3 juin 2016

Philippe BOESMANS

La Monnaie / De Munt

Compositeur d'opéra, en résidence à la Monnaie de 1985 à 2006

Quatre-vingt printemps et sept opéras
Philippe Boesmans, né en 1936 à Tongres, en Belgique néerlandophone, marque le monde de l'opéra par plus de 30 ans de composition. La Monnaie célèbre avec cette exposition virtuelle une longue amitié, jalonnée de nombreuses créations et collaborations musicales.

La Monnaie commande à Philippe Boesmans ses premiers opéras. Compositeur en résidence de 1985 à 2006, il écrit La Passion de Gilles (1983), L'Incoronazione di Poppea (1989: orchestration), Reigen (1993), Wintermärchen (1999), Julie (2004). Suivent Yvonne, Princesse de Bourgogne (2009) créé à Paris, Au Monde (2014) et bientôt Pinocchio (2017).

Ses collaborations avec de grands noms du théâtre français, Daniel Mesguisch, Luc Bondy et Joël Pommerat, ainsi qu'avec des chefs d'envergure internationale, tels que Sylvain Cambreling, Antonio Pappano, Kazushi Ono et Patrick Davin, ont propulsé l'opéra belge au cœur de la création contemporaine.

Philippe Boesmans traite le genre lyrique avec une liberté de style et une rigueur étonnantes.


Photo: notes pour Reigen

S’inspirant tant des baroques que des modernes, il laisse toutes sortes d'influences traverser sa partition.

Photo: notes pour Reigen

La musique et la vie: de jobiste à compositeur
Philippe Boesmans enfant découvre la musique classique à la radio. C'est aussi à la radio (RTB) qu'il commence à composer en autodidacte après ses études de piano.

« À Tongres, il n'y avait pas de concert quand j'étais petit. Il y avait le kiosque des fanfares et harmonies ou la radio. (...) Un jour, j'ai pu accompagner mes parents au cinéma pour voir un film consacré à la vie de Chopin. Ce fut une sensation aussi forte et troublante que la découverte de l'amour à l'adolescence. »

Tiré de: Philippe Boesmans, Entretiens et Témoignages, Christian Renard et Robert Wangermée, Mardaga, 2005

Enfant atteint de tuberculose, Philippe Boesmans est orienté vers des études de piano lui permettant d'étudier chez lui.


Photo: Philippe en vacances à la mer avec son père

Premier prix de piano du Conservatoire de Liège en 1957, Philippe travaille dès 1962 à la radio, à Bruxelles. Le Troisième Programme, première chaîne de musique classique (actuelle Musiq'3), venait d'être créé par Robert Wangermée. D'abord préparateur de bobines pour la retransmission des concerts étrangers, Philippe Boesmans aide ensuite à la programmation, puis compose des pastiches pour les émissions littéraires. C'est sur ce terrain qu'il se forme à la composition.

Philippe Boesmans se lie avec Pierre Batholomée dont l'ensemble Musique Nouvelles se produit à la radio. Celui-ci lui commande bientôt des pièces musicales dans le style moderne. Philippe Boesmans commence à composer « sa propre musique » : Sonnances, Explosives, Verticales, Upon La Mi, Evil Flowers...

Photo: Henri Pousseur et Pierre Bartholomée

Le Prix Italia est décerné à Philippe Boesmans en 1971 pour Upon La Mi. Il prend la même année la direction de la section classique à la radio de Liège. Henri Pousseur, directeur du Conservatoire de Liège et fondateur d’un centre de recherche musicales avec Pierre Bartholomée, lui demande d'animer un atelier-séminaire de musique contemporaine.

Dans ce laboratoire traversé par le sérialisme, la musique électronique et pop, le jazz, il côtoie et accompagne, tout au long des années 1970-1980, de jeunes musiciens: Kris Defoort, Benoît Mernier, Fabrizio Cassol, Bernard Foccroulle, Patrick Davin... Il compose de nombreuses oeuvres dont Attitudes, pour le théâtre musical, créée au Festival d'Avignon en 1977.

De l'anti-opéra au renouveau d'un genre
Lorsque Gerard Mortier lui commande un opéra en 1983, Philippe Boesmans est d'abord animé d'intentions parodiques. Puis il se prend d'affection pour ce genre décrié depuis les années 1960. Il est rapidement détaché de la RTB pour devenir dramaturge musical à La Monnaie.

Philippe Boesmans et Pierre Mertens, le librettiste, auteur de théâtre belge, travaillent à leur premier opéra sous la conduite de Gerard Mortier. La Passion de Gilles est inspirée de l'histoire de Gilles de Rais, ce compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, condamné pour crimes sur des enfants et voué comme elle par l'Église au bûcher.

L'Incoronazione di Poppea, est une œuvre inachevée de Monteverdi, dont il ne reste que des parties chantées et quelques notes graves donnant une idée de l’harmonie. L'orchestration qu'en fait Philippe Boesmans en 1989 pour la Monnaie est remarquée pour ses accents modernes dans le style baroque. Il va jusqu'à doubler le clavecin de sons de synthétiseurs!

Cette expérience marque profondément l'écriture de Philippe Boesmans. « J’ai beaucoup appris de Monteverdi, notamment le fait que chaque personnage est caractérisé par un profil vocal particulier, avec ses propres intervalles. » C'est aussi le début d'une série de collaborations avec Luc Bondy.

