2016

LA VOIX DE MONTMARTRE

Forum des images

Allées et venues d’un bout à l’autre de la Butte Montmartre, à la rencontre des personnages pour le moins atypiques qui rendent ce quartier si particulier. Une journée pour découvrir une histoire de Montmartre...

Montmartre : qui es-tu ?
Montmartre, une ville dans la ville : sa butte, sa basilique, ses deux cent vingt-deux marches et son funiculaire, les artistes qui s'adonnent à la peinture sur la place du Tertre et les cabarets de Pigalle... Gourmande, frivole, généreuse, la Butte Montmartre regorge de personnages atypiques. Proclamée le 7 mai 1921, la République de Montmartre reste fidèle à ses idéaux : cubistes, dadaïstes, surréalistes ou futuristes s'y croisent et côtoient les habitants lambda dans une ambiance bon enfant. L'esprit d'entraide et de sociabilité caractéristique des lieux s'y prolonge, tel un pied-de-nez joyeux et festif à la modernité. Aujourd'hui encore, le folklore se perpétue. Qu'ils soient Montmartrois de pure souche ou des provinciaux ayant migré vers la capitale, le caustique franc-parler des personnages que vous allez rencontrer rend leurs souvenirs éternels. Partez à la rencontre de ces mille et un visages qui rendent la Butte Montmartre si vivante, si charmante, si authentique...

Il y a tout juste dix ans, au numéro 14 de la rue des Trois-Frères, la machine à café fonctionnait encore au gaz. Le poêle était au charbon, le comptoir n'était pas en zync mais en formica. Il y avait encore des cendriers Ricard sur chaque table, souvenirs d'un temps révolu où les fumeurs avaient encore droit de cité à l'intérieur des troquets.

Georgette, presque quatre-vingt-dix ans, est une jolie caricature d'Auvergnate montée à Paris il y a bien longtemps. Elle est la patronne du Fin Moka, un petit café un peu vieillot de la Butte Montmartre où les conversations sont pourtant des plus poilantes. Cinquante ans après avoir investi dans cette affaire, toujours accompagnée par Fernande, sa plus fidèle cliente, Georgette ne parvient pas à quitter les lieux de toute une vie. Et alors ?

La cité de Montmartre aux artistes
Montmartre est aussi le quartier historique des artistes, le symbole de la vie de bohême parisienne. Les Cités d’artistes (dont le célèbre Bateau-Lavoir) sont apparues dès la fin du XIXème siècle. Continuons notre promenade à travers les rues de Montmartre... Après le café matinal au Fin Moka, aventurons-nous vers un lieu insolite et chaleureux. Remontez la rue des Trois-Frères jusqu'à la rue Tourlaque, à proximité du Cimetière de Montmartre. Puis, empruntez sur votre droite la rue Damrémont jusqu'à croiser la rue Ordener. Ici, situé au numéro 189, un imposant bâtiment composé de trois alcôves aiguise votre curiosité. Fière de ses 187 ateliers d'artistes construits en 1934 par Adolphe Thiers pour la Ville de Paris, "Montmartre aux artistes" se dresse devant vous. Bienvenue au cœur de la plus grande cité d'artistes de toute l'Europe !
La Renaissance : un bistrot pas comme les autres
À quelques minutes de là, au 112 rue Championnet, vous pourrez tomber sur un bar pour le moins singulier : La Renaissance. Son ambiance rétro lui donne des airs de saloon intemporel et chimérique, typiques de ces lieux qui vieillissent mais jamais ne se ternissent. Lieu de prédilection des Montmartrois mais également théâtre de nombreux tournages, les décors de La Renaissance inspirent tout autant la convivialité que la fantaisie. De Michel Deville en 1974 avec "Le Mouton enragé" à "Inglorious Basterds" en 2009, en passant par "Les Ripoux" de Claude Zidi en 1984, le cinéma a marqué le bar de son empreinte. Les banquettes et les rideaux actuels ont d'ailleurs été généreusement laissés par Quentin Tarantino après le tournage. Et sachez que ce n'est pas un hasard si l'Américain a choisi ce lieu pour tourner l'une des négociations cultes de son film puisqu'il l'a lui-même découvert dans "Le Sang des autres" de Claude Chabrol, tourné dans ces décors en 1984 avec Jodie Foster et Sam Neil.

