La mode au XVIIIe  siècle    

Les Arts Décoratifs

Ornement et Textile

Depuis l’époque de Louis XIV, la « grande fabrique » lyonnaise domine le marché du textile de luxe, tant national qu’européen. Si le XVIIIe siècle constitue son premier âge d’or, la réputation des soyeux lyonnais ne doit faire oublier ni la production d’autres régions, Tours surtout mais aussi Paris, ni les techniques d’anoblissement textile.  En effet, les tissus français, qu’ils soient tissés, brodés ou imprimés à la main, ne sont pas seulement caractérisés par l'innovation de leurs motifs, mais également par l'invention de nouveaux procédés de tissage, par la créativité de leurs points de broderie et, à la fin du siècle, par le perfectionnement des techniques d’impression.
Persienne
En 1715, une ambassade de Perse, chargée de présents, est reçue en grande pompe à la Galerie des Glaces du château de Versailles par Louis XIV. Si le bénéfice politique est médiocre, l’exubérance des costumes et des textiles revêtus par les ambassadeurs vont attiser les fantasmes, éveillés par la traduction des contes des  « Mille et une Nuits » par Antoine Galland en 1713. L’ambassade de Perse de 1715 a inspiré également à Montesquieu les « Lettres persanes » publiées en 1721.

Fragment de tissu (vers 1700-1730)

Se développent alors des motifs fantaisistes de « persienne », mêlant végétaux réalistes ou imaginaires, fleurs, feuilles, fruits à des motifs imitant les coûteuses dentelles.

Robe de chambre faisant partie d’un ensemble de trois pièces

Ces textiles sont portés par les deux sexes, ainsi que l’atteste cette robe de chambre masculine, tenue élégante et confortable d’intérieur.

Motifs chantournés
Le monde végétal est le sujet de prédilection des dessinateurs textiles. A la fin du XVIIe siècle, le velours « jardinière » initie un traitement naturaliste des fleurs. 

Fragment de tissu (1740-1750)

Au siècle des Lumières, le goût pour les sciences, poursuit la quête d’une représentation plus réelle de la nature. Servie par les progrès du tissage, elle permet de traiter en modelé les nuances colorées des végétaux. En plus des traditionnels recueils d’ornements, les modèles sont puisés également dans des planches de botanique. Dans le même temps, la ville de Lyon met en place un système d’enseignement afin de former des « dessinateurs en fleurs » pour les besoins des manufactures.

Commode, Roger Vandercruse dit Lacroix , ébéniste (vers 1755)

Si l’encadrement chantourné est encore typique du style rocaille, à la manière de la commode de Lacroix, le traitement gracile des guirlandes et la recherche symétrie correspondent à un style de transition, prélude à l’esprit néo-classique.

Indienne
Imprimées à la planche de bois, rehaussées parfois au pinceau, les motifs exotiques d’un genre nouveau des « indiennes » fascinent les Européens. La technique, comme la matière, proviennent de contrées moins éloignées que les soies façonnées d’origine chinoise, pourtant, elles ne se diffusent qu’au XVIIe siècle. La Compagnie des Indes Orientales a largement contribué à faire connaitre ces tissus légers aux vives couleurs. A tel point que des missions d’espionnage sont menées aux Indes.

Jupe et caraco (vers 1775-1790)

Leur succès est immédiat mais bref puisque les cotonnades imprimées sont interdites en 1686. L’importation, la production nationale, le commerce et même le fait de revêtir un vêtement d’indienne sont donc prohibés, sous la pression notamment des soyeux.

Après la levée de l’interdiction en 1759, le commerce et la production locale d’indiennes peut enfin reprendre. La plus célèbre manufacture est alors créée par Jean-Philippe Oberkampf à Jouy près de Versailles. Il faut souligner que bon nombre d’édits somptuaires ont émaillé l’histoire des textiles, mais jamais une décision royale n’avait pesé aussi longtemps.

Ornements masculins Louis XVI

Devant d’habit en pièce (vers 1775-1780)

Tissé à disposition, ce lé de velours témoigne de la production de décors façonnés imitant la broderie.

Les motifs végétaux colorés guident les ciseaux du tailleur, qui n’a plus qu’à adapter aux mesures de son client la pièce de costume.

Même les boutons recouverts sont prévus !

Habit à la française, habit, gilet et culotte (vers 1785-1790)

Ces soies de grand luxe peuvent s’exporter, permettant à l’Europe entière de s’habiller à la manière des aristocrates français.

Typiques du néo-classicisme Louis XVI, ces petits motifs géométriques losangés forment un contrepoint rigoureux au riche décor végétal, comme sur la commode de Riesener.

Commode à rideaux, estampille de Jean-Henri Riesener (vers 1775-1780)

Habit à la française, habit, gilet et culotte (vers 1785-1790)

La bordure végétale, qu’elle soit tissée ou brodée souligne l’architecture du vêtement, à l’instar des bronzes magnifiant la structure géométrique de la commode.

Commode à rideaux, estampille de Jean-Henri Riesener (vers 1775-1780)

Habit à la française, habit, gilet et culotte (1800-1818)

Cette typologie de décor, trop ostentatoire, est bannie au moment de la Révolution mais renaitra quelques années plus tard.

Le textile de luxe français a encore de belles heures à vivre dès le début du XIXe siècle…

Crédits : histoire

Textes et choix des images : Corinne Dumas-Toulouse, historienne de l'art et conférencière au musée des Arts décoratifs

Coordination éditoriale de l'exposition virtuelle : Maude Bass-Krueger, assistée d'Alexandra Harwood et de César Imbert

Remerciements : tous les supports
Il peut arriver que l'histoire présentée ait été créée par un tiers indépendant et qu'elle ne reflète pas toujours la ligne directrice des institutions, répertoriées ci-dessous, qui ont fourni le contenu.
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