LE POUVOIR DE LA PROPAGANDE NAZIE

«La propagande est une arme véritablement redoutable entre les mains de celui qui sait s’en servir.»
—Adolf Hitler, 1924

Pendant vingt ans, les propagandistes nazis ont utilisé avec adresse leur «arme redoutable» pour acquérir une large base électorale dans la jeune démocratie allemande, mettre en œuvre des programmes radicaux sous la dictature du parti et justifier la guerre et les massacres.

L’exposition L’État trompeur: Le pouvoir de la propagande nazie étudie comment les Nazis ont cherché à manipuler l’opinion publique pour atteindre leurs objectifs, avec comme résultat final une guerre qui a coûté la vie à quelque 55 millions de personnes, dont 6 millions d’hommes, de femmes et d’enfants juifs assassinés systématiquement dans le cadre de la Shoah.

LA PROPAGANDE
est la diffusion d’informations orientées de telle façon qu’elle contribue à façonner l’opinion et le comportement de la population.

Son pouvoir dépend
• du message
• de la technique
• des moyens de communication
• du contexte
• de la réceptivité du public

La propagande
• utilise des vérités, des demi-vérités, ou des mensonges
• omet des informations de manière sélective
• simplifie les questions ou les idées complexes
• joue sur les émotions
• ait la promotion d’une cause
• attaque les opposants
• cible les publics souhaités

LE NAZISME DANS UNE DÉMOCRATIE
1918-1933

LE PARTI NAZI—DE L’OBSCURITÉ AU DEVANT DE LA SCÈNE

Le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP ou Parti nazi) a émergé de la tourmente qui a suivi la défaite allemande à la fin de la Première Guerre mondiale. Au cours des dix premières années de son existence, avec son programme ultra-nationaliste, raciste et antisémite, le Parti nazi a attiré relativement peu d’adhérents au sein de la république démocratique qui venait d'être créée dans le pays. Avant 1929, il constituait un élément insignifiant dans la vie politique allemande.

En Allemagne, la démocratie s’est pour ainsi dire effondrée lorsque la Grande dépression a frappé en 1929. Les désaccords au sujet des politiques économiques ont rapidement renforcé le clivage politique entre la gauche et la droite. Des millions d’Allemands se sont laissé séduire par les messages simples et concrets de la propagande nazie en ces temps de difficultés économiques et d’instabilité politique, et ont abandonné les partis centristes traditionnels pour soutenir Adolf Hitler. Au cours de l’été 1932, le Parti nazi a remporté près de 40% des sièges au Parlement allemand (le Reichstag), devenant le premier parti politique de cette assemblée. Si le Parti nazi n’a jamais réussi à rallier la majorité des électeurs à sa cause, son ascension fulgurante de l’obscurité au devant de la scène a constitué un exploit sans précédent.

ADOLF HITLER: PROPAGANDISTE ET IMAGE PUBLIQUE

Le succès du Parti nazi pendant les dernières années de la république allemande est dû en grande partie à l’attrait exercé par son chef, Adolf Hitler, et de ses messages politiques. Né en Autriche, Hitler a adhéré au parti en septembre 1919 à l’âge de 30 ans et a rapidement gravi les échelons, devenant son premier directeur de la propagande. Ses talents d’orateur ont attiré l’attention sur le parti et lui ont gagné de nouveaux membres. Des milliers de personnes venaient écouter les discours enflammés d’Hitler critiquant la jeune république allemande, accusant les Juifs d’Allemagne d’être responsables des problèmes du pays, et condamnant le Traité de paix de Versailles (1919) qui avait contraint l’Allemagne à reconnaître qu’elle était coupable d’avoir provoqué la Première Guerre mondiale, à céder des territoires et à payer de lourdes réparations aux puissances alliées victorieuses.

Bien qu’Hitler ait quitté ses fonctions de directeur de la propagande en 1926, ses idées relatives à la diffusion de messages politiques ont continué d’influencer la stratégie nazie jusqu’en 1945.

