18 avr. 2015 – 5 juil. 2015

L'exposition "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles" de Marcel Broodthaers

Monnaie de Paris

La Monnaie de Paris présente du 18 avril au 5 juillet 2015, le "Musée d’Art Moderne – Département des Aigles" sous le commissariat de Chiara Parisi en collaboration avec Maria Gilissen Broodthaers.

L'exposition "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles" de Marcel Broodthaers
Marcel Broodthaers raconte son Musée d'Art Moderne. Des extraits de différentes publications et des extraits sonores de l'Atelier de création radiophonique "L'Angélus de Degas. Marcel Broodthaers: hétéroclite II" du 27 mai 1979 vous guident dans l'univers unique de Marcel Broodthaers, artiste, conservateur de musée, collectionneur, poète réalisateur de film...
"Le Balancier d'Austerlitz", 1810
L'exposition débute dès le vestibule où est présenté le "Balancier d'Austerlitz" (1810) que Marcel Broodthaers souhaitait emprunter à la Monnaie de Paris pour sa "Section des Figures" (1972) et dont des détails sont présentés dans l'exposition. Son poids, 2,1 tonnes, ainsi que le fait que cet outil soit encore utilisé à l'époque par les ateliers (et ceci jusqu'en 2002) l'obligent à se contenter de photographies du balancier pour son œuvre ainsi que pour la "Section Publicité" présentée la même année.
"Malle en osier", 1975
Dans l'escalier d'honneur, les visiteurs découvrent la "Malle en osier" (1975). Cette œuvre a déjà été présentée à Paris par Marcel Broodthaers en 1975, dans l'exposition "L'Angélus de Daumier" à l'hôtel de Rothschild qui accueillait le Centre National d'Art contemporain qui préfigurait le Centre Pompidou.

« La malle en osier, d'abord figurant dans le hall de l'hôtel. Elle contient des messages confiés à moi par l'Etat d'un autre hémisphère. Ils sont cachés là selon les principes de la "Lettre Volée" et du "Manuscrit trouvé dans une Bouteille". »

Marcel Broodthaers, le 10 octobre 1975

"Jardin d'hiver II", 1974
L'exposition ouvre sur l'œuvre "Jardin d'hiver II". Sans faire partie de son "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles", elle transforme la notion de musée en y faisant entrer le voyage et l'exotisme, notamment avec un chameau que Marcel Broodthaers a fait venir et a filmé dans la première version de cette oeuvre. Le film fait partie de "Jardin d'hiver II" présenté à la Monnaie de Paris.

M.B. : « Ce qu’il me plaît particulièrement dans ce jardin d’hiver c’est la confrontation avec le jardin public que l’on voit par la fenêtre. Comment le trouvez-vous mon jardin d’hiver ? Les chaises sont un peu dures ? Je ne sais pas moi. Nous sommes sur un tapis rouge. Vous êtes content ou vous désirez une consommation ou un peu de musique ? Je ne sais pas ! »

Jardin d'hiver

Les Palmiers du Jardin d'hiver en Belgique

M.B. : « Il n’y a pas de palmiers en Belgique, sauf dans les jardins d’hiver. Mais si soudain il y avait des palmiers en Belgique, et bien je ne serais pas étonné, tellement c’est un curieux pays. Une forêt de palmiers en Belgique, oui, moi je vois bien ça. »

Les Palmiers du Jardin d'hiver en Belgique

Le Chameau dans la première version du Jardin d'hiver

M.B. : « Mon pays est un pays à la fois très ennuyeux et en même temps extrêmement comique parce qu'on peut y faire des choses qu’on ne peut pas faire ailleurs. C’est le jardin zoologique qui me prête un chameau et on l’a mis devant le lieu où il y avait l’exposition. Il a été filmé de cette manière-là, par rapport à ce jardin exotique ; comme un rapport entre deux exotismes, celui auquel on est très habitué, puis un chameau qui ne se trouve vraiment pas à sa place, mais qui malgré tout est considéré en Europe comme un animal exotique. C’est un animal qui vit au désert. »

Le Chameau dans la première version du Jardin d'hiver

Les différents niveaux de représentation du chameau

M.B. : « De toute façon dans le film, on voit le chameau sur l'écran d'une vidéo dans le film, mais alors après, on revoit le chameau dans une fausse réalité qui est une réalité de représentation aussi. Donc nécessairement un rapport s’établit entre deux modes de représentation aussi. Et là, se trouve peut-être une méthode qui permet de s'inscrire comme le moyen critique de la situation actuelle. »