Retour au Fin Moka avec Georgette et Fernande pour un petit apéritif bien mérité après cette déambulation matinale dans les rues de Montmartre. Les murs, autant que les visages de deux vieilles amies, portent les marquent du temps qui passe. La bonne humeur de l'Auvergnate et de la Parigote gouailleuse est cependant des plus revigorantes.

Avec son magnifique sourire édenté, l'indétrônable Fernande déclare sa flamme à son verre de Salers, cette gentiane amère dont elle a toujours quelques grammes dans le sang.

Sans famille et sans autre attache que ce bout de formica qu'elles partagent depuis de longues années, Fernande et Georgette laissent gentiment, mais non sans une certaine mélancolie, s'écouler les derniers instants de leur vie parisienne. Si "leur" Montmartre a bien changé, pour rien au monde elles ne voudraient quitter ce quartier...

Mais méfiez-vous de l'eau qui dort. Avec leur accent à couper au couteau, les deux Montmartroises n'ont pas leur langue dans leur poche ! Dans leurs discussions sur le temps qu'il fait, la pollution et la fonte des glaces, les sauces industrielles, les voitures rouges et la couleur verte, elles se chamaillent et n'en démordent pas de leur franc-parler : "J'dis merde comme j'dis bonjour", conclut Georgette.

Et Fernande de renchérir : "J'aime pas les gens de la campagne, ils sont prétentieux".

Assurément, le charme de Montmartre vient aussi de là : de cette franchise naturelle, de ces gens du quartier qui ne mâchent pas leurs mots mais jamais ne paraissent antipathiques !

La gentiane, cette plante qu'elles dégustaient il y a quelques années encore au Fin Moka, Fernande et Georgette la mangent aujourd'hui par les racines. Le troquet de la rue des Trois-Frères est devenu un bar à tapas : La Guêpe. L'ambiance est tout autre, mais l'âme montmartroise de Georgette la provinciale flotte toujours dans l'air. "La Guêpe", c'était en effet son surnom, elle qui sans le vouloir, émettait un sifflement assez semblable à celui de l'insecte...

Dans l'enceinte des murs épais de "Montmartre aux artistes", sculpteurs, peintres, cinéastes, écrivains, potiers continuent de cohabiter, de se succéder dans les ateliers. Pléthore d’univers, pléthore d’imaginaires que nul n'oserait juger...

Ici vous les entendrez discuter technique, vous croiserez peut-être Roman Goupil pour une pause cigarette sur ces balcons à l’italienne qui insufflent un esprit fellinien à ces lieux où les individus circulent, convergent, se croisent et se quittent. Mais jamais, au grand jamais, vous n'entendrez les résidents se critiquer dans cette petite enclave, havre de paix où règne l'esprit montmartrois.

À La Renaissance, les cafés ont laissé la place aux demis. Les habitués vous toucheront certainement quelques mots pour vous convaincre que ce bar n'a rien de commun. Qu'il y règne une atmosphère pas comme les autres : les chaises et les tables en ébène, le tourne-disque et les napperons en font un lieu intergénérationnel.

"C'est du vin de Montmartre. Qui en boit pinte, en pisse quarte."

La journée touche à sa fin, mais pas notre promenade, car la soirée nous réserve encore de belle surprises. La montée vers le haut de la Butte est ardue, mais le jeu en vaut la chandelle. À notre arrivée rue Saint-Vincent, le Lapin Agile nous accueille. En face du cabaret se dresse le Clos-Montmartre, ce vignoble poussant sur le flanc nord de la Butte depuis l'an 944 !

Depuis, la production locale appelée "Picolo" ne cesse de couler à flots dans les tavernes et les cabarets. Chaque année, c'est ici que se tient la traditionnelle Fête des vendanges, qui honore le nouveau cru. Personnage ô combien atypique et rempli d'humour, c'est certainement Anatole, garde-champêtre de Montmartre, qui vous parlera le plus sincèrement du breuvage !

Depuis 1934, la dernière vigne de Paris est en effet allègrement célébrée à l'occasion de la Fête des vendanges. À cette occasion, des souvenirs nous reviennent en mémoire.

En octobre 1982, sous un ciel grisonnant, le tout-Paris s'était réuni ici pour déguster la nouvelle récolte. À cette époque, Jacques Chirac, alors Maire de Paris, semblait déjà être un fin amateur des produits du terroirs. Dans un tourbillon de danses folkloriques, de chars, de mets locaux et bien sûr de Picolo, entre tradition et petits couacs de mise en scène, le Président de la République de Montmartre Maurice His avait pris la parole.

