Rousseau, heureux à Chenonceau

Château de Chenonceau

Dans le cadre de l’année Rousseau en 2012, tricentenaire de sa naissance, retour sur le parcours dédié au quotidien du ”jeune” Jean-Jacques Rousseau, exposé au Château de Chenonceau en 2012 et 2013 .

L’intelligence du bonheur

Jean-Jacques, philosophe pessimiste, homme tourmente par sa nature nerveuse et délicate, mélancolique blessé toute sa vie par les aspérités du quotidien nous donne à Chenonceau la plus essentielle des leçons : une leçon de bonheur.

Nous avons tous, ancrée dans nos inconscients, une image personnelle de ce philosophe ; le vœu de cette exposition est de désintégrer certaines de nos idées reçues – plus résistantes selon Albert Einstein – qu’un atome. Mais soyez rassurés, Rousseau prend le chemin et le rythme de la promenade pour nous enseigner à la manière des philosophes grecs.
Abandon et simplicité sont les deux forces qui, avec la douceur d’un souffle, vont gonfler nos voiles et mener le bateau à destination.

L’abandon à la douceur et la beauté du lieu, à la rêverie de la promenade ou à la délectation de nos sens, nous fait apprivoiser l’imagination. La contemplation des frondaisons, des reflets de la rivière, le parfum des fleurs, le chant des oiseaux, participent au dialogue secret de cet homme avec l’âme de la nature. Mais qu’en est-il du cœur ? Là, le musicien et le philosophe s’effacent devant l’être humain. L’amour impossible pour Louise Dupin, la dame de Chenonceau, égare Jean-Jacques Rousseau avant de lui révéler le suprême cadeau de la vie qu’est l’amitié.

Simplicité des moyens d’être heureux : la nature, la musique, la beauté, les joies du corps (dont la gastronomie), l’amitié, permettent à la créativité de se déployer. Conversations, compositions musicales, recherches scientifiques et intellectuelles furent ici les nourritures de ce cerveau extraordinaire dont le corps et le cœur étaient, à Chenonceau, protégés par la délicatesse de ses amis. L’équilibre est ce qui se rapproche le plus du bonheur, ni médiocrité, ni hypocrisie, rien de bas et surtout rien de laid : voici la leçon toute simple de Rousseau à Chenonceau, elle est toujours valable !

Mais la leçon de madame Dupin, femme des Lumières et cœur généreux, n’est-elle pas plus essentielle encore ? Pour elle, être heureuse, c’est rendre heureux.

Laure Menier,
Conservateur du Château de Chenonceau.

Exposition "Rousseau, heureux à Chenonceau" (2012 -2013).

Buste de Jean-Jacques Rousseau, réalisé par la Maison Berthelot. Ce buste est une reproduction de celui de Carrier-Belleuse (XIX°), Musée de Montmorency. Le modèle original est en terre cuite de petite dimension.

Rousseau pédagogue

Entre 1743 et 1747, Dupin de Francueil avait constitué au château de Chenonceau un cabinet de physique, aidé par un secrétaire, alors absolument inconnu, Jean-Jacques Rousseau. Les instruments n’étaient ni des objets de curiosité, ni des instruments de recherche mais des outils pédagogiques concernant la mécanique, l’optique, l’astronomie, la statique des fluides. Le Château expose, pour la première fois, le Cabinet de physique de Chenonceau et ses instruments d’origine.

