandonne la Surintendance des Finances et la Bastille, tout en négociant une forte récompense pour services rendus.   Les quelques tentatives de retour sur la scène politique que Sully mène dans les années 1611-1625 ne vont trouver que peu de grâce aux yeux du nouveau pouvoir. A l’image de l’utopie d’Henrichemont devenue inutile et trop chère, Maximilien voit peu à peu  son œuvre politique  s’effacer.   Le temps des conquêtes est bien passé, vient celui de l’héritage qui occupera le Grand Duc déchu jusqu’à sa mort, le 22 décembre 1641.
Les Oeconomies Royales
Dès les premières années de sa disgrâce, rapidement devenue définitive, Sully s’attache à l’écriture de ses mémoires, Les Œconomies Royales.   Les motivations d’écriture du Duc doivent cependant inciter à découvrir l’ouvrage avec réserve: il souhaite faire l’éloge du grand roi Henri et servir, par la même, sa propre gloire. Malgré son attachement à la définition du parfait historien impartial, Sully décline les faits et les interprète avec une subjectivité qui prête parfois au panégyrique, obligeant le lecteur à une prise de recul permanente.   C’est en 1638 que Sully fait imprimer ses mémoires dans ce château, contournant ainsi la législation royale. Il faut dire que le contenu risque de lui attirer quelques ennuis, après tout, certains acteurs de son histoire ne sont-ils pas encore de ce monde ?   Pour étayer son discours, Sully complète ses mémoires de lettres du roi ou de certains ministres, lettres d’ailleurs inventées ou transformées à son gré. Nécessité fait loi : promouvoir son rôle auprès du grand roi, promouvoir son action pour l’Histoire, et s’il le faut rabaisser celle des autres. Certes ce procédé n’est pas rare pour l’époque, mais Sully le fait fructifier.   Reste cependant une énigme, celle du « Grand Dessein », présenté par Sully comme un projet visionnaire d’Henri IV pour unir quinze Etats européens au sein d’une même confédération. Il apparaît pourtant que Sully attribue à Henri IV des intentions posthumes. Il semble en effet porter seul l’idée d’un tel projet, idée qui aura un succès historique immense.   Les politiques et les philosophes des siècles à venir feront d’Henri IV et de Sully les inspirateurs d’une nouvelle Europe réunie dans la paix et la prospérité.
Le château de Sully, symbole du pouvoir ducal
Le 15 juillet 1602, le château de Sully et la seigneurie du même nom entrent dans l’Histoire de France. Pourtant, avant son achat par Maximilien de Béthune, rien ne prédestinait le vieux château médiéval, construit au XIVe siècle par la puissante famille de La Trémoïlle, à devenir l’assise du pouvoir nobiliaire du ministre d’Henri IV.   Il est vrai que Maximilien de Béthune cherche longtemps à acquérir des terres pour rentrer dans le groupe fermé des grands propriétaires. Il ambitionne même de se constituer un patrimoine foncier suffisamment étendu pour un jour se faire élever au titre de Duc et Pair, summum de la hiérarchie nobiliaire. C’est cette seigneurie qui sert de base à ce projet : en 1606, il devient Duc et Pair de France, entrant dans l’Histoire sous le nom de Sully.   Le château joue le rôle honorifique dû à son nom et restera pendant les siècles qui suivront l’assise de la famille de Béthune. Les descendants du Duc, propriétaires jusqu’en 1962, apportent certes des modifications significatives mais s’efforceront de maintenir l’esprit d’un lieu dominé par l’image du glorieux ancêtre.   Les quatre nouvelles salles de visite illustrent la continuité historique de ce lieu. Sur l’emplacement de l’ancienne aile Louis XV détruite par un incendie en 1918, les travaux entrepris permettent d’interpréter pleinement une grande demeure nobiliaire. Des tours médiévales aux lambris du siècle des Lumières, de la dorure du Grand Siècle au néogothique du XIXe, la demeure du Grand Sully unit héritage familial et héritage collectif.
La transmission d'un héritage
Sully ne s’imagine sans doute pas, lorsqu’il s’éteint le 22 décembre 1641, qu’après bientôt quatre siècles, sa mémoire soit encore si présente. Identifier l’ensemble des raisons de cette transmission s’avèrerait complexe voire hasardeux. Il semble bien qu’au-delà de ses mémoires, Les Oeconomies Royales, ses descendants aient eux aussi contribué à son souvenir.   Des descendants directs, nombreux sont ceux qui occuperont des charges importantes. Parmi tous, le 5ème Duc de Sully, Maximilien Henri de Béthune, est celui qui fait connaître à la famille sa période faste, notamment avec la venue au château de son ami Voltaire, en 1716 et 1719. Pourtant, bien que proches du pouvoir par le titre et la fortune, aucun n’acquiert jamais la gloire du prestigieux ministre d’Henri IV.   Il est vrai que la renommée de Maximilien porte ombrage à ses héritiers du XVIIIe. Les nombreuses études et publications sur Les Oeconomies Royales concourent ainsi à un regain d’intérêt historique et politique.   Au-delà de la très physiocratique maxime « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France, ses vraies mines et trésors du Pérou », la fin du XVIIIe siècle voit apparaître réellement le tandem Henri IV - Sully. Insistant sur l’opposition entre un roi bon vivant et dépensier et son ministre austère et économe, de nombreux écrivains transmettent une image bien caricaturale des deux hommes.   Les représentations iconographiques du XVIIIe et surtout du XIXe se multiplieront avec souvent l’absence du recul historique nécessaire, laissant de Sully une image lisse de ministre idéal.
Crédits : histoire

Conseil départemental du Loiret

Directeur du château de Sully-sur-Loire - Benjamin FENDLER -

Textes : Benjamin FENDLER
Photos : Adeline GAFFEZ

Conception de l'exposition virtuelle : Adeline GAFFEZ

Remerciements : tous les supports
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