Sully au temps de la fête galante

Château de Sully-sur-Loire

Les délassements de la campagne
Pour qui découvre Sully en franchissant la Loire, les tours dressées sur les bords du fleuve parlent d’abord le langage guerrier des temps anciens. Le nom de cette noble terre est quant à lui intimement lié à la mémoire du ministre d’Henri IV, ce « Grand Sully » qui contribua à relever la France aux côtés du premier roi Bourbon. Mais on perçoit aussi, en parcourant les lieux, l’écho assourdi d’une autre époque, également brillante, mais bien indifférente aux luttes féodales et aux grandes affaires de l’Etat. Car le château de Sully fut le séjour d’une société préoccupée de ses seuls plaisirs, à l’aube d’un siècle, le XVIIIe, qui fit de la « douceur de vivre » un idéal.     1715. A la mort de Louis XIV le Grand Siècle amorce un tournant décisif. Philippe d’Orléans, neveu du défunt roi, assume la réalité du pouvoir pendant la minorité de Louis XV. S’ouvre avec la Régence une période de transition pour le royaume de France (1715-1723). Les esprits s’animent au terme d’un règne qui semblait ne pas vouloir finir. Des expériences novatrices sont tentées dans de nombreux domaines, de la politique à l’économie en passant par les arts. Le libertinage est à la mode. Déjà les dernières années de Louis XIV avaient vu un certain relâchement des mœurs. La jeune noblesse s’ennuyait dans un Versailles austère, assombri par les guerres et l’influence de la dévote marquise de Maintenon. Fuyant la cour, la bonne société a retrouvé le chemin de Paris. La capitale y gagne un nouvel éclat et rayonne sur l’Europe. Les hôtels particuliers bruissent de conversations légères, lors de ces soupers fins qu’animent les mots d’esprit et, déjà, les bulles du vin de Champagne.
L'exil de Voltaire
Maximilien-Henri de Béthune (1669-1729) appartient à cette noblesse hédoniste. Fait chevalier de Malte, il consacre une partie de sa jeunesse à l’armée, avant de quitter le service en 1706. La mort de son frère aîné, disparu sans descendance, lui vaut d’accéder en 1712 au titre de cinquième duc de Sully. D’un commerce agréable, il paraît assez peu à Versailles, où les mémorialistes signalent surtout son talent pour la danse. Proche de Philippe d’Orléans, il ne semble pas suivre son exemple en matière de sentiments et fait preuve d’une réelle constance amoureuse, qui étonne en ces temps de galanterie effrénée. L’objet de ses attentions est Marie-Jeanne Guyon, veuve du fils du surintendant Fouquet, à qui Saint-Simon prête une conversation aimable, assortie d’une « beauté romaine ». Le duc de Sully parvient à l’épouser en 1719, au grand scandale de sa famille.    Il compte alors parmi son entourage un écrivain au talent prometteur, François-Marie Arouet (1694-1778), déjà connu sous le nom de Voltaire. Les deux hommes se sont rencontrés à Paris, où ils fréquentent le cercle des libres penseurs du palais du Temple. En 1716, le jeune auteur est accusé d’avoir commis un pamphlet contre le Régent. La justice lui impose l’exil, d’abord à Tulle, puis finalement à Sully, où le seigneur du lieu l’accueille avec plaisir pendant la belle saison. Le duc partage son temps entre son hôtel parisien et sa terre familiale des bords de Loire. Le château, qui matérialise le prestige de sa lignée, n’a certes pas l’élégante modernité des « maisons de plaisance » qui fleurissent aux alentours de la capitale. Mais sa proximité avec la nature lui permet de satisfaire à la mode des divertissements champêtres dont l’époque a le goût.   Le mois de mai 1716 voit donc arriver Voltaire pour son premier séjour à Sully. D’autres vont suivre. Souvent en mauvais termes avec le pouvoir, il y trouve de nouveau refuge pendant l’été 1719, et encore après cette date jusqu’à la rupture avec le duc à la fin de 1725. Maximilien-Henri de Béthune refuse alors de le soutenir dans le différend qui l’oppose au chevalier de Rohan, dont l’orgueil a été froissé par un mot assassin. Pendant les années heureuses de leur amitié, Voltaire relate dans sa correspondance l’atmosphère paisible des mois passés à Sully. La petite société réunie à la campagne y mène une existence pleine d’agréments, bien loin des contraintes de l’étiquette.