Les différents niveaux de représentation du chameau

Le chameau et la beauté

M.B. : « Pour moi le chameau c’est l'incommunication. Le chameau, c’est la beauté de l’animal. Je dirais que le reste ne m’intéresse pas, c'est-à-dire le palmier et le musée. Je dirais..., je ne le dis pas, n’est-ce pas ? Entendons-nous. Mais le chameau pour moi c’est la beauté, et la beauté comme dans le poème de Baudelaire : "Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre". »

Le chameau et la beauté

« Cette pièce a déjà été exposée ailleurs mais dans une forme différente, elle se trouve être l'amorce de DECOR que l'on peut caractériser par l'idée de l'objet restitué à une fonction réelle, c'est-à-dire que l'objet n'y est pas considéré lui-même comme œuvre d'art. »

Extrait du catalogue "L'Angélus de Daumier", Paris 1975

"Salle Blanche", 1975
La "Salle Blanche" faisait partie de l'exposition "L'Angélus de Daumier" accueillie en 1975 au Centre National d'Art Contemporain (Hôtel Rothschild) qui préfigurait l'ouverture du Centre Georges Pompidou. Cette œuvre est la reconstitution d'une pièce de sa maison à Bruxelles où il a ouvert son musée et elle fait directement référence à la "Section XIXème siècle".

« La reconstitution la plus fidèle possible d'un ensemble fait par l'artiste en 1968 qui s'attaquait, à l'époque, à la notion de musée et à celle de hiérarchie. »

Marcel Broodthaers, Catalogue de "L'Angélus de Daumier", 1975

Le titre de cette exposition fait référence au tableau "L'Angélus" de Millet et au caricaturiste et dessinateur du XIXème siècle Daumier.

M.B. : « On se demande vraiment pourquoi Daumier n’a jamais fait d'Angélus. »
« L'Angélus de Degas. Je ne vois pas très bien les deux personnages de Millet se vêtir en tutu. Je vois pas, non, je vois pas. Le rapport est un peu... Daumier, quand même, non ? Degas, non ; Toulouse-Lautrec, oui.
Degas va finir par me plaire assez. Oui. C'est Degas, oui, finalement. Pour l'an prochain ce sera L'Angélus de Degas. Oui, j’aime bien finalement cette idée d’Angélus chez Degas ! »

Les Angélus des artistes
"Projection sur caisse", 1968
Cette œuvre fait aussi référence à la "Section XIXème siècle". Facétieux, Marcel Broodthaers remplace les œuvres par des cartes postales et une caisse de transport sur laquelle il projette des reproductions de tableaux et de dessins. Il joue de nouveau avec plusieurs niveaux de représentation.

L'édition "Musée-Museum" 1972 reprend la "Section XIXème siècle" avec des tableaux d'Ingres, "La Grande Odalisque" et "Le Bain turc", et du tableau "Les Dormeuses" de Courbet. Une deuxième édition, les exemplaires de 61/100 à 100/100, comportent deux cartes postales des tableaux d'Ingres, "Portrait du violoniste Paganini" et "Portrait de Mme Victor Baltard". Comme dans de nombreuses autres œuvres, Marcel Broodthaers rend hommage aux grands maîtres de la peinture et met en avant la place qu'ils ont dans l'Histoire de l'art pour mener sa réflexion sur le musée et sur l'œuvre d'art.

"Plaques (Poèmes industriels)", 1968-1972
Marcel Broodthaers parle de ces œuvres dans des textes extraits de Marcel Broodthaers dans "Dix mille francs de récompense", d'après une interview d'Irmeline Lebeer dans "Catalogue-Catalogus", Bruxelles, Palais des Beaux Arts, 1974

Et le langage de ces plaques ?

« Disons des rébus. Et le sujet, une spéculation sur une difficulté de lecture entraînée par l'emploi de ce matériau. Sachez que l'on fabrique ces plaques comme des gaufres. »

Ces plaques sont-elles si malaisées à déchiffrer ?