LA BANNIÈRE NAZIE: CRÉATION D’UN SIGNE DISTINCTIF

En 1920, Hitler a conçu le drapeau nazi à partir des anciennes couleurs impériales allemandes (le noir, le blanc et le rouge), et a placé en son centre une forme connue en Allemagne sous le nom de hakenkreuz—«croix à crochets». La croix gammée, qui existait dans des cultures du monde entier, était étroitement liée à l’ancienne culture «aryenne» de l’Inde, où on l’appelait le swastika, et où elle était un symbole de chance. Hitler pensait que cette bannière à l’impact visuel fort devait symboliser la lutte du parti et mettre en avant sa mission de protection de la race «supérieure» «aryenne» d’Allemagne contre les dangers représentés par les Juifs et les autres peuples «inférieurs».

Bien que le swastika ait été utilisé auparavant par d’autres groupes antisémites de droite, il est devenu le signe distinctif du parti nazi lorsqu’Hitler l’a adopté. Avec le temps, il est devenu un symbole durable de haine.

CAMPAGNES ÉLECTORALES: CIBLER LES PUBLICS

Pour préparer ses campagnes électorales, le Parti nazi effectuait des sondages d’opinion sur le terrain pour enquêter sur les besoins, les espoirs et les peurs des ouvriers et des employés de bureau, de la classe moyenne, des femmes, des agriculteurs et des jeunes. Les propagandistes nazis prenaient ensuite le soin d’adapter leurs messages en conséquence et embauchaient des graphistes professionnels pour qu’ils créent des affiches qui attirent l’attention avec des slogans accrocheurs. Ces affiches étaient ensuite collées dans des endroits très passants.

En outre, de nombreux journaux appartenant aux Nazis véhiculaient les messages des campagnes et l’idéologie du parti. De cette façon, les Nazis ont réussi à élargir leur électorat et à détourner des partisans de leurs concurrents.

La propagande nazie cherchait à gagner au parti le soutien de tous les Allemands quelles que soient leur région, leur classe sociale ou leur religion—sauf des Juifs. Définis par l’idéologie nazie comme appartenant à une «race» distincte et étrangère, les Juifs n’étaient pas les bienvenus et devinrent la cible de violentes attaques politiques.

CAMPAGNES ÉLECTORALES: EN QUÊTE DE LA PRÉSIDENCE

Associée à la montée en flèche de la popularité du Parti nazi, la paralysie politique entraînée par la Grande dépression a permis à Hitler de briguer la présidence de l’Allemagne au printemps 1932. La campagne de propagande, qui recourait à diverses techniques de communication modernes, présentait Hitler comme un dirigeant fort et déterminé, attirant les millions d’Allemands que la Grande dépression avait laissé pauvres et sans emploi.

Lors de l’élection initiale comme lors du second tour, Hitler est arrivé deuxième derrière le président sortant, Paul von Hindenburg, bien qu’il soit passé de 30% à 37% du total des voix. En dépit du fait qu’ils aient perdu l’élection, Hitler et le Parti nazi ont accru leur influence politique au sein d’une démocratie allemande chancelante.

Initiative inédite qui a électrisé le public, le Parti nazi a affrété des avions de la Lufthansa, la compagnie aérienne allemande, pour transporter Hitler de ville en ville lors de l’élection présidentielle de 1932. Ces déplacements par avion ont permis à Hitler de parler lors de près de 200 rassemblements devant quelque 10 à 14 millions de personnes. Son principal adversaire, le Président âgé Paul von Hindenburg, n’a fait qu’un discours national radiodiffusé et relativement peu de discours publics.

POURQUOI DE NOMBREUX ALLEMANDS ONT-ILS ADHÉRÉ À LA PROPAGANDE NAZIE?