Sully-sur-Loire, une source d'inspiration pour Voltaire
A l’est du château, le parc qui longe la Loire sert aux promenades des hôtes du duc de Sully. Les lettres de Voltaire décrivent ce « bois magnifique », où les troncs portent incisé le nom des amoureux. Le soir venu, les cabinets de verdure s’éclairent de centaines de bougies. Dans ces clairières parées comme des salons, on danse sous le masque jusqu’au point du jour… Les nuits de Sully rappellent à l’auteur celles qu’il a connues à Sceaux, chez la duchesse du Maine, fille du prince de Condé et épouse du fils adultérin de Louis XIV et de la marquise de Montespan. De 1714 à 1715, ces fêtes nocturnes restées célèbres réunissent un cénacle de beaux esprits, dont la gaieté et la liberté de ton battent en brèche le rigorisme de la vieille cour. Comme à Sceaux, on s’amuse à organiser à Sully des concours où s’affrontent les poètes d’un soir. Voltaire, aidé par l’abbé Courtin, un habitué des lieux, participe à ces petits tournois littéraires. Mais il travaille aussi à des œuvres plus ambitieuses, à l’image de sa Henriade, dont il réserve les premiers extraits à ses compagnons de divertissement.   Son séjour sur les bords de Loire est plus encore marqué par le théâtre, genre qui passionne toute la bonne société de l’époque. Voltaire écrit une tragédie, Artémire, dont la première est donnée à Sully à l’automne 1719. Les invités du duc se font comédiens amateurs. Ils se produisent sur une scène construite dans la grande salle, au premier étage du donjon. Bon nombre de châteaux possèdent au XVIIIe siècle des équipements scéniques, plus ou moins élaborés, allant de la véritable salle de spectacle aux simples châssis de toile tendus dans un grenier. A Sully, l’installation a disparu au milieu du XIXe siècle. Mais des fragments pourraient subsister dans les réserves du château. Le « théâtre de Voltaire » correspond aujourd’hui à une petite avant-scène, montage de boiseries assez récent où des éléments anciens paraissent avoir été intégrés. C’est le cas d’un grand Cupidon de bois doré, sans doute du XVIIIe siècle, figure d’autant plus attachante que, si l’on en croit la tradition, elle aurait été le témoin d’un épisode marquant de la vie sentimentale de notre écrivain.   L’air de Sully semble en effet réussir aux amours de Voltaire. Il fait la connaissance de Suzanne de Livry, nièce d’un notable de la ville chez qui elle a l’habitude de se retirer. La jeune fille passe de nombreuses journées au château, où elle se joint aux familiers du duc pour jouer la comédie. Son goût des planches la conduit à interpréter les rôles écrits sur mesure par son célèbre amant. Sous le charme, celui-ci l’encourage dans cette voie. Il va même jusqu’à lui faire ouvrir les portes de la Comédie française. Mais la belle, qui manifeste plus de bonne volonté que de talent, n’y laisse pas un souvenir impérissable… On a longtemps associé à cette liaison sullyloise l’un des plus beaux portraits de Voltaire, œuvre de Nicolas de Largillierre. Le modèle l’aurait commandé en 1718 pour l’offrir à mademoiselle de Livry. Les spécialistes lui attribuent aujourd’hui une date plus tardive, vers 1724-1725, et donc après l’époque des séjours à Sully.     
L'art de vivre sous la Régence
Restituée en 2006-2007, l’enfilade qui occupe au château de Sully le premier étage du logis du XVIIIe siècle est organisée autour de la chambre. Sous la Régence, malgré la définition d’un art de vivre centré davantage sur l’individu, cette pièce reste l’expression des normes sociales qui régissent le monde aristocratique. La volonté d’apparat se matérialise tout d’abord par le traitement des murs. La cheminée concentre l’essentiel des efforts. Depuis le tout début du XVIIIe siècle, son manteau est surmonté d’un grand panneau de miroir, inscrit dans une bordure souvent sculptée et dorée. Cette « cheminée à la royale », définie dans l’entourage de Jules Hardouin-Mansart, architecte de Louis XIV, s’impose comme l’axe directeur du décor.   