« La lecture est contrariée par l'aspect image du texte et l'inverse. La caractère stéréotypé du texte et de l'image est défini par la technique du plastique. Et la lecture proposée dépend d'un double niveau - appartenant chacun à une attitude négative qui me paraît être le propre de l'attitude artistique. Ne pas situer le message entièrement d'un côté, image ou texte. C'est-à-dire refuser la délivrance d'un message clair comme si ce rôle ne pouvait incomber à l'artiste et par extension à tout producteur économiquement intéressé. Il y aurait une ouverture, ici, d'une polémique. A mon sens, il ne peut y avoir de rapport direct entre l'art et le message et encore moins si ce message est politique sous peine de se brûler à l'artifice. De sombrer. Je préfère signer des attrape-nigauds sans me servir de cette caution. »

"Section des Figures", 1972
C'est en tant que "conservateur" et "directeur" du "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles" que Marcel Broodthaers demande des œuvres à des artistes au côté de plus de quatre cent objets, peintures, sculptures, objets d'usage, inscriptions publiques, ayant tous pour point commun de représenter un aigle et accompagnés chacun d'une plaquette avec l'inscription "Ceci n'est pas un objet d'art. N°….".

M.B. : « Ce musée, qui s’appelle "Musée d’Art Moderne- Département des Aigles", a déjà comporté plusieurs sections : une "Section 19ème siècle", une "Section 17ème", une "Section Littéraire". Alors je voudrais en fonder encore une. »

Comment l’appeler ?

M.B. : « Comme ça s’appelle "Département des Aigles" je pensais à la "Section la Fontaine" ou alors à la "Section des Figures". "Section la Fontaine" j’aimerais beaucoup parce que j’aime beaucoup les fables, mais l’aigle, comme le musée s’appelle tout de même "Département des Aigles"... »

On trouve des aigles chez la Fontaine...

M.B. : « On trouve des aigles chez la Fontaine mais ce ne sont pas les aigles qui me conviennent. »

Le titre de la Section des Figures

M.B. : « Ecoute plutôt ; voilà, dans le livre 2 "l'Aigle et l'Escarbot". Il s'agit donc d’un aigle qui donne la chasse à un lapin, un escarbot tente d’intercéder pour la vie du lapin, il demande grâce à l’aigle. L'aigle pour toute réponse mange le lapin. Et l'escarbot est indigné.

Alors voici le texte même :
"L'Escarbot indigné
Vole au nid de l'oiseau, fracasse, en son absence,
Ses œufs, ses tendres œufs, sa plus douce espérance :
Pas un seul ne fut épargné.
L'Aigle étant de retour, et voyant ce ménage,
Remplit le ciel de cris ;
et pour comble de rage,
Ne sait sur qui venger le tort qu'elle a souffert.
Elle gémit en vain : sa plainte au vent se perd.
Il fallut pour cet an vivre en mère affligée."

N'est-ce pas, donc visiblement pour la Fontaine l'aigle est presque un symbole de maternité. Or pour moi, pas du tout l'aigle est exclusivement un symbole de puissance, voir de férocité. Je trouve que ça colle très mal à l'idée que je me fais de l'aigle avec celle de La Fontaine, alors j'hésite à appeler une nouvelle section de ce musée "Section La Fontaine". »

L'aigle chez La Fontaine

Fondation de la Section des Figures

M.B. : « Est fondée la "Section des Figures" du "Musée d’Art Moderne-Département des Aigles, Section des Figures". Alors voilà c'est fait. »

Fondation de la Section des Figures
"Section Publicité", 1972
Marcel Broodthaers prolonge sa réflexion sur les rapports entre l'objet, l'œuvre et leurs représentations dans la "Section Publicité" présentée à Cassel à l'occasion de Documenta V en 1972 sous l'invitation d'Harald Szeeman. Elle met l'accent sur la reproductibilité des œuvres en reproduisant la "Section des Figures" sous forme de document et de photographies.

Marcel Broodthaers joue sur l’ambiguïté du rapport entre l'original et sa reproduction, en ajoutant un niveau de lecture lié à la publicité. En présentant les photographies des œuvres qu'il avait précédemment montrées, il fait la publicité de la "Section des Figures". Il livre ici une réflexion sur le pouvoir et la circulation des images des œuvres d'art et quel rapport nous entretenons avec elles.

« En publicité, l'aigle a conservé tous ses caractères de suggestion magique, au service donc des produits industriels. (…) La forme critique sous laquelle il est présenté ici consiste en une double projection : d'une part, on voit les aigles dans l'histoire de l'art et d'autre part, rien que des images de publicité. »

Marcel Broodthaers, extrait d'un entretien avec George Adé, le 1er octobre 1972

Marcel Broodthaers interroge Harald Szeemann

M.B. : « Harald Szeemann, vous êtes ici le "Deus ex machina" ; au contraire des autres Documentas, c'est un seul homme, c'est vous, c'est une seule personnalité qui a décidé... »

H.S. : « En 69, à Cassel même, il cherchait une autre structure d'organisation pour organiser cette exposition. Il voulait remplacer le jury de 25 personnes qui à la fin ne votaient que sur des choses qu’ils connaissaient déjà ; c’est à ce moment là qu’on criait partout à la démocratisation des lieux culturels et, à ce moment là, il croyait que le garant de la plus grande démocratisation était justement une seule personne. »

Marcel Broodthaers interroge Harald Szeemann
Editions et références littéraires
Une salle est dédiée aux éditions de Marcel Broodthaers et à ses références littéraires comme Paul Valéry et Mallarmé. Des lettres ouvertes annonçant l'ouverture du "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles" sont également rassemblées dans cette salle.

