1970 – 1988

Strajk 

Polnisches Institut Berlin

Photographies artistiques et clichés amateurs issus des archives du centre européen Solidarność (ECS) à Gdansk 
Août 2014

Katarzyna Wielga-Skolimowska, Directrice de l'Institut polonais de Berlin:

"Le conflit autour du syndicat dirigé par Lech Wałęsa, NSZZ Solidarność, a déclenché l'un des plus importants mouvements pour la liberté du XX. siècle et a conduit à la révolution politique en Pologne. De nombreux photographes professionnels et amateurs étaient présents sur place avec leurs appareils et ont fourni des images iconiques des protestations. Des photographies de célèbres photographes de documentaires comme Erazm Ciołek ou Stanisław Markowski sont entrées dans la mémoire collective. En revanche, de nombreuses photographies de photographes moins célèbres et d'amateurs sont encore inconnues. Dans les archives du centre européen Solidarność à Gdansk, on peut voir des trésors qui donnent des impressions naturelles et intimes des conflits sur le chantier naval de Gdansk et qui racontent des événements jusqu'à présent peu abordés par l'opinion publique. Parmi les travaux les plus impressionnants, on peut y trouver, par exemple, des photographies des protestations dans les universités polonaises. L'organisatrice de l'exposition, Sabine Weier, a rassemblé des images issues des archives de Gdansk qui permettent de se pencher sur l'histoire de Solidarność. Une partie de cette exposition sera présentée pour la première fois au public. Il s'agit de travaux artistiques et de clichés amateurs qui placent les personnes au centre et qui véhiculent une atmosphère d'espoir, celle-là même qui a permis de concrétiser le projet de liberté.”

Basil Kerski, Directeur du centre européen Solidarność à Gdansk:

"2014 est une année importante dans la mémoire européenne. Cette année, nous ne commémorons pas seulement le début de la première et la seconde guerre mondiale il y a 100 et 75 ans en arrière, nous commémorons également la victoire des révolutions anticommunistes en Europe centrale il y a 25 ans. En commémoration de la victoire du syndicat indépendant Solidarność il y a 25 ans, les 30/31 août 2014 à Gdansk, le centre européen Solidarność (Europejskie Centrum Solidarności / ECS) ouvre ses portes avec une grande exposition permanente sur les révolutions en Pologne et en Europe Centrale et Europe de l'Est et sur la chute de l'Union Soviétique. Ce centre est un projet ambitieux exceptionnel, une institution culturelle dans un nouveau format : l'ECS n'est pas seulement un musée avec des archives servant à diffuser les connaissances historiques du mouvement Solidarność et de l'opposition anticommuniste en Pologne et en Europe, c'est également une maison du dialogue sur le monde d'aujourd'hui.”

En 1980, le chantier naval Lenin de Gdansk devient l'île de la protestation politique en Pologne: ici, le syndicat indépendant NSZZ Solidarność se forme à partir d'un conflit ouvrier. Il devient rapidement un mouvement national de la liberté. En décembre 1981, le Général Wojciech Jaruzelski a proclamé le droit de guerre en Pologne - plus de 10 000 opposants sont arrêtés, de nombreux meurent. Le syndicat continue d'agir à couvert, la solidarité parmi les ouvriers, les intellectuels, les professeurs, les médecins, les étudiants et les soutiens dans le monde entier reste constante jusqu'à ce que tous connaissent le bouleversement en 1989. Lech Wałęsa, le premier leader du conflit qui est devenu ensuite président de Solidarność, devient en 1990 lors des premières élections présidentielles libres le chef de l'Etat polonais.

Piotr Babiński et sa famille ont rassemblé des archives avec des milliers de photographies pour documenter les protestations en Pologne. Babiński les réalise, sa mère Genowefa Babińska porte les pellicules dans son sac à main pour les remplacer. Les clichés amateurs que l'on peut voir ici montrent à quel point la police est brutale avec les manifestants lors de la révolution des ouvriers en Pologne.

