1871

Les chanceliers de l’Empire allemand de 1871 à 1918

German Federal Archives

L’Empire allemand constitue sans aucun doute une période importante de l’histoire allemande.

 

Il tombe dans une époque marquée par des profonds bouleversements et conflits sociaux ainsi que par l’apogée de l’impérialisme et le durcissement des fronts entre les grandes puissances européennes.

Les chanceliers de l’Empire y jouent un rôle décisif de par leur mission de président du Bundesrat et leur responsabilité politique vis-à-vis de l’empereur (art. 15 et 17 de la constitution).

Chefs du gouvernement impérial, ils occupent presque de façon ininterrompue aussi le poste de ministre-président de Prusse.

L’empereur Guillaume II et Otto prince de Bismarck

La manière personnelle de mener leurs affaires – souvent en lutte avec l’empereur, le parlement et, ultérieurement, le haut commandement de l’armée - influençait fortement le développement de l’Empire.

Otto von Bismarck, le fondateur « en fer » de l’Empire (Chancelier de l’Empire : 21 mars 1871 – 18 mars 1890)

Le premier chancelier de l’Empire est probablement aussi le plus connu. Son nom, Prince Otto Eduard Leopold von Bismarck-Schönhausen, est aujourd’hui surtout associé à la fondation de l’Empire en 1871, à l’introduction de la législation sociale, à la répression contre les sociaux-démocrates, au « Kulturkampf » et au début de l’impérialisme allemand.

En matière de politique extérieure et intérieure, Bismarck ne pouvait tolérer ce qui mettait en danger son pouvoir et de maintien de l’« ordre divin » au sein de l’Etat. Son dédain pour les partis politiques et le Reichstag ainsi que son incapacité de se subordonner au futur empereur Guillaume II ont finalement mené à sa démission.

Loi sur l’assurance des ouvriers, ébauche non datée (Source : BArch N 1024/33, fol. 1)

« Je ne signerai aucune loi allant à charge de l’ouvrier »

                                                     Otto prince de Bismarck
Leo von Caprivi, Chancelier de la détente (Chancelier de l'Empire : 20 mars 1890 – 28 octobre 1894)

Georg Leo von Caprivi de Caprera de Montecuccoli est nommé successeur de Bismarck au poste de chancelier de l’Empire. Le choix de l’empereur a surpris, sachant qu’il était déjà entré en conflit avec lui au sujet de l’expansion de la flotte. Chancelier, cet ancien commandant de l’amirauté impériale œuvrait clairement en faveur d’une détente : Sur le plan intérieur, il ne renouvela plus les lois ciblant les sociaux-démocrates et dédommagea l’Eglise suite au gel de leurs avoirs à l’époque du Kulturkampf. Sur le plan extérieur, il mit fin à la guerre commerciale avec la Russie et freina les aspirations impérialistes en faveur de meilleurs rapports avec les puissances coloniales et d’une politique économique plus efficace. 

La politique de Caprivi se heurtait à une grande résistance. Suite à un affront de la part de l’empereur à l’égard des sociaux-démocrates, montrant ainsi clairement son opposition à la politique de Caprivi, ce dernier démissionna une deuxième fois en 1894.

Première offre de démission de Caprivi, 16 juin 1891 (Source : BArch N 1091/7)
Chlodwig zu Hohenlohe-Schillingsfürst, Chancelier sur appel (Chancelier de l’Empire, 29 octobre 1894 – 15 octobre 1900)

« Oncle Chlodwig » ou « Oheim », comme l’appela l’empereur au moment de son entrée en fonction, figurait dès le début comme intermédiaire, en attendant un successeur plus jeune et plus actif. Malgré tout, ce libéral modéré de 75 ans voulait laisser ses traces. Son mandat fut marqué par la réforme de la « Militärstrafprozessordnung ». Nonobstant sa bonne relation avec Guillaume II, il réussit à imposer cette réforme contre la volonté de l’empereur.

Discours de Hohenlohe-Schillingsfürst lors des négociations au Reichstag concernant e.a. la réforme du droit de vote, 12 janvier 1895 (Source : BArch N 1007/1659)
Bernhard von Bülow, « Weltpolitiker » de la confrontation (Chancelier de l’Empire : 17 octobre 1900 – 10 juillet 1909)

Déjà sous le règne de Hohenlohe-Schillingsfürst, Bernhard von Bülow était systématiquement préparé à sa succession. Guillaume II mettait beaucoup d’espoir dans ce diplomate de longue date, destiné à améliorer la position allemande dans le concert des grands et à devenir le chancelier le plus populaire depuis Bismarck.

Von Bülow misait clairement sur la confrontation. La réintroduction des droits de douane sur les céréales détériora la relation avec la Russie. Il attira l’hostilité de l’Angleterre suite à l’expansion massive de la flotte allemande. En matière de politique intérieure, il réussit à raviver le nationalisme en le combinant à un discours de plus en plus impérialiste. Le conflit avec les sociaux-démocrates, refusant sa « Weltpolitk », s’accentua.