Avec l’arrivée de la Grande dépression, des millions d’Allemands ont abandonné leurs anciennes allégeances politiques pour voter pour le Parti nazi. Les difficultés économiques, associées à l’incapacité des partis politiques allemands de former un gouvernement de coalition viable, ont engendré un mécontentement généralisé de l'électorat. De nombreux électeurs se sont tournés vers Hitler par peur de l’appauvrissement et du communisme révolutionnaire. Les agriculteurs réagissaient aux promesses des Nazis de sauver leurs terres. L'ultra-nationalisme d’Hitler trouvait un écho parmi de nombreux publics, notamment les jeunes Allemands qui voulaient récupérer les territoires perdus par l’Allemagne et rétablir la puissance militaire du pays.

L’antisémitisme du Parti nazi séduisait les radicaux de droite, mais pas la totalité des partisans d’Hitler. Les groupes nazis régionaux jaugeaient l’intérêt du public local pour la «Question juive» et adaptaient leur propagande en conséquence. Le programme antisémite des Nazis n’a peut-être pas acquis au parti un large soutien de la population, mais il n’a pas non plus fait fuir de grands nombres d’électeurs. Ils étaient disposés à fermer les yeux sur son idéologie anti-juive et son racisme.

ADOLF HITLER—CHANCELIER

La propagande a aidé à accroître la popularité du Parti nazi, mais c’est un accord politique négocié en coulisse et non un processus électoral qui a fait d’Hitler le chef du gouvernement—le Chancelier—le 30 janvier 1933. Les associés du Président Hindenburg ont espéré, à tort, pouvoir utiliser la base populaire du chef nazi pour relancer leur propre carrière politique et atteindre la stabilité en obtenant la majorité parlementaire lors de l’élection suivante. Pour freiner Hitler et endiguer l’extrémisme de son parti, un gouvernement de coalition a été mis en place, composé principalement d’hommes politiques allemands conservateurs et comptant seulement trois membres du parti nazi. Ces plans se sont avérés inefficaces, et Hitler a rapidement déjoué les efforts de ceux qui voulaient limiter son ascension.

PROPAGANDE ET PERSÉCUTIONS SOUS LA DICTATURE
1933-1939

TYRANNIE ET PROPAGANDE DANS L’ALLEMAGNE NAZIE

Peu après son accession au poste de chancelier, Hitler a utilisé le pouvoir de l’État et des unités paramilitaires du Parti, les SA et les SS, pour intimider, brutaliser et persécuter les opposants politiques. En moins de six mois, la démocratie allemande a été détruite. Le gouvernement est devenu une dictature à parti unique, et les droits civils fondamentaux—tels que les libertés d’expression, de la presse et de réunion—ont été suspendus. Les autorités de police ont créé des camps de concentration pour emprisonner les individus réputés être des «ennemis de l’État», et le régime a immédiatement commencé à appliquer des politiques anti-juives.

La propagande nazie a rempli une fonction relativement différente sous le Troisième Reich et sous la République allemande. Avec l’interdiction de tous les autres partis politiques et la mise en place d’un régime dictatorial, le Parti nazi n’a plus eu besoin de participer à des élections. Les propagandistes du régime se sont alors attachés à convaincre les 60% d’Allemands qui n’avaient pas soutenu Hitler et à créer un consensus national autour des politiques intérieure et étrangère menées par Hitler.

LES ARMES DE LA DICTATURE: CONTRÔLER LES MÉDIAS

À l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, l’Allemagne figurait parmi les grands acteurs de la communication de masse. Elle produisait plus de journaux que tout autre pays d’Europe, et faisait œuvre de pionnière dans le développement de la radio comme de la télévision. Son industrie cinématographique de renommée internationale comptait parmi les plus importantes du monde.