Stanisław Składanowski est né en 1950 à Książnik. En 1964, il se rend à Gdansk ou il devient à l'âge de 18 ans un ouvrir du chantier naval de Gdansk. En 1975, il commence à photographier, il tire des portraits de la ville et des habitants. Il est là dès le départ lorsque la grève est lancée en août 1980 sur le terrain du chantier naval, il photographie sans peur, il est même blessé lors d'une intervention de la police. Après l'ordonnance du droit de guerre, il est mis en prison pendant quelques mois. En 1988, il devient membre de ZPAF, le syndicat polonais de photographes artistiques.

Leonard Szmaglik est né en 1937 à Brusy. Il travaille sur les chantiers Nord de Gdansk. Il commence à prendre des photos en 1955. Il tire le portrait de la ville et de ses habitants, au fil des années, des centaines de milliers de clichés voient le jour. En 1980 et en 1981, il accompagne les protestations du chantier naval avec son appareil photo. Il réussit à prendre un portrait d'Anna Walentynowicz impressionnant. La conductrice de grue soutenait le mouvement polonais de grève déjà en 1970 et s'est engagée pour l'égalité des droits des ouvrières. Son licenciement est un déclencheur direct de la grève des ouvriers du chantier naval en août 1980. Outre Lech Wałęsa, Walentynowicz est également l'un des emblèmes du mouvement Solidarność.

Sławomir Fiebig est né le 1953 à Pleszew. Il commence à prendre des photos dès l'enfance. En 1971, il commence des études de chimie à Gdansk car il n'est pas encore possible d'étudier la photographie. Il s'achète une Pentacon six TL fabriquée en RDA et prend des clichés sur pellicule dans le format moyen classique 6x6. Le format carré permet des compositions d'images particulières, comme les clichés qui montrent comment les employés du syndicat NSZZ Solidarność suspendent un transparent devant la centrale à Gdansk. Dans cela, ils revendiquent la libération des prisonniers politiques. En 1980, Fiebig fait grève en tant qu'ouvrier dans l'usine polonaise de produits chimiques Pollena, dès 1981, il est au cœur de l'action en tant qu'employé de Solidarność. Dans les années quatre-vingt, il se consacre de manière plus intensive aux reportages photographiques et vend ses clichés notamment au magazine d'information allemand “Der Spiegel”.

Wojciech Milewski est né en 1936 à Varsovie. Il a étudié la chimie à Łódź et Szczecin. À partir des années 70, il travaille en tant que photographe professionnel à Gdansk. En 1980, il devient membre de Solidarność et documente les événements avec une caméra petit format du modèle “Smena”, fabriquée dans les usines soviétiques Lomo. Il photographie entre autres le premier congrès du syndicat indépendant en 1981 à Gdansk. Pendant la période du droit de guerre en 1981, les photographes indépendants risquent des peines d'emprisonnement énormes. Pendant la vague de protestations, les militaires ont souvent encerclé et menacé en premier les photographes se souvient Milewski. Mais pour lui une chose est claire : le monde entier doit apprendre ce qu'il se passe en Pologne. Lui et ses collègues envoient des photos à l'étranger et les cachent dans divers appartements et églises- Certaines photographies sont vendues par des collaborateurs aux autorités communistes de la sécurité.

Zdzisław Andrzej Fic est né en 1951 à Gdansk. Pendant les grèves de l'été 1980, il traduit pour les journalistes étrangers qui viennent de toute l'Europe. Chaque jour, il se rend directement après le travail sur le chantier naval Lenin de Gdansk. Pour ne pas prendre de risque, il prend seulement de rares fois un appareil photo avec lui sur le terrain du chantier naval. Il prend des clichés des détails des pièces et fait le portrait de certains amis engagés dans les grèves. Certains portent des t-shirts avec le logo de Solidarność dessiné par Jerzy Janiszewski, d'autres un t-shirt avec le logo de la maison d'édition indépendante “Nowa” qui agit en sous-terrain et imprime des livres et magazines politiques normalement censurés.