Le nationalisme de von Bülow se porta contre lui et l’empereur dans le cadre de l’affaire dite « Daily Telegraph ».

Conversation confidentielle sur l’affaire dite « Daily Telegraph », 11 novembre 1908 (Source : BArch N 1016/33, fol. 56)

« Nous ne voulons porter ombrage à personne, mais nous revendiquons aussi notre place au soleil »

                                                      Bernhard von Bülow 
Theobald von Bethmann Hollweg, un tacticien sans succès (Chancelier de l’Empire: 14 juillet 1909 – 13 juillet 1917)

Le 7 juillet 1909, Theobald von Bethmann Hollweg, jusqu’alors adjoint de Bülow, fut nommé chancelier de l’Empire. Connaissant sa personnalité conciliante et modératrice, l’empereur espérait calmer ainsi les rivalités entre les partis. Bethmann Hollweg partageait des vues libérales et se sentait proche de la « Fortschrittliche Volkspartei ». Il oeuvrait pour une conciliation entre sociaux-démocrates et conservateurs. Ces efforts lui valaient de nombreuses éloges, mais surtout de la critique de la part des deux cotés.

En matière de politique extérieure, le nouveau chancelier attachait une grande importance à un rapprochement à l’Angleterre. Il croyait la relation avec l’Autriche si forte, qu’il préféra se montrer conciliant envers les autres puissances.

Nonobstant, Bethmann Hollweg était persuadé que la guerre était inévitable aux vues des crises internationales de plus en plus nombreuses.

Télégramme adressé à l’empereur le 28 novembre 1910 (Source : BArch N 1549/1 fol. 1 r°)

« Le but de notre politique extérieure est simplement de permettre l’épanouissement de nos capacités économiques et culturelles »

                                       Theobald von Bethmann Hollweg
Georg Michaelis, Chancelier « comblant le vide » (Chancelier de l’Empire: 14 juillet – 24 octobre 1917)

Georg Michaelis, le premier chancelier non issu de la noblesse, n’avait jamais aspiré à ce poste. Il fut toutefois prêt à l’assumer, lorsque l’empereur s’adressa à lui en disant que « quelqu’un doit combler le vide ». Michaelis, très religieux, venait d’une famille de fonctionnaires. Sa fidélité inconditionnelle vis-à-vis de l’empereur, sa faible notoriété et son peu d’expérience sur le plan politique le rendaient attractif aux yeux du haut commandement de l’armée, qui le favorisa au rétif Bethmann Hollweg et le proposa ainsi à l’empereur comme leur candidat de choix. Sa faiblesse politique aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur menèrent toutefois à son congédiement après seulement trois mois.

Lettre de von Thadden-Trieglaff au baron von Braun, concernant e.a. Georg Michaelis, 20 août 1962 (Source: BArch N 1085/67)
Georg, comte von Hertling, chancelier sans pouvoir (Chancelier de l’Empire: 1 novembre 1917 – 30 september 1918)

Un des politiciens allemands les plus expérimentés succéda au novice politique qu’était Michaelis. Georg, comte de Hertling avait déjà 74 ans au moment de son entrée en fonction. Le gouvernement Hertling rapproche l’Empire au parlementarisme. Malgré des avancés politiques importantes, telle une réforme visée du système électoral prenant en compte des éléments du scrutin proportionnelle, Hertling refusait strictement toute parlementarisation et démocratisation. Ainsi il s’opposa à tout changement de la constitution prévoyant de soumettre le gouvernement au vote de confiance du parlement.

 

Sa fin définitive fut scellé le 29 septembre 1918 au quartier général à Spa. Un jour plus tard, l’empereur édicta le décret sur la parlementarisation.

Conversation confidentielle à Spa, 1 juillet 1918 (Source : BArch N 1036/41)
Prince Max von Baden, le gestionnaire de la crise (Chancelier de l’Empire: 4 octobre – 9 novembre 1918)

Au moment où le Prince Maximilian Alexander Friedrich Wilhelm von Baden fut nommé chancelier de l’Empire, la guerre était déjà perdue. Le 4 octobre 1918, le soir de son entré en fonction, il envoya un télégramme au président américain Wilson lui demandant d’accepter un armistice sur base des « 14 points de Wilson ». Wilson refusa et le chancelier lança sa « réforme d’en haut ». Il réforma le droit de vote pour le Reichstag ainsi que pour le parlement prussien et intégra la gauche politique dans son cabinet. Cette révolution aboutira le 9 novembre 1918 avec la proclamation de la république.

 

Dans ses mémoires, Max von Baden se souvenait que cette dissolution ne fut pas le fruit de ses convictions personnelles, mais le résultat des circonstances de l’époque.

Télégramme du prince von Bülow, 7 octobre 1918 (Source : BArch N 1016/59)

« L’empereur a abdiqué »

                                               Prince Max von Baden
Crédits : histoire

Text und Objektauswahl — Antje Märke und Lucas Hardt
Fotografen:  — W. Höffert,  Herbert Hoffmann
Übersetzung ins Französische — Romain Schroeder

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