Dans les mois qui ont suivi l’arrivée d’Hitler au poste de chancelier, le régime nazi a détruit la presse libre du pays. Il a fermé des centaines de journaux d’opposition, transféré de force à des non-Juifs les maisons d’édition qui appartenaient à des Juifs, et pris en secret le contrôle des périodiques traditionnels. Tous les jours, des directives du nouveau Ministère du Reich à l’éducation du peuple et à la propagande dictaient ce qui pouvait être publié et ce qui ne le pouvait pas sous peine de sanction, de licenciement ou d’emprisonnement. La surveillance de la radio, du cinéma, des actualités, du théâtre et de la musique incombait directement au Ministère de la propagande, qui utilisait ces médias pour vendre l’idéologie nazie.

FORGER L’UNITÉ ET L’ALLÉGEANCE: LE CULTE D’HITLER

Après janvier 1933, les propagandistes nazis ont fait évoluer Hitler de chef de parti à l’incarnation de la «nouvelle» nation allemande et ont affiché son portrait partout. Ils ont cultivé son image publique avec soin pour qu’elle respire la force et un dévouement absolu à l’égard de l’Allemagne. Il était décrit comme un homme d’État jeune, dynamique et talentueux, qui sauvait la nation des dissensions politiques et amenait de la stabilité, créait des emplois et redonnait confiance à l’Allemagne.

Les Allemands étaient tenus de prêter allégeance à Der Führer – le Guide – par l'exécution quasi religieuse du salut nazi le bras levé et les mots «Heil Hitler!». Ces manifestations publiques de loyauté envers Hitler visaient à renforcer les liens de l’unité nationale. Ne pas s’y conformer était un signe de dissension, et la critique du régime et de ses dirigeants était un motif d’emprisonnement.

POUR L’AVENIR: ENDOCTRINER LA JEUNESSE

À partir des années 1920, le Parti nazi a ciblé les jeunes Allemands et les éducateurs comme des publics particulièrement importants pour ses messages de propagande. Ses organisations pour la jeunesse, les étudiants des universités et les enseignants mettaient en avant le fait que le parti était un mouvement dynamique, discipliné, tourné vers l’avenir et porteur d’espoir. En janvier 1933, le Parti nazi avait recruté des dizaines de milliers d’étudiants ainsi que des milliers de jeunes enseignants.

Une fois au pouvoir, les Nazis ont exclu de la fonction publique les Juifs et les individus jugés politiquement peu fiables, notamment parmi les enseignants des écoles et des universités publiques. Les organisations de jeunesse indépendantes ont été interdites ou dissoutes dans les années 1930, et l’adhésion aux Jeunesses hitlériennes a été rendue obligatoire en 1939 pour tous les Allemands «aryens» âgés de 10 à 18 ans.

Le but de l’éducation sous le Troisième Reich n’était pas d’encourager une réflexion indépendante mais d’inculquer aux élèves l’idéologie nazie. Les instructions données en classe et chez les Jeunesses hitlériennes visaient à produire des Allemands obéissants, dévoués et prêts à mourir pour le Führer et la patrie.

LA «COMMUNAUTÉ DU PEUPLE»

L’un des fondements de la propagande nazie était l’idéal d’une «communauté du peuple» (Volksgemeinschaft), union organique de tous les Allemands «aryens». Les propagandistes nazis insistaient constamment sur le fait que la nouvelle Allemagne se caractériserait par une absence de différence entre les classes, les religions et les régions, et que les querelles et dissensions politiques qui avaient marqué la démocratie parlementaire de Weimar prendraient fin. Les Allemands reconstruiraient l’économie en ruine par un travail collectif. En théorie, ni la naissance ni le statut économique ne feraient obstacle à la progression sociale, militaire ou politique.

L’idée de «communauté du peuple» bénéficiait d’un authentique attrait populaire, mais elle masquait des persécutions. De nombreux Allemands, influencés par l’aspect «positif» de l’unité, ont fermé les yeux sur les inégalités flagrantes et les abus qui ont caractérisé le Troisième Reich.