Le reste des parois doit prolonger l’impression de faste. Les grandes tapisseries peuvent satisfaire cette exigence. Depuis 2007, les murs de la chambre du château de Sully sont ornés d’une série de six pièces relatant l’Histoire de Psyché. Il s’agit d’un tissage du début du XVIIe siècle, qui reproduit partiellement une tenture prestigieuse faite pour François Ier. Même si l’idée de modernité prévaut au XVIIIe siècle dans les arts du décor, on peut tolérer l’usage de tapisseries d’un goût un peu ancien, pourvu que leur rareté célèbre la grandeur de l’héritage familial. C’est le cas avec cette Histoire de Psyché, dont chaque panneau comporte dans la bordure supérieure les armes de Maximilien II de Béthune, fils du grand Sully, et de son épouse Françoise de Créqui. L’inventaire de 1729 décrit à l’hôtel de Sully, sous le numéro 198, une tenture de même sujet en sept pièces, attribuée à un atelier de Bruges, dont l’estimation atteint la somme conséquente de mille cinq cents livres. Dans la chambre, le lit attire tous les regards, à la fois par son volume et par la richesse de ses étoffes. Le modèle dit « à la duchesse » est le plus en faveur depuis la fin du règne de Louis XIV. Dépourvu de rideaux à son pied, il s’ouvre de façon théâtrale et s’oppose ainsi au traditionnel lit à hauts piliers, ou « à la française », fermé par ses quatre colonnes angulaires. En 1729, la plupart des chambres de l’hôtel parisien sont meublées de lits à la duchesse. Chez le duc de Sully, il est fait d’un précieux damas cramoisi galonné d’or. Celui de son épouse semble plus spectaculaire encore. L’alcôve de sa chambre, située à l’étage du pavillon sur jardin, contient en effet un lit associant damas cramoisi et satin vert, le tout unifié par les broderies d’or figurant des fleurs. Les lits du mobilier versaillais offrent apparemment la  même structure. Celui réservé au duc présente une opulente garniture de velours ciselé et passementerie d’argent. Pour son épouse, des « découpures » de velours violet sont appliquées sur un fond de satin jaune. Cette technique évoque celle employée pour le remarquable lit à la duchesse du début du XVIIIe siècle, dont le département du Loiret a fait récemment l’acquisition. Son étoffe, un drap de laine de couleur rouge « feu », n’a certes pas la richesse de celles décrites dans les archives, dont la fragilité a souvent empêché la conservation. Mais la qualité de son ornementation le classe parmi les beaux exemples du goût nouveau qui se définit au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles. Les jeux de bandes définis par les rubans composent un réseau d’entrelacs, dont l’abstraction est animée par des motifs naturalistes, de la petite vrille végétale au large panier de fleurs qui s’épanouit au centre du « grand dossier ». La composition d’ensemble rappelle les planches gravées par certains ornemanistes, en particulier celles de Nicolas Guérard.
L'art oriental
Depuis le milieu du XVIIe siècle, l’attrait pour l’Orient continue de s’affirmer. Meubles de laque et porcelaines, venus de Chine ou du Japon, font la joie des amateurs, et notamment de Maximilien-Henri de Béthune. Ce goût tient de la tradition familiale. Dès 1679, un inventaire rédigé du vivant de son père signale au château de Sully un extraordinaire refuge de collectionneur. Il s’agit d’une chambre et d’un cabinet décorés d’étoffes précieuses, de miroirs, de céramiques, mais aussi de meubles, tels que cabinets, tables, guéridons et fauteuils, peints à l’imitation du laque. D’autres exemples de chinoiseries égaient à cette date les appartements de la vieille forteresse, qui se place à la pointe d’une mode matérialisée par le Trianon de porcelaine, tout juste achevé par Louis XIV. Cinquante ans plus tard, le même esprit perdure avec le cinquième duc. A Paris, l’appartement de son épouse contient plusieurs coffres et cabinets en « vernis de la Chine », tandis que des dizaines de porcelaines viennent enrichir les lambris du cabinet doré. Des vases plus importants sont réunis sous forme de garnitures, destinées aux cheminées ou aux principaux meubles. On trouve aussi de nombreux cabarets, petites tables faites pour le service du thé ou du café, couvertes de tasses importées d’Extrême-Orient. Le duc semble apprécier les efforts des céramistes occidentaux pour imiter les productions lointaines. En France comme en Europe, les faïenceries ont trouvé dans cette concurrence un important facteur de développement. Certaines mettent au point des recettes savantes pour obtenir une terre proche de la porcelaine par sa finesse et son éclat. Après les premières expériences tentées à Rouen, c’est la manufacture de Saint-Cloud qui domine en France, pendant le premier quart du XVIIIe siècle, la fabrication d’une porcelaine dite « tendre », car dépourvue du kaolin présent dans les modèles asiatiques.
