Joachim Carvallo et Ann Coleman à Villandry

Château de Villandry

Construit à la Renaissance par Jean le Breton, ministre des finances de François Ier, Villandry connaît de profondes transformations aux XVIIIème et XIXème siècles. L'achat de Villandry par Joachim Carvallo et Ann Coleman en 1906 ouvre un renouveau pour l'histoire du site.

En 1906, Villandry est acheté sur un coup de foudre par Joachim Carvallo, jeune médecin espagnol, et son épouse Ann Coleman, héritière de grands sidérurgistes américains.
Joachim mène alors des recherches avancées sur la physiologie de la digestion.

Le couple a ressenti dès sa première visite à Villandry la présence d’un chef-d’œuvre défiguré par ses transformations du XVIIIème siècle. Abandonnant leur projet de laboratoire scientifique, les époux vont consacrer leur énergie mais aussi leur fortune à rendre au château son aspect Renaissance.

Première étape des travaux
Dès leur acquisition de Villandry, Joachim Carvallo et Ann Coleman commencent la restauration Renaissance du château.

Aucun changement notable n’est apporté à la construction Renaissance jusqu’à l’acquisition de la seigneurie de Villandry par le comte de Castellane en 1754.

Michel-Ange de Castellane est issu d’une très ancienne et illustre famille provençale. De 1741 à 1747, il est ambassadeur extraordinaire à la Cour ottomane.

Le nouveau propriétaire du lieu apporte de profondes modifications à l’édifice : il souhaite en effet l’adapter au goût de son époque, marquée par le classicisme.

Les arcades de la cour sont murées et deviennent, à gauche, des cuisines, à droite, des couloirs donnant sur les salons. Les fenêtres de la Renaissance sont arrondies et entre celles-ci des baies de style Louis XV sont percées puis garnies de balcons et balustrades ; des fenêtres en trompe l’œil sont ajoutées dans toutes les parties pleines et confèrent une plus grande symétrie à la façade.

Ces transformations bouleversent complètement l’apparence de l’architecture Renaissance des Le Breton.

Avec l’aide d’une équipe de 100 maçons, Joachim Carvallo entend redonner aux façades leur apparence de la Renaissance. Il supprime par exemple les fenêtres et les arcades créées par Michel-Ange de Castellane. S’il manque notamment à cette restitution le mur d’entrée ainsi que l’escalier en vis de la cour, Joachim Carvallo est heureux des résultats des travaux.

« Après les premières transformations que je lui fis subir, l’effet fut surprenant. En moins d’une semaine, Villandry avait repris le caractère qu’il avait à la Renaissance. J’invitai les membres de la Société d’Archéologie de Touraine à venir se rendre compte du travail que j’avais fait. Ces messieurs qui étaient habitués à voir Villandry couvert de fausses fenêtres, ce qui lui donnait l’aspect monotone et triste d’une caserne, furent émerveillés ; ils n’en pouvaient croire leurs yeux et pensaient que, par l’effet d’un coup de baguette magique, j’avais reconstruit un nouveau château. » Joachim Carvallo.

Deuxième étape des travaux
Après avoir restauré le château, les époux Carvallo se consacrent à la création des jardins dans un style Renaissance.

Le château reste dans la famille Hainguerlot jusqu’à la Révolution. A compter de 1791, de nombreux propriétaires se succèdent à Villandry, et notamment Jérôme Bonaparte, frère cadet de Napoléon, qui vend la propriété à la famille Hainguerlot.

Le jardin classique n’étant plus à la mode, le domaine est une nouvelle fois transformé et devient un parc à l’anglaise. Ce type de parc témoigne d’une vision nouvelle de la nature au XIXème siècle : on estime que le jardin doit ressembler à la nature libre et sauvage, d’où l’expression de « jardin paysager ». Ce jardin a l’avantage de mériter beaucoup moins d’entretien qu’un jardin à la française. Villandry passe donc à un paysage tout en sinuosités, courbes et massifs d’arbres et d’arbustes.

Lorsque Joachim Carvallo visite Villandry en 1906, le parc à l’anglaise n’est pas à son goût. : « Le parc [est] constitué à l’anglaise, en vallonnements et mamelonnements (…), planté de maintes espèces exotiques récemment importées [...] massés sur les revers de monticules artificiels. Le château lui-même [disparaît] au milieu d’une forêt d’arbres et de verdure. ».

Joachim Carvallo entame donc une grande transformation du parc. Avec la minutie du scientifique, il entend créer des jardins en adéquation avec le château transformé. Il se consacre donc entre 1908 et 1924 à la restitution des jardins dans un style Renaissance.

Il réunit pour ce faire plusieurs indices archéologiques et littéraires : des vestiges de soubassements et de canalisations mis en parallèle avec des plans anciens, lui permettent de replacer le potager décoratif du XVIème siècle. De même, des ouvrages comme Les Plus Excellents bâtiments de France de Jacques Androuet du Cerceau lui permettent d’appréhender plus précisément l’aménagement paysager à la Renaissance. Déployant de grands moyens, il abat les arbres du parc, dégage les douves, les terrasses et le grand bassin XVIIIème, dont il retrouve la forme générale. L’ensemble n’est terminé que vers 1924.

Les jardins de Villandry sont une réinvention. Du tracé au choix des végétaux, tout a été pensé afin de revenir aux origines du jardin français de la Renaissance.

Les salons d'Ornement

Conçus comme un prolongement des salles de réception du château (salon, salle à manger), les salons d’ornement se déploient sur la deuxième terrasse entre le jardin potager et le jardin d’eau. Ils sont d’inspiration Renaissance dans leur structure faite de végétaux taillés aux formes géométriques variées. Divisés en deux salons de verdure scindés par un canal, ils sont terminés peu avant 1914.