PROPAGANDE ET PERSÉCUTION

Alors que la propagande nazie vendait l’idéal de la «communauté du peuple» aux Allemands, le régime a fait comprendre de plus en plus clairement que tous les Allemands ne seraient pas autorisés à prendre part à la nouvelle communauté. Les Nazis refusaient l’admission de certains au motif de la «race», ce qui incluait les Juifs, les Afro-allemands et les Roms (Tsiganes), ou en raison de caractéristiques «biologiques» indésirables telles que des handicaps physiques ou mentaux. D’autres étaient exclus à cause de leur opinion politique ou de leur comportement, notamment les hommes homosexuels, les non-conformistes sociaux ou les individus jugés «paresseux». Un Allemand «aryen» pouvait changer ses opinions politiques ou modifier son comportement et être admis, mais ceux dont on refusait l’admission en raison de la «race» ou pour des motifs biologiques étaient formellement et clairement exclus.

Les propagandistes nazis ont contribué à la réussite des politiques d’exclusion du régime en désignant publiquement les groupes indésirables, en justifiant leur statut de paria, en incitant à nourrir une vive haine ou, tout au moins, en cultivant l’indifférence à l’égard des exclus.

Les Lois de Nuremberg

Le 15 septembre 1935, le parlement allemand a promulgué plusieurs lois qui ont fourni la base juridique pour l’exclusion des Juifs de la société allemande. Les «Lois de Nuremberg», du nom de la ville où elles ont été annoncées, interdisaient les mariages et les relations sexuelles entre Juifs et Allemands et limitaient le droit à la citoyenneté sous le Troisième Reich aux «Aryens», reléguant ainsi les Juifs à un statut de seconde zone.

Les décrets qui ont suivi stipulaient en droit qu’était considérée juive toute personne ayant au moins trois grands-parents de confession juive, et définissaient deux catégories de «sang mêlé» (Mischlinge), les enfants d’un parent juif et d’un non-juif. Le régime nazi a fini par appliquer les Lois de Nuremberg aux Roms (Tsiganes) et aux Afro-allemands.

PROPAGANDE ANTI-JUIVE ET POLITIQUE NAZIE

De 1933 à 1939, l’Allemagne nazie a officiellement mené des politiques ouvertement anti-juives qui sont passées de la ségrégation à l’émigration forcée. À l’appui de ces objectifs, les propagandistes nazis ont joué sur les stéréotypes négatifs existants et ont dénoncé les Juifs comme constituant une présence «étrangère», «parasite» responsable de la «dégénérescence» culturelle, politique et économique de l’Allemagne. Dans l’esprit des Nazis, «les Juifs» représentaient l’antipode des Allemands «aryens» culturellement créatifs. Seule leur élimination permettrait au Troisième Reich de prospérer.

Tandis que de nombreux Allemands rejetaient cette propagande, tout comme la plupart désapprouvaient les violences qui se multipliaient envers les Juifs, l’aversion pour les Juifs allait bien au-delà des partisans du Parti nazi. La majorité des Allemands acceptaient au moins passivement la discrimination contre les Juifs.

DIFFUSER LA PROPAGANDE ANTISEMITE

Entre 1923 et 1945, Julius Streicher a été directeur et responsable de la publication de l’hebdomadaire à sensation, Der Stürmer, le journal antisémite le plus virulent d’Allemagne. Ancien instituteur devenu activiste nazi, Streicher se targuait fièrement d’être le premier «tourment des Juifs» au monde, et a publié des récits mensongers à sensation de «meurtre rituel», de crimes sexuels et de malversations financières par des Juifs. Pendant la République de Weimar, des organisations juives et des hommes politiques scandalisés ont fréquemment attaqué en justice Der Stürmer et Streicher pour des déclarations abjectes et diffamatoires. Après la prise de pouvoir nazie, la fortune du journal et de son rédacteur en chef a augmenté de façon spectaculaire. Le tirage hebdomadaire du journal est passé de 14 000 exemplaires en 1927 à près de 500 000 en 1935. La distribution du journal a même dépassé les frontières de l’Allemagne.