Premier rendez-vous chez Madame Dupin

« Parlons maintenant de mon entrée chez Madame Dupin, qui a eu de plus longues suites. Madame Dupin était, comme on sait, fille de Samuel Bernard et de Madame Fontaine. Elles étaient trois sœurs qu’on pouvait appeler les trois Grâces. Madame de la Touche, qui fit une escapade en Angleterre avec le duc de Kingston; Madame d’Arty, la maîtresse, et, bien plus, l’amie, l’unique et sincère amie de M. le prince de Conti; femme adorable autant par la douceur, par la bonté de son charmant caractère, que par l’agrément de son esprit et par l’inaltérable gaieté de son humeur; enfin Madame Dupin, la plus belle des trois, et la seule à qui l’on n’ait point reproché d’écart dans sa conduite. Elle fut le prix de l’hospitalité de M. Dupin, à qui sa mère la donna avec une place de fermier général et une fortune immense, en reconnaissance du bon accueil qu’il lui avait fait dans sa province. Elle était encore, quand je la vis pour la première fois, une des plus belles femmes de Paris. Elle me reçut à sa toilette. Elle avait les bras nus, les cheveux épars, son peignoir mal arrangé. Cet abord m’était très nouveau; ma pauvre tête n’y tint pas; je me trouble, je m’égare; et bref, me voilà épris de Madame Dupin. Mon trouble ne parut pas me nuire auprès d’elle; elle ne s’en aperçut point. Elle accueillit le livre et l’auteur, me parla de mon projet en personne instruite, chanta, s’accompagna du clavecin, me retint à dîner, me fit mettre à table à côté d’elle. Il n’en fallait pas tant pour me rendre fou; je le devins… »

Citation

Qu’à m’égarer dans ces bocages
Mon cœur goûte de voluptés !
Que je me plais sous ces ombrages !
Que j’aime ces flots argentés !

Le salon de Madame Dupin

Le salon de Madame Dupin était fréquenté par les plus hauts personnages et les beaux esprits : princesse de Rohan, comtesse de Forcalquier, duchesse de Mirepoix, Montesquieu, Pont-de-Veyle, Mairan, Sainte-Aulaire, Tressan, Fontenelle, Fourmont, l’abbé de Bernis, Voltaire, Buffon et l’abbé de Saint-Pierre que Mme Dupin protégeait tout particulièrement et qui était en quelque sorte son mentor. Ses amies, la comtesse de Tencin, la princesse de Rohan, la duchesse de Mirepoix, la comtesse de Choiseul, Lady Sandwich, Milady Hervey, Madame de Brignole l’appelaient « Mon cœur ». La plus fidèle fut la comtesse de Forcalquier avec qui elle affronta, à Chenonceau, les premières années révolutionnaires.

Lorsque le couple était à Chenonceau, le duc d’Orléans, le duc de Penthièvre (pour qui on tirait le canon afin d’honorer son arrivée), le duc et la duchesse de Choiseul, lors de leur exil à Chanteloup et le comte d’Argenson furent parmi les plus illustres visiteurs. Madame de Boling-Broke résumait assez bien l’impression que dégageait le château de Chenonceau et sa châtelaine : la demeure était une « singularité agréable » et sa propriétaire une « singularité piquante. »


La rencontre avec les Dupin

Louise Dupin vécut au château de Chenonceau au XVIIIème siècle. « Dame des Lumières », elle tint salon dans ce château où elle passait de longs séjours. Elle engagea le « jeune » Jean-Jacques Rousseau comme secrétaire et aussi précepteur de son enfant.

Femme belle, intelligente et avant-gardiste, elle rédigea avec son aide, un ouvrage « Sur l’égalité des hommes et des femmes », dans lequel elle fit preuve d’un réel engagement féministe. Ces moments heureux, passés à Chenonceau, marqueront à jamais Rousseau et inspireront sa pensée et ses textes.

La musique, une passion constante

La musique fut le ressort essentiel de la vie de Rousseau avant sa rencontre avec les Dupin.

Apprentissage par l’échec, éducation, compositions, enseignement, copies se succédèrent jusqu’en 1742, date à laquelle son « Projet » concernant de nouveaux signes pour la musique fut refusé par l’Académie des Sciences. Soucieux de rendre la musique accessible au plus grand nombre, Jean-Jacques Rousseau a mis au point, une nouvelle notation de la musique dont les ramifications mondiales continuent à être mises à jour.