Quatre ans après Poppea, Philippe Boesmans et Luc Bondy travaillent ensemble étroitement sur Reigen (La Ronde), pièce d'Arthur Schnitzler. Dix ans après La Passion de Gilles, Philippe Boesmans signe un deuxième opéra théâtral et sulfureux.

Reigen est une grande concaténation amoureuse: la prostituée aime le soldat qui désire la femme de chambre qui aime le jeune homme qui désire la jeune femme qui aime son mari qui désire la grisette qui aime le poète qui désire l’actrice qui aime le comte qui désire la prostituée.

L'opéra triomphe à Bruxelles, puis à Strasbourg, Paris et Francfort. Il est toujours joué de nos jours, souvent par de petits orchestres, dans sa réduction de chambre écrite par Fabricio Cassol onze ans plus tard.

Sur cette partition de Reigen, la cantatrice court décrocher le téléphone. Les croches accompagnent ce mouvement précipité! L’espace scénique tel qu'imaginé par Philippe Boesmans génère l'écriture musicale.

Photo: notes pour Reigen

De zanglijn volgt een gestileerde frasering die schatplichtig is aan het Sprechgesang. Enkele instrumenten (hoorn, viool, vibrafoon) beantwoorden de stem in contrapunt. Daarbij zijn harmonische reservoirs rudimentair genoteerd. De orkestratie is van meet af aan in zijn totaliteit uitgedacht, tegelijk dus met de melodische lijn, wat uiterst zelden het geval is bij componisten.

La ligne vocale suit un phrasé stylisé héritier du sprechgesang. En contrepoint, quelques instruments (cor, violon, vibraphone) répondent à la voix. Des réservoirs d’harmonies sont notés de façon rudimentaire. L’orchestration est pensée dans son ensemble, dès le début, en même temps que la ligne mélodique.

« L'avantage d'un opéra, c'est qu'on peut répéter. »

Le duo Boesmans/Bondy est de nouveau sollicité par Bernard Foccroulle. Leur choix s'arrête sur une pièce de Shakespeare, A Winter's Tale transposée en langue allemande: Wintermärchen (Le Conte d'Hiver). Léonte, roi de Sicile, persécute ses proches de sa jalousie paranoïaque. De la tragédie, la pièce verse dans le conte de fées lorsque Léonte retrouve sa femme et sa fille perdues et qu'il marie cette dernière au fils de son meilleur ami, roi de Bohême, qu'il accusait autrefois d'être l'amant de sa femme.

Entre un opéra et l'autre, Philippe Boesmans compose des « pièces de fatigue ». Petits ensembles, musique de chambre, concertos...

L'âge de la renommée
En 2000, Philippe Boesmans reçoit le Prix Honegger, l’une des nombreuses récompenses qui ont couronné son travail. Ses oeuvres sont montées en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne…

Julie, créé en 2004 avec Luc Bondy, est un nouveau chef d'oeuvre, d'après Mademoiselle Julie d'August Strindberg.

On assiste, en cuisine et en marge d'une soirée de fête, aux amours transgressifs de la fille du Comte, Julie, et de Jean, son valet, exaltés jusqu'au délire par leurs rêves d'évasion. Kirsten, la cuisinière, concubine de Jean, défend l'ordre social et moral qui revient comme un couperet au retour du Comte. Une tragédie en huis-clos, joué par un orchestre de chambre.

« J'aime bien les chanteurs, c'est des psychologies qui chantent. »

En 2006, Philippe Boesmans quitte sa résidence à la Monnaie et travaille encore un an à la RTBF comme conseiller des programmes classiques afin de compléter sa pension. Sa carrière musicale ne s'arrête pas pour autant!

En 2009, Luc Bondy et Philippe Boesmans signent un opéra en Français: Yvonne, Princesse de Bourgogne, créé à Paris puis joué à la Monnaie.

Philippe Boesmans, lecteur de Witold Gombrovicz, s'amuse fort à composer cette pièce « d'un drôle un peu méchant, absurde ».

Au Monde, en 2014, est créé d'après une pièce de Joël Pommerat.

Un riche industriel règle sa succession à la faveur du retour de son fils militaire. L’ambiance familiale est lourde et feutrée, tissée d’ambiguités et de non-dits: le fils est-il le tueur en série qui sévit dans la région? quel est le rôle de la fille adoptive? Si la vérité est absente, les trois soeurs maintiennent cependant un lien entre les protagonistes.

Peter de Caluwe inaugure, le soir de la première d'Au Monde, un cartouche au nom de Boesmans dans la grande salle de la Monnaie, en-dessous de la loge royale.

Crédits : histoire

Crédits vidéographiques © TRM, RTBF, Bel Air Media, France 3

Partitions © Philippe Boesmans

Crédits photographiques © Bernard Coutant, Pierre-Philippe Hoffman, Paul Versele, Reyers, Oscar Vandenbrugge, Ruth Waltz, Myr Muratet, Maarten Van den Abeele, Bern d'Uhlig

Remerciements : tous les supports
Il peut arriver que l'histoire présentée ait été créée par un tiers indépendant et qu'elle ne reflète pas toujours la ligne directrice des institutions, répertoriées ci-dessous, qui ont fourni le contenu.
Traduire avec Google
Accueil
Explorer
À proximité
Profil