En dépit du fait que de nombreux Allemands, et même quelques propagandistes nazis, trouvaient ce journal à sujet unique choquant, Der Stürmer a réussi à diffuser un antisémitisme violent auprès d’individus qui n’étaient pas nazis et ne lisaient pas les journaux du parti.

LA PROPAGANDE AU SERVICE DE LA GUERRE ET DU MASSACRE
1933-1945

LA PROPAGANDE DANS LE CONTEXTE DE LA GUERRE

Tout comme la propagande a joué un rôle essentiel dans l’élaboration des plans nationaux nazis pour une nouvelle Allemagne, elle est devenue une arme qui a fait partie intégrante de la stratégie militaire expansionniste d’Hitler. Convaincre les Allemands moins d’une génération après les combats de la Première Guerre mondiale de prendre à nouveau les armes supposait de faire passer l’agression militaire pour une nécessité. Les propagandistes nazis insistaient constamment sur le fait que les ennemis de la nation étaient les instigateurs de la guerre, persécutaient l’Allemagne et projetaient d’asservir ou de détruire le peuple allemand. En outre, ils préparaient les Allemands à accepter un renforcement des épreuves à l’intérieur du pays, et à fermer les yeux sur les violences faites aux populations des territoires occupés. De nombreux Allemands avaient des doutes au sujet de ces arguments, mais les sanctions pour dissidence, défi et désertion de l’armée étaient sévères.

La confiance du public dans le Parti nazi a rapidement diminué quand les espoirs d’une victoire finale se sont évanouis après 1943. Pourtant, la loyauté à l’égard d’Hitler est restée étonnamment forte. Même pendant les derniers mois de la guerre, alors que le nombre de soldats allemands tués s’élevait à 450 000 par mois, l’Allemagne nazie a continué de faire la guerre et d’appliquer la terreur. À la fin, sa propagande n’a pu éviter la défaite, et ses principaux porte-parole, Hitler et Goebbels, se sont suicidés dans les ruines de Berlin.

LA PROPAGANDE NAZIE ET LE GÉNOCIDE DES JUIFS

Les succès militaires ayant placé les millions de Juifs des territoires conquis sous le contrôle des Allemands, la politique anti-juive nazie a radicalement changé, passant de l’expulsion au massacre. Le Ministère de la propagande du régime a facilité ce changement en promouvant l’image d’un «ennemi juif» mythique cherchant à dominer le monde et à asservir les populations non juives. Reprenant les propos d’Hitler, les propagandistes nazis accusaient les Juifs d’avoir déclenché la guerre et exigeaient des mesures draconiennes pour sauver l’Allemagne et la civilisation de l’annihilation. Ils n’incitaient pas les Allemands à assassiner personnellement leurs voisins juifs, mais encourageaient plutôt la population à ne pas intervenir lorsque l’État mettait en œuvre des mesures visant à protéger la nation de «l’ennemi juif».

Les propagandistes nazis n’ont pas imposé de politique anti-juive, mais ils ont aidé à créer le climat d’indifférence, de haine et de peur qui a rendu possible le massacre systématique de six millions de Juifs en Europe.

Mjölnir [Hans Schweitzer], affiche du film Der ewige Jude (Le Juif éternel ou Le Péril juif), réalisé par Fritz Hippler, 1940

Dans le cadre de l’intensification, en temps de guerre, de l’attaque contre les Juifs, le Ministère de la propagande a adopté les films comme véhicule de ses messages antisémites. Der ewige Jude, réalisé par le chef de la division cinématographique du Ministère de la propagande, était présenté comme un «documentaire sur la juiverie mondiale» visant à révéler la prétendue influence néfaste exercée par la «race» juive «parasite» sur la société allemande. En dépit des efforts déployés par Goebbels pour en assurer la promotion, le film a été un échec auprès du public.