Cabinet de Physique de Chenonceau (1745)

Sélection de 15 instruments sous vitrine:
- Presse à vis. Bois (vernis Martin*) En 1728, les frères Martin, de Paris, mettent au point une imitation de laque à base de copal, le vernis Martin, destiné à concurrencer les laques de Chine et du Japon.
- Modèle de chèvre. Bois (peint)
- Double cône. Bois (peint)
- Pied d'appareil. Bois (peint)
- Double gouttière cycloïdale. Bois (vernis Martin) et métal
- Cadran solaire. Métal
- Mouvement hélicoïdal. Bois et métal
- Electroscope à feuilles d'or. Verre, métal et or
- Cadran de l'heure dans les différentes parties du monde. Métal
- Miroir convexe. Bois peint et métal
- Mouvement composé. Bois (vernis Martin) et métal
- Plan incliné. Bois (vernis Martin) et métal
- Train d'engrenages. Bois (vernis Martin) et métal
- Vis d'Archimède. Bois (vernis Martin) et métal
- Maquette de physique: Levier du premier genre. Bois et métal

Méthode d’écriture musicale de Rousseau

Le triptyque de panneaux descriptifs (40 x 60 cm x 3 exemplaires) réalisés par Jean-Marc Vasseur.

L'originalité de la méthode « Rousseau »:
- Rendre la musique plus facile à copier et donc plus facile à apprendre
- Créer une notation simplifiée en utilisant les caractères d'imprimerie usuels
- Supprimer les portées, les dièses, les bémols …
- Transcrire aisément les œuvres
- Faire évoluer cette méthode
- Composer directement

Illustrations / Partitions de Rousseau
Le « Devin du Village », intermède en un acte, donné les 18 et 24 octobre 1752, à Fontainebleau, valut à Rousseau, un très grand succès de son vivant. Cette œuvre fut ensuite représentée à l’Opéra de Paris, le 1er mars 1753. Les « Six nouveaux airs pour le Devin du Village » furent publiés en 1779 par le marquis de Girardin.

"Boustrophédon " format 1,5 x 2,1 m
Un exemple d’écriture en boustrophédon*. Pour rendre plus facile la lecture d’une portée à l’autre, et éviter “ le saut de l’œil ”, Jean-Jacques Rousseau envisageait une notation en “ boustrophédon ”. Ce qui obligeait à écrire la deuxième portée de droite à gauche, puis celle d’après de gauche à droite etc. Ainsi le musicien évitait, selon lui, de « sauter » une portée à la lecture. Pour les paroles, les mots sont inversés, une ligne sur deux.

* comme le bœuf tourne en labourant le champ.

Château de Chenonceau
Crédits : histoire

Le château de Chenonceau, remercie chaleureusement :

Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France
Jean-Pierre Babelon, membre de l’Institut et président de la Fondation Jacquemart André
Jean-Marc Vasseur responsable culturel et pédagogique de l’Abbaye Royale de Chaalis
Aymar de Virieu, administrateur de l’Abbaye Royal de Chaalis
Marisol Touraine, présidente du Conseil Général d’Indre et Loire
Julie Pellegrin, conservateur en chef du Patrimoine, chef du service des monuments et musées
Claude Benkhallouk, assistante qualifiée de conservation, en charge des collections, CG 37

La Société Archéologique de Touraine :
Yves Cogoluegnes, président, Pierre Hamelain, vice-président
Jacques Dubois, président honoraire et Jacques Cattelin, enseignant
Eric Bellargent, directeur

Musée de l’Impression sur Etoffes de Mulhouse :
Isabelle Dubois-Brinkmann, conservateur
Anne-Rose Bringel, restauratrice

Crédits photo : Image de Marc, Conseil général d’Indre et Loire; Dominique Kinic-copyright Art&Notes 2011 – Collections de l’Abbaye Royale de Chaalis; Jean-Marc Vasseur, 2011 briq - ecliptique.

Remerciements : tous les supports
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