Jouxtant la façade sud du château, entre l’Orangerie du XVIIIème siècle et le canal, le premier salon est lui-même divisé en deux salles (jardin des croix et jardin d’amour). Ces salles ont été dessinées pour offrir le meilleur point de vue depuis le premier étage, étage noble du château. Pour les réaliser, Joachim Carvallo fait appel au peintre Lozano et à Javier de Winthuysen, artiste et paysagiste espagnol ; par leur tracé, ces salles reflètent un certain goût espagnol dû aux origines du créateur. L’assemblement de lignes droites et de lignes courbes, par exemple, est caractéristique de l’art des jardins de style hispano-mauresque, art qui connait un réveil en Andalousie dès le milieu du XIXème siècle.

La première salle du premier salon, le jardin d’amour, est composée de quatre carrés de verdure qui retracent les étapes d’une passion amoureuse.

L’« Amour tendre » est symbolisé par des cœurs. Ces derniers sont séparés par les flammes de l’amour dans les angles du carré. Au centre apparaissent les masques que l’on mettait sur les yeux au cours des bals et qui permettaient toutes sortes de conversations, des plus sérieuses aux plus légères.

L’« Amour passionné » figure des cœurs brisés par la passion. Les massifs de buis, enchevêtrés, évoquent la danse et le tourbillon passionnel.

L’« Amour volage » possède quatre éventails dans les angles qui symbolisent la légèreté des sentiments. On peut apercevoir entre ces éventails les cornes de l’amour trompé (ou les papillons évoquant un caractère volage) et au centre les lettres d’amour ou les billets doux que les amants s’échangent. La couleur dominante dans ce carré est le jaune, symbole de l’amour trompé.

Enfin, l’« Amour tragique » contient des dessins représentent des lames de poignards et des glaives utilisés au cours des duels causés par les rivalités amoureuses. En été, les fleurs sont rouges pour symboliser le sang répandu au cours de ces combats.

La deuxième salle du premier salon, ou jardin des croix, figure trois croix différentes :
- au centre, la Croix de Malte
- derrière cette croix, à droite, celle du Languedoc
- à gauche, la Croix du Pays Basque
Par ailleurs, des fleurs de lys stylisées sont présentes le long de la douve.

Le deuxième salon des jardins d’ornement, à l’ouest, est le jardin de la musique. Surplombant le potager, il a été dessiné par Joachim Carvallo et évoque de façon symbolique la musique. Les grands triangles représentent des lyres, à côté desquelles figurent des harpes ou des métronomes. Des ifs taillés en forme de candélabres éclairent la partition musicale. Le contraste des couleurs est obtenu par des plantations de lavande ou perovskia complétées par des plants d’annuelles.

Le potager décoratif

Le potager décoratif, situé sur la plus basse terrasse (basse-cour), couvre près d’un hectare. Joachim Carvallo porte une attention toute particulière à sa conception lorsqu’il le restitue ; il prend appui sur des fouilles archéologiques (des murs à demi enterrés sous les pentes douces confirment à ce titre l’existence de terrasses), des plans anciens et des sources littéraires. Joachim Carvallo souhaite en effet que son potager soit parfaitement en adéquation avec le château Renaissance fraichement restauré.

Le jardin potager se compose de neuf carrés de taille identique. Séparés par de grandes allées et plantés de légumes aux couleurs très variées, ces carrés présentent un véritable damier multicolore.

Le potager de Villandry témoigne parfaitement de l’organisation et de l’apparence des potagers décoratifs à la Renaissance. Il s’inspire des jardins médiévaux ; on retrouve souvent le dessin de la croix, symbole de religion chrétienne. Par ailleurs, il possède de nombreux éléments Renaissance : les plantations sont entourées de bordures en buis, des tonnelles permettent au visiteur de se reposer à l’ombre et des fontaines rafraichissent l’air en été.

It also has many Renaissance elements: plantations are surrounded by boxwood borders, arbors allow visitors to rest in the shade and fountains freshening the air in summer.

Le jardin d'eau

Le jardin d’eau se situe au-dessus du jardin d’ornement, à l’extrémité sud du domaine. Ce boulingrin, bordé de glacis en gazon, est composé d’un bassin central en forme de miroir Louis XV, de parterres de gazon compartimentés, d’un réseau d’allées perpendiculaires symétriques, de quatre bassins secondaires ainsi que de buis taillés en topiaires. Son organisation témoigne de l’architecture des jardins classiques.

Si un premier miroir d’eau est créé lors de la transformation des jardins de Villandry en jardin à la française au XVIIIème siècle, le réagencement du parc à la mode romantique au XIXème conduit au remplacement du bassin classique par une pièce d’eau au tracé naturel. S’inspirant des plans du XVIIIème du comte de Castellane, immortalisés par le cadastre napoléonien, Joachim Carvallo restitue le miroir d’eau et donne à cet espace son aspect régulier et dégagé.

Joachim Carvallo a ainsi créé des jardins organisés en trois terrasses successives : le potager décoratif, les jardins d'ornement et le jardin d'eau.

Le labyrinthe et le jardin des simples seront réalisés par ses descendants d'après des plans dessinés par Joachim. En 2008, le jardin du soleil devient le sixième jardin de Villandry et ajoute une quatrième terrasse au domaine.

Villandry doit aujourd'hui sans conteste sa renommée internationale à l'ensemble de ses jardins en terrasses qui enserrent le château comme dans un écrin.

Château de Villandry
Crédits : histoire
Remerciements : tous les supports
Il peut arriver que l'histoire présentée ait été créée par un tiers indépendant et qu'elle ne reflète pas toujours la ligne directrice des institutions, répertoriées ci-dessous, qui ont fourni le contenu.
Traduire avec Google
Accueil
Explorer
À proximité
Profil