LES RÉACTIONS POPULAIRES À LA PROPAGANDE HAINEUSE DES NAZIS

Les comptes rendus officiels ou secrets révélaient que l’opinion publique à l’égard de la propagande nazie antisémite variait et changeait souvent d’orientation de manière inattendue. Pendant l’été 1941, la presse et les actualités allemandes ont désigné à maintes reprises les Juifs comme les auteurs des atrocités soviétiques, et le public des cinémas a appelé à traiter les Juifs de manière plus radicale et se sont réjouis des représailles menées contre les Juifs soviétiques.

Cependant, quelques semaines plus tard, de nombreux Allemands ont ouvertement compati avec leurs voisins juifs qui suivaient les ordres exigeant qu’ils portent sur leur vêtement extérieur l’étoile jaune de David où était inscrit le mot Jude (Juif). Ce marquage public, mis en œuvre plus tôt dans la Pologne et l’Union soviétique occupées par les Allemands, était destiné à renforcer l’antisémitisme et à favoriser la ségrégation de la population juive. Furieux de la réponse négative de la population à cet ordre, Goebbels a lancé une nouvelle campagne antisémite doublée d'un ordre de la police de punir les Allemands qui avaient un comportement amical envers les Juifs.

LA PROPAGANDE EN JUGEMENT
1945-1948

PURGER L’ALLEMAGNE DE LA PROPAGANDE

Bien avant que la guerre ne s’achève en mai 1945, les Alliés avaient juré de détruire le militarisme allemand et le nazisme. Lors de la Conférence de Postdam organisée par les Alliés après la guerre (juillet–août 1945), les dirigeants des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Union soviétique et de la France—chacun occupant une portion d’une Allemagne en ruines—ont jeté les bases fondamentales de la «dénazification» de l’Allemagne: le désarmement et la rééducation.

Le Parti nazi et tous les groupes qui y étaient apparentés ont été immédiatement dissous et interdits pour toujours afin d’«éviter toute activité ou propagande nazie et militariste». Au cours des années qui ont suivi, le Conseil de contrôle allié, le gouvernement d’occupation, a émis des directives destinées à purger l’Allemagne du nazisme. Les bibliothèques, librairies, maisons d’édition, écoles et universités ont reçu l’ordre de remettre tous les documents contenant de la propagande nazie pour qu’ils soient détruits. En outre, le Conseil de contrôle allié a ordonné que toutes les affiches et statues, tous les monuments, plaques de rue et emblèmes qui glorifiaient le Parti nazi soient complètement détruits, et a interdit la création de tels objets à l’avenir.

Julius Streicher, le rédacteur en chef du journal antisémite Der Stürmer, a été reconnu coupable de «crimes contre l’humanité» par le Tribunal militaire international et pendu. Dans sa condamnation, le Tribunal a estimé que les articles de Streicher appelant à «l’annihilation de la race juive» parus dans Der Stürmer, et rédigés alors qu’il était au courant des massacres des Juifs d’Europe, constituaient une incitation directe et criminelle au meurtre.

PROCES DES PROPAGANDISTES A NUREMBERG

En octobre 1945, un Tribunal militaire international créé par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Union soviétique a inculpé 24 grands criminels de guerre nazis allemands; 21 hommes ont été jugés à Nuremberg. Deux prévenus étaient poursuivis pour leurs activités de propagande: Julius Streicher, rédacteur en chef du journal antisémite Der Stürmer, et Hans Fritzsche, chef de la Division de radiodiffusion du Ministère de la propagande. Tous deux étaient accusés de «crimes contre l’humanité» pour incitation à la haine ayant favorisé la persécution et le meurtre des Juifs d’Europe. Leur procès a constitué la première action en justice internationale menée contre des propagandistes pour avoir provoqué des crimes meurtriers.

