Au cœur du costume porté par Julia Bartet pour le rôle d'Yvonne de Chambreuil dans "Pépa" de Henri Méilhac et Louis Ganderax Comédie-Française, 1888.

Ce costume provient du fonds de la Comédie-Française déposé au CNCS. Il a été porté dans la comédie "Pépa" jouée en 1888 et figurait dans l’exposition « L'art du costume à la Comédie-Française », Centre national du costume de scène, Moulins, du 11 juin au 31 décembre 2011.

Il est de nouveau exposé depuis le 8 avril (et jusqu'au 17 septembre) dans l'exposition "Modes ! À la ville, à la scène".

"Pépa" est une comédie de Henri Méilhac et Louis Ganderax. Elle prend place aux côtés d’un certain nombre de pièces d’Émile Augier, Edmond Gondinet, Victorien Sardou et Émile de Narjac qui abordent la nouvelle loi sur le divorce et ses conséquences sociales. Ce costume fut réutilisé dans "Bajazet", tragédie de Jean Racine à la Comédie-Française en 1905.

Le costume de scène à la fin du XIXe siècle

Quand Emile Perrin, administrateur de la Comédie-Française, donne aux actrices, en 1881, le droit de s'habiller sur scène en haute couture pour les costumes modernes, il entérine une pratique déjà rôdée par bien des théâtres parisiens. En effet, les pièces contemporaines de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle sont jouées dans des costumes contemporains. Les comédiennes vont dès lors faire appel à des couturiers extérieurs pour confectionner leurs toilettes, entraînant des dépenses vertigineuses. Ainsi, ce costume de style oriental a été acheté chez le couturier Jacques Doucet (1853-1929) au prix de 1 500 F pour la comédie "Pépa". Cela représente aujourd'hui environ 20 000€

Acheté rue de la Paix à Paris, ce costume est l’une des créations du couturier Jacques Doucet dont la clientèle est constituée d’actrices pour lesquelles il confectionne les plus belles toilettes jusqu’en 1925.
Ce costume de soie "champagne" est brodé de plumes de paons et de motifs floraux rehaussés de pierres façon turquoise.

Julia Bartet (1854-1941), qualifiée de « divine Bartet » est née en 1854, elle est l’une des incontournables comédiennes de la Belle Époque au côté de Sarah Bernhardt notamment. Admise à la Comédie-Française en septembre 1879, elle en devient la 307e sociétaire en décembre 1880 par un vote unanime du comité. À cette époque, où l’administrateur général du théâtre, Émile Perrin, qui a le goût de la modernité, ouvre le répertoire à de nombreuses pièces comptemporaines, la polyvalence de Julia Bartet lui permet de tenir les rôles de jeune première du répertoire classique, des reprises récentes et des créations nouvelles. Elle joue le rôle d’Yvonne de Chambreuil dans "Pépa" à l’âge de 34 ans.

Les toilettes de Mlle Bartet sont décrites dans "La Cocarde" (2 novembre 1888), un quotidien français fondé par Maurice Barrès : « déshabillé de forme japonaise en satin feuille-de-rose brodé de soutache et de plumetis bleu-vert. La jupe à traîne, ouvrant sur un jupon de satin à peine rosé, recouvert lui-même de mousseline de soie ornée de volants de Malines ; le dessous, flou à miracle, s’aperçoit aussi sous la traîne et sur les côtés et forment un bouffant de poitrine délicieux, fourni, léger, soyeux ». La description provient certainement directement de la Comédie-Française, pour les lectrices souhaitant copier les robes portées par Julia Bartet…

En effet, à partir des années 1870, alors que la mode se démocratise, la presse devient l'intermédiaire entre les modes de scène et celles de ville. De plus, les programmes de la Comédie-Française constituent à cette époque un excellent support publicitaire pour les couturiers et artisans de mode. Cette pratique repose sur l'échange. Quand une actrice est habillée par un couturier, ce dernier bénéficie d'une publicité dans le programme.

"Pépa" une pièce moderne pour l'époque

« Pépa » est une comédie qui aborde la nouvelle loi sur le divorce et ses conséquences sociales, un moyen d’émancipation de la femme. Celle-ci ne formait qu’une seule et même entité sociale avec son mari.Sous la IIIe République, la loi Naquet du 27 juillet 1884 rétablit le divorce sous fondement de fautes précises. Ainsi, le statut social de la femme va connaître un grand bouleversement.

Les changements sociaux du statut de la femme lui permettent de se moderniser et d’entrer dans une nouvelle ère d’indépendance. Émancipée de son mari et du poids de l’étiquette de femme mariée, elle va dorénavant pouvoir s’affirmer. C’est tout naturellement que la mode suit cette évolution en proposant des robes et costumes de haute-couture créées pour valoriser la femme.

Comme l'illustre le costume de Julia Bartet la mode de l'époque traduit cette volonté d’affranchissement qui naît chez les femmes de la société.

Un costume signé Jacques Doucet

Ce costume correspond en tout point à la silhouette féminine de la fin du XIXe siècle avec une structure "baleinée" que vient contraster la tournure dans le dos.

À l'intérieur du costume, la griffe identifie la maison de couture ayant fabriqué cette tenue, la Maison Doucet, Paris.

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