À sa suite, Jacques Chirac avait lui aussi déclamé un discours populaire et certainement légèrement arrosé. Bien loin du Paris urbain et austère, il règne ici un air convivial de petit village de campagne.

"Grain de beauté sur la joue de Paris", Montmartre fait chaque année rougir la capitale le temps de cette bacchanale champêtre !

Un après-midi, place du Tertre...
Montmartre revêt une panoplie de visages à la fois typiques et insolites. Sur la place du Tertre, à côté du Sacré Cœur, les peintres immortalisent quelques-uns d'entre eux. C'est ici, près de la Basilique, que Pierre Carré, chanteur à la banane flambant neuve et au costard rouge vif, s’expose aux yeux des riverains avant de descendre à Pigalle à la tombée de la nuit.

Après avoir débuté dans des cabarets comme le « Tire-bouchon » ou la « Bohême », il se produit tous les soirs depuis près de vingt-cinq ans sur la scène des « Noctambules », au 24 Boulevard de Clichy.

Archétype du provincial monté à Paris, pour rien au monde il n'entendrait quitter la Butte. Même si l'esprit n'est plus tout à fait le même, même si le quartier change et que le "Pigalle by Night" attire aujourd'hui beaucoup plus les jeunes gens, Pierre Carré continuera de jouer les séducteurs et de roucouler sous les boules à facettes.

Du côté de Pigalle
Mais la renommée mondiale de Montmartre vient aussi de ses cabarets, il serait bon de ne pas l'oublier. Apparus au XIXème siècle, ces débits de boisson où l'on consommait tout en profitant d'un spectacle ont fait les beaux jours du quartier. En descendant jusqu'à Pigalle, coeur historique du 18ème arrondissement, nous croisons plusieurs de ces établissements dans lesquels les plus grands artistes ont commencé. L’écurie des Trois Baudets, née dans les années 1940, située au 64 boulevard de Clichy, prestigieuse salle où Georges Brassens, Raymond Devos ou encore un certain Jacques Brel se sont fait connaître. Et tenez, puisque nous parlons de cabarets : depuis 1889, des ailes rouges tournent chaque soir dans le ciel de Montmartre. Nous vous proposons d'achever cette balade avec ce monument phare du quartier et plus encore, de la capitale, ce symbole du charme, de la danse, de la frivolité, ce temple des noctambules anonymes amateurs de jolies plastiques : le Moulin Rouge.

C'est avec Mine Vergès que nous pénétrons dans le plus célèbre des cabarets parisiens. Costumière de profession, elle est, depuis près de quarante ans, l'habile petite main qui donne forme aux plus grandiloquents des costumes de la revue "Féérie".

En sa compagnie, c'est depuis les coulisses que nous assistons à la préparation des artistes puis au spectacle. Effervescence de plumes et de paillettes, grand écart, costumés bigarrés, scintillants, sanctifiés : Mine a du mal à se dire qu'elle va bientôt passer le flambeau. Alors elle en profite tant qu'elle peut.

Depuis que ces images ont été tournées, dans cet essaim de rues et de lieux chargés d'histoire qu'est Montmartre, les choses n'ont pas cessé de se transformer tout en réussissant la prouesse de ne pas altérer l'esprit du quartier. Dans la lueur des néons, sous les devantures quelque peu racoleuses du boulevard de Clichy, Montmartre et Pigalle ne s'arrêtent jamais.

Immortel, atemporel, le quartier n'a pas fini de nous surprendre, de réjouir les mines des touristes et des Parisiens. "La vie à Montmartre, c'était merveilleux !", s'exclamait le peintre Marc Chagall. Et visiblement, ça l'est toujours...

Forum des images
Crédits : histoire

La Voix de Montmartre est une exposition produite par le Forum des Images

Un projet de la Direction du Développement Numérique du Forum des images. Depuis la fin des années 80, le Forum des images a cherché à capter et à conserver l'histoire et l'évolution de Paris. Plusieurs centaines de documentaires ont ainsi été produits par l'institution, venant enrichir sa collection parisienne. Cette exposition a été inspirée par ces films.
En partenariat avec le Google Cultural Institute.

Le Forum des Images tient à remercier Pascal Schneider pour ses photographies, ainsi qu'Eric Gervais.

© 2015 Forum des images

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