Dans cet extrait, Marcel Broodthaers parle de "Monsieur Teste", œuvre inspirée d'un livre de Paul Valéry.

Monsieur Teste

Dans une série de "Cahiers" (1971-1972), Marcel Broodthaers développe différentes thématiques avant de les offrir. Chaque cahier est différent - ceux présentés dans l'exposition font référence l'un aux "figures" et l'autre au "service financier" - mais il ont le point commun d'avoir tous à l'intérieur une enveloppe contenant un billet de 100 Deutsch Marks maintenue ouverte par un aigle.

"Section financière", 1970
Dans la "Section Financière" (1970) du "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles", Marcel Broodthaers déclare le "musée à vendre pour cause de faillite".

Le lingot devenu œuvre d'art devait être vendu à un prix calculé en doublant la valeur de l'or, la surtaxe représentant la valeur de l'art. Le lingot est associé à un contrat de vente et à une lettre manuscrite du conservateur pour éviter la fabrication de faux, un exemplaire étant déposé dans le coffre d'une banque au nom du "Musée d'Art Moderne - Département des Aigles".

Le lingot est présenté ici par Danh Vo. Il a été frappé de l'Aigle dans les Ateliers de la Monnaie de Paris. Comme Marcel Broodthaers, la pratique de Danh Vo inclut la collection et le commissariat d'exposition à sa production artistique.

"Cinéma Modèle (Programme La Fontaine)", 1970
Cette œuvre, qui fait référence à d'autres artistes et auteurs, donne à voir la pratique réaliste et profondément poétique du cinéma de Marcel Broodthaers. Il continue à jouer sur l'objet, l'image et le mot car comme il le dit lui-même : "Je ne suis pas cinéaste. Le film pour moi, c'est le prolongement du langage". (Marcel Broodthaers dans une interview dans la revue Trépied en 1968).

Marcel Broodthaers s'inspire de la fable de la Fontaine et exprime au plus haut point l'union entre la poésie (le livre), l'image (le film) et l'exposition (objets, toiles photographiques, écrans imprimés…).

L'influence de Mallarmé est de nouveau visible dans le film "La Pluie (Projet pour un texte)" (1969), où dans le jardin du "Musée d'Art Moderne-Département des Aigles", Marcel Broodthaers écrit un texte tandis qu'une averse éclate et que l'eau efface inexorablement chaque mot, chaque trace d'écriture.

« Un film de Charles Baudelaire n'est pas un film destiné aux cinéphiles. Pourquoi ? Parce qu'il a été tourné au XIXème siècle. Et que les cinéphiles n'ont jamais vu de bobines datées d'un temps où Muybridge, les frères Lumière et Edison n'étaient pas encore nés ou faisaient leurs premiers pas sous l’œil vigilant des mamans et des papas industriels. Mais je prépare un film où chacun pourra trouver plus aisément son compte. »

Marcel Broodthaers, texte reproduit dans "Cinéma modèle", Kunstmuseum Winterthur, 2012

L'œuvre "Cinéma Modèle" amène Marcel Broodthaers a ouvrir la "Section Cinéma" du Musée d'Art Moderne - Département des Aigles.

Dans la "Section Cinéma"
"Un voyage à Waterloo (Napoléon 1769-1969)", 1969
Ce film présenté dans la Librairie Flammarion - Monnaie de Paris retrace une partie de l'histoire du musée, celle où Marcel Broodthaers fait voyager son musée dans un camion jusqu'à Waterloo pour célébrer le bicentenaire de la bataille.
Marcel Broodthaers : Musée d’Art Moderne - Département des Aigles
Crédits : histoire

La Monnaie de Paris présente du 18 avril au 5 juillet 2015, le "Musée d’Art Moderne – Département des Aigles", certainement l’œuvre la plus iconique de Marcel Broodthaers, sous le commissariat de Chiara Parisi en collaboration avec Maria Gilissen Broodthaers.

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