LUTTE CONTRE LA PROPAGANDE DANGEREUSE DEPUIS NUREMBERG

La Shoah et les autres crimes nazis ont choqué la conscience mondiale et déclenché un débat permanent sur la meilleure façon de lutter contre les formes dangereuses de discours. La condamnation de Julius Streicher et l’acquittement d’Hans Fritzsche par le Tribunal militaire international ont établi un précédent juridique international qui influence encore les procès d’individus accusés d’«incitation au génocide», un crime au regard du droit international défini par la Convention des Nations Unies pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948). Certains pays, notamment l’Allemagne et la France, ont érigé en délit la propagande nazie ainsi que le discours visant à attiser la haine nationale, religieuse, ethnique ou raciale. En revanche, les États-Unis interdisent les lois qui limiteraient les libertés d’expression et de la presse—y compris l’utilisation du swastika nazi, ainsi que des images et arguments antisémites.

Crédits : histoire

L’ÉTAT TROMPEUR : LE POUVOIR DE LA PROPAGANDE NAZIE
Financée en partie par des subventions de
Katherine M. et Leo S. Ullman
La Blanche and Irving Laurie Foundation

L’aide supplémentaire : Lester Robbins and Sheila Johnson Robbins Traveling and Special Exhibitions Fund créé en 1990.

ÉLABORATION DE L’EXPOSITION
Conservateurs
Steven Luckert
Edward Phillips

CONCEPTION ET MÉDIAS DE L’EXPOSITION
Conception
LaymanDesign, Skokie, Ill.

Programmes vidéo
Cortina Productions, McLean, Va.

SOURCES
Allemagne
Bayerische Staatsbibliothek München
Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz, Berlin
Bundesarchiv, Koblenz
Deutsches Fotothek der Sächsische Landesbibliothek, Dresden
Deutsches Historisches Museum, Berlin
Haus der Geschichte Baden-Württemberg, Stuttgart
Hessisches Landesmuseum Darmstadt
Historisches Museum der Stadt Frankfurt am Main
Landesarchiv Berlin
Museum für Kunst und Gewerbe, Hamburg
Stadtarchiv Nürnberg
Stadtarchiv Wartburgstadt Eisenach
Stiftung Deutsches Rundfunkarchiv, Wiesbaden
Süddeutsche Zeitung Photo, Munich
Transit Film GmbH, Munich
20th Century Fox of Germany, Frankfurt am Main
Ullstein Bild, Berlin
Yildiz Film, Munich

Autriche
Dokumentationsarchiv des Österreichischen Widerstandes, Vienna

Bulgarie
Bulgarska Nacionalna Filmoteka, Sofia

Estonie
Eesi Filmiarchiivi, Tallinn

Israël
Ghetto Fighters’ House Museum, Western Galilee
Yad Vashem Photo Archives, Jerusalem

Pologne
Institut Pamięci Narodowej, Warsaw

Royaume-Uni
Lebrecht Music and Arts, London

Russie
Rossiisky Gosudarstvennyi Arkhiv Kinematography, Krasnogorsk

États-Unis
AJC Center for Jewish Research, New York
Art Resource, New York
Randall Bytwerk
Corbis, New York
Getty Images, New York
Granger Collection, New York
International Historic Films, Inc., Chicago, Ill.
Hoover Institution Archives, Stanford, Calif.
Julian Bryan Archive, New York
Killer Tracks Production Music, Santa Monica, Calif.
Library of Congress, Washington, D.C.
National Center for Jewish Film, Brandeis University, Waltham, Mass.
National Archives and Records Administration, College Park, Md.
National Museum of American Jewish History, Philadelphia
U.S. Army Center of Military History, Washington, D.C.
United States Holocaust Memorial Museum, Washington, D.C.
The Wolfsonian–Florida International University, Miami Beach, Fla.

Remerciements : tous les supports
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