Apr 18, 2015 - Jul 5, 2015

Marcel Broodthaers et le "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles"

Monnaie de Paris

Through abstracts of several interviews and of the Atelier de création radiophonique "L'Angélus de Degas. Marcel Broodthaers: hétéroclite II", 27 May 1979, Marcel broodthaers introduced himlself, talked about his name, his perception of museums and the creation of his own museum. Enter the unique world of Marcel Broodthaers, artist, museum curator, collector, poet, movie maker...

Je suis Marcel Broodthaers

M.B. : « Je suis né le 28 janvier 1924. Et je suis né en Belgique, dans un royaume, dans la capitale à Bruxelles, j’ai eu un père, j’ai eu une mère, et maintenant j’ai des enfants. A Bruxelles, Belgique, où je vis et travaille.
Marcel Broodthaers est Marcel Broodthaers. »

Je suis Marcel Broodthaers

En 1964, il plante dans du plâtre cinquante exemplaires de son dernier recueil de poésie intitulé "Pense-bête" et expose cet oeuvre à la Galerie Saint Laurent à Bruxelles. Sur le carton d'invitation, il écrit :

« Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans... L'idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit et je me mis aussitôt au travail. »

Le nom de l'artiste

M.B. : « Les collectionneurs disent d’ailleurs : oui, j'ai trois un tel au mur, ou j'ai quatre un tel, comme on dit j'ai deux voitures, j'ai des actions, n'est-ce pas ? Le nom de l'artiste est devenu le synonyme de ce qu'il fait. D'une manière générale, moi j'ai un nom tellement difficile à prononcer, je crois que j'échappe un peu à cette fatalité. Je m'appelle Marcel BROODTHAERS. »

Avec son nom à rallonge, Marcel Broodthaers signait souvent ses œuvres M.B. comme dans sur ces ardoises magiques présentées dans l'exposition.

Le nom de l'artiste

Marcel Broodthaers au musée

M.B. : « Moi je peux dire en tout cas, quand j'étais beaucoup plus jeune, et encore parfois maintenant, c'est-à-dire quand les musées alors étaient absolument déserts, qu'ils étaient académiques, qu'ils paraissaient justement coupés du monde, moi j'aimais y aller pour me reposer, parce qu'il y a beaucoup de silence là dedans.
Oui, c'est ça, c'était une attitude un peu baudelairienne. Tu sais, j'aimais bien les bancs dans les parcs publics, aller me promener dans les musées. »

En tournant le dos au tableau ?
M.B. : « Oui, mais ils ont fini par m'intéresser. C’est comme ça que ça a commencé. Je me suis aperçu que cette peinture existait quand même. Et maintenant, ceci dit, je crois que le musée devrait servir à apprendre aux gens à se méfier des signes dans la vie quotidienne. »

M.B. : « Au départ le musée était fait uniquement pour moi, pour aller m'y promener parce qu'il n'y avait jamais personne, qu’en hiver il y faisait chaud, et comme on me fichait royalement la paix dans un musée, maintenant ce n’est plus comme ça, n’est-ce pas ? C'est pour apprendre quelque chose, c'est pour participer à la vie artistique, c’est pour devenir intelligent etc. Moi j'étais déjà intelligent avant d'y aller ! »

Marcel Broodthaers au musée

Tu ne fais pas partie d'une figure toi ?

M.B. : « Si on demande à des gens qui connaissent mon activité, qui ont déjà vu mes tableaux ou vu des choses à moi peut-être que pour eux je suis une figure. Mais je ne suis même pas certain que quand je me regarde dans le miroir je suis une figure. Je ne suis même pas certain de représenter à ce moment là une figure de Narcisse, pas certain du tout, surtout quand je me rase tu vois. »

La figure de Marcel Broodthaers
Le "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles"
En 1968, Marcel Broodthaers créé son propre musée dans sa maison à Bruxelles avec la première section, la "Section XIXème siècle" dans laquelle il présente des caisses de transport et des cartes postales de toiles de grands maîtres. Début de sa renommée internationale, elle sera suivie par d'autres sections qui s'ouvrent à chaque fois dans une ville différente, connaissant elles aussi des ouvertures officielles. Ce musée fictif sera dirigé par son vrai conservateur, Marcel Broodthaers, de 1968 à 1972, interrogeant l'oeuvre d'art en soi et dans son contexte d'exposition.

Musée de fiction

M.B. : « J’ai l’habitude de travailler sur les sciences supposées. J’ai l’habitude de vivre dans le domaine de la fiction, de fonder un musée de fiction. Depuis 1968 c’est un musée qui tente de recouvrir toutes notions de musée possibles, et dans lequel qu’il y a concrètement rien d’autre à voir que des idées peut-être ou des objets, mais représentant alors des idées. »

Musée de fiction

Que cherchez vous en fondant ce musée ?

M.B. : « Peut-être fondre la notion de musée ? Je ne suis pas content de la manière dont il fonctionne. C'est-à-dire le directeur de musée, dans tous les pays, est un homme qui est fonctionnaire et qui a des comptes à rendre. On dirige un musée comme on dirige un hôpital, comme un dirige une prison, c'est une institution, n'est-ce pas ? Alors, je tente peut-être, en faisant un musée de fiction, et un m’amusant à travers de ça pas mal quand même, ça compte aussi, je tente peut-être de trouver une organisation du musée qui serait différente. On tente au moins de la proposer, elle peut peut-être servir de point de départ pour refaire une autre structure de musée. »

M.B. : « Un musée modèle. Ce serait à mon tour : terroriste, aigle, théoricien, directeur ! »

Que cherchez vous en fondant ce musée?

M.B. : « Éclairez ma lanterne. Musée, art, est-ce que l’art n’est pas différent du musée ? Est-ce que l’art n’est pas l’expression je dirais invincible d’un artiste ? Une expression que l’on peut pas endiguer même dans un musée. Est-ce que l’expression artistique en général serait donc victime, elle aussi, de l’institution ? »

Marcel Broodthaers questionne l'art et le musée
Autour de Marcel Broodthaers : Musée d’Art Moderne - Département des Aigles
Credits: Story

La Monnaie de Paris présente du 18 avril au 5 juillet 2015, le "Musée d’Art Moderne – Département des Aigles" sous le commissariat de Chiara Parisi en collaboration avec Maria Gilissen Broodthaers.

Credits: All media
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