Le temps retrouvé
Que reste-t-il aujourd’hui de ce siècle où fleurissaient les arts et les plaisirs ? Au premier abord, l’héritage semble modeste. On remarque, tout au plus, la délicate géométrie du balcon, au-dessus du portail, et l’alignement de quelques fenêtres à l’ombre du donjon. Il faut se tourner vers les images anciennes pour comprendre ce que fut la part du XVIIIe siècle dans la demeure des ducs de Sully. Vers 1900, une belle façade classique s’élève au-dessus des fossés, entre les tours du donjon, au nord, et le « petit château », au sud. L’architecture en est simple, réservant ses seuls effets à la tour du portail. Elle s’harmonise ainsi avec les murs solides des constructions plus anciennes. Incendié en 1918, le bâtiment est la victime des restaurateurs, qui choisissent de le sacrifier en construisant, côté douves, une courtine d’allure médiévale, suivant en cela les excès théoriques du célèbre Viollet-le-Duc. Sur la cour d’honneur, la façade subsiste partiellement, mais les modifications apportées aux niveaux sont telles qu’elles empêchent, à l’intérieur, toute  possibilité de retour à l’état originel. Il faut attendre 2006 pour voir la création à l’étage d’une enfilade de trois pièces, simple évocation de l’esprit du XVIIIe siècle.   C’est pourtant par la qualité de son aménagement intérieur que se signalait ce corps de logis. L’étude de la comptabilité des travaux prouve qu’il constitue un bel exemple de cet « art des dedans », domaine dans lequel les architectes français sont passés maîtres. Attribué à un certain Jean Morin, le bâtiment a été construit entre 1767 et 1770, sur l’ordre de Maximilien-Antoine de Béthune (1730-1786), septième duc de Sully. Lui et son épouse trouvent là de nouveaux appartements, situés au premier étage, tandis que leurs enfants et certains domestiques viennent occuper les logements répartis dans les autres niveaux. Chez les maîtres de maison, l’aisance des dégagements et la multiplication des entresols contribuent au confort de ces espaces dévolus à la vie privée. Ils obéissent au modèle de l’appartement de « commodité », tel qu’il a été défini dans la première moitié du siècle, tandis que le donjon concentre les fonctions d’apparat et de réception. Bien que tardifs, ces travaux font écho à ceux voulus par le cinquième duc de Sully au début du siècle, à l’époque des séjours de Voltaire. En 1717, la « grosse tour » qui s’élevait dans la basse-cour est en effet abattue, dégageant ainsi la vue sur le parc. A la même époque, les simples mentions dans les comptes de « bâtiment » et d’ « appartement » neufs ne nous apprennent malheureusement que peu de chose sur les efforts de modernisation engagés dans la demeure.  
Le château au XVIIIe siècle
La précision des documents analysés, notamment les inventaires de 1786 et 1787, nous permet en revanche de restituer le parcours des familiers du château dans les années qui précèdent la Révolution. Gravissons tout d’abord l’escalier en vis qui distribue le donjon. A l’étage, le volume imposant de la grande salle s’offre à nous. Tout respire ici la tradition, avec les tapisseries anciennes qui garnissent les murs et surtout le dais de velours cramoisi brodé aux armes des Sully, symbole de la dignité de duc et pair. Au fond de la salle, se dresse encore le théâtre où Voltaire dirigea les premiers pas sur scène de la jolie Suzanne de Livry. La « chambre du roi » voisine n’assume plus cette fonction, toute symbolique, qui était la sienne à la fin du XVIIe siècle. Le somptueux lit a disparu, tout comme la tenture des Voyages de Jacques Coeur, remplacée par des panneaux de damas bleu, sur lesquels se détachent les cadres dorés des tableaux. Les nombreux sièges attendent la société qui, le soir venu, viendra se divertir autour des tables à jeu, dans ce qui est devenu le « cabinet d’assemblée ».   A côté, un passage conduit au nouveau bâtiment, relié au donjon par l’intermédiaire d’un petit pavillon construit contre la face ouest de la tour de Villeroy, aujourd’hui tour de Verrines. C’est là que commencent les appartements privés des maîtres de maison, avec la première antichambre de la duchesse. Eclairée sur la cour, elle sert de petite salle à manger et profite de la douce chaleur d’un poêle en faïence. Le parcours se poursuit, toujours côté cour, par la seconde antichambre, dont la porte à deux vantaux s’ouvre sur la chambre de la duchesse. Pièce principale de l’étage, elle en occupe toute la largeur, mais ne dispose de fenêtres que sur la façade dominant les fossés. Un trumeau de glace sépare les deux croisées. Au-dessus de la cheminée de marbre rouge, un autre panneau de miroir est surmonté par le portrait d’une femme avec un enfant. Il règne ici une atmosphère chaleureuse grâce au damas jaune tendu sur les murs. La même étoffe sert de garniture au lit. Couronné par un petit baldaquin reposant sur des supports courbes, il correspond au modèle le plus en faveur depuis le milieu du siècle, celui du lit « à la polonaise ». Quelques meubles d’ébénisterie, sans doute des commandes parisiennes, apportent le raffinement de leur marqueterie de bois de rose. Au centre de la chambre, une petite table en cabaret met à disposition ses tasses de porcelaine. Cette impression de grâce aimable se retrouve dans le boudoir, petite pièce entresolée voisine de la chambre qui, comme elle, profite de la vue sur les frondaisons du parc. Par ses teintes claires, la toile de Jouy qui recouvre les murs et les quelques sièges contribue à la gaieté de ce refuge. Ce type de cotonnade imprimée fait le succès de la manufacture du Bavarois Oberkampf depuis 1760.   Les deux travées du «bâtiment neuf » touchant à la tour du portail abritent les pièces faites pour l’intimité du couple, toutes entresolées. Les plus importantes prennent jour sur les douves, les autres, réservées au service, sur la cour. On trouve de ce côté, en plus d’un petit escalier de pierre qui dessert tous les niveaux, les garde-robes contenant chaises percées et bidets, désormais incontournables. Depuis la chambre de la duchesse, c’est par une porte sous tenture que l’on accède au cabinet des bains. Avec ses parois de stuc imitant le marbre, achevées en 1771 par Gazetty, il forme un écrin précieux autour de la baignoire. Une petite alcôve, face à la fenêtre qui donne sur le parc, encadre la cuve ovale en cuivre étamé ; elle se dissimule sous un panneau de bois et un matelas garni d’indienne pour devenir un lit de repos.   Le même esprit de confort et de recherche décorative marque le boudoir voisin, à l’usage du duc. Il profite d’un sofa accueillant, placé sous le grand miroir qui garnit le fond de la niche répondant à la fenêtre. Son esprit vagabonde ici vers un Orient imaginaire, porté par les motifs chatoyants de la belle tenture de « pékin peint » qui couvre les murs. A la nuit tombée, la lueur des bougies avive l’éclat des fleurs de porcelaine, qui s’épanouissent sur les branches de tôle du lustre et des bras de cheminée. Fantaisie, jeux d’illusion et richesse des matières, il y a là comme une synthèse du rococo finissant. Derrière la niche du boudoir, un escalier dérobé donne accès à l’entresol, où le duc dispose de son petit domaine, centré sur un élégant « laboratoire » tendu de satin vert.   Sa chambre occupe le premier étage de la tour du portail, position symbolique qui offre en outre l’avantage d’une vue sur la perspective centrale des jardins. C’est aujourd’hui la seule pièce ayant conservé son volume ancien, à défaut de son aspect. Le décor mis en place vers 1770 nous est décrit une fois encore par les archives. Par rapport aux états antérieurs, toute idée de solennité a disparu. La tenture de toile de Jouy est interrompue, au-dessus de la cheminée de marbre rouge, par la verticale d’un grand panneau de miroir couronné d’un portrait en médaillon. La même étoffe se retrouve sur le lit à la polonaise et les sièges confortables qui meublent la pièce ; deux secrétaires et une paire d’encoignures complètent l’ensemble. On ne peut quitter la chambre sans jeter un regard amusé sur les quatre figures turques en faïence, qui trahissent de nouveau le penchant du duc pour l’exotisme.     A la fin du XVIIIe siècle, le château de Sully-sur-Loire parvient à conjuguer le prestige de son histoire séculaire et les exigences de commodité de l’époque. Le nouveau logis voulu par le septième duc continue d’être habité par ses descendants au XIXe siècle. Il connaît alors quelques transformations intérieures, moins radicales toutefois que celles qui affectent les salles du petit château, où volumes et décors sont repris dans le goût des XVIe et XVIIe siècles. Un état des lieux rédigé en 1902 laisse l’image d’une grande maison de famille, où l’apport des générations successives reste perceptible. L’incendie de 1918 bouleverse cette belle harmonie. Le XVIIIe siècle sombre alors dans l’oubli. Grâce aux travaux engagés par le département du Loiret et aux efforts de remeublement aujourd’hui en cours, le château de Sully-sur-Loire renoue avec une époque insouciante et joyeuse. Sur les traces de Voltaire et du plus aimable de ses ducs, la vénérable demeure retrouve peu à peu le chemin de la fête galante.
Crédits : histoire

Conseil départemental du Loiret

Directeur du château de Sully-sur-Loire - Benjamin FENDLER -

Textes : Thierry FRANZ
Photos : Adeline GAFFEZ

Conception de l'exposition virtuelle : Adeline GAFFEZ

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