Leszek Biernacki est né en 1959 à Sopot. Il a étudié la philologie polonaise à l'Université de Gdansk. En 1980, il fait grève sur le chantier naval Lenin de Gdansk et documente les événements. Il est lui-même encore étudiant à l'époque, il participe au mouvement de protestation solidaire des étudiants et fonde en 1980 le syndicat indépendant d'étudiants NZS. Le syndicat appelle à la grève d'occupation dans toutes les écoles supérieures polonaises. Biernacki est présent sur place à Gdansk avec son appareil photo lorsque les étudiants occupent en 1981 la faculté de sciences humaines. Ils mettent en place des lits de camp, suspendent des bannières avec des messages de protestation et exigent des structures démocratiques dans les universités ainsi que la liberté d'expression. En tant que photographe professionnel, Biernacki documente plus tard l'histoire contemporaine polonaise.

Jerzy Kośnik est né en 1950 à Varsovie. À l'âge de 17 ans, il découvre la photographie. Il a étudié la sociologie à Varsovie et y a documenté les protestations étudiantes en 1968. Pendant de nombreuses années, il accompagne les événements relatifs à Solidarność, même après l’introduction du droit de guerre, alors que de nombreux photographes se retirent par peur du pouvoir national. À l'automne 1980, il fondé le syndicat indépendant d'étudiants NZS pour s'engager en faveur de la démocratisation des universités et pour soutenir les activistes de Solidarność. À Łódź et dans les autres villes, Kośnik est présent en 1981 lorsque les étudiants occupent les universités. En février, ils obtiennent l'enregistrement officiel du syndicat. À peine un an plus tard, il est à nouveau interdit dans le cadre de l'introduction du droit de guerre. L'atmosphère dans les bâtiments occupés des universités était celui d'un happening, se rappelle Kośnik. Il observe tout cela à travers son appareil photo, de l'œil du sociologue. Il immortalise les détails intimes du quotidien de la grève : les lits de camps, les repas, les tableaux peints avec des slogans.

“Marches de la faim dans les villes polonaises, des pancartes avec la mention ”Nous avons faim“, réduction des rations déjà maigres de viande, rayons vides dans les magasins, longue file d'attente dans les magasins où il y a sporadiquement quelque chose - la crise économique polonaise s'intensifie” décrit l'hebdomadaire allemand “Die Zeit” en juillet 1981. Les femmes et les enfants protestent dans les villes polonaises pour attirer l'attention sur la situation désespérée de l'approvisionnement. Jerzy Kośnik ne capture pas seulement la frustration des personnes dans ses photographies, il capture également le sentiment de communauté émanant de plus en plus des protestations. Une nouvelle confiance a vu le jour, se souvient le photographe.

En tant que reporter pour un magazine polonais de cinéma, Jerzy Kośnik se rend en 1981 à Cannes, où le metteur en scène Andrzej Wajda présente “L'Homme de fer”, un film qui critique le système et qui parle d'un ouvrier du chantier naval à Gdansk dans lequel même les héros de la grève Lech Wałęsa et Anna Walentynowicz jouent un rôle. Il gagne la Palme d'or à Cannes. Lors d'une conférence de presse, Kośnik rencontre l'acteur Jack Nicholson. Il présente avec sa partenaire dans le film Jessica Lange le film “Le facteur sonne toujours deux fois”. Il a demandé à Nicholson s'il soutenait Solidarność. Celui-ci a confirmé spontanément et Kośnik lui a remis un badge avec le logo du syndicat que Nicholson a directement porté. Il a invité le photographe polonais à se promener avec lui. C'est là qu'ont été prises les photos où l'on peut voir Nicholson s'amuser avec les paparazzis.

Après que le droit de guerre a été énoncé le 13 décembre 1981, les militaires ont pris le pouvoir, le syndicat est interdit, les opposants sont arrêtés. Les bureaux de Solidarność sont fouillés et pillés. Jerzy Kośnik réussit encore à prendre des photos des bureaux de Solidarność à Varsovie avant que les alentours ne soient bloqués et contrôlés.

Magdalena Sorby (née Wójcik) est née en 1951 en Pologne et a vécu jusqu'à son décès en 1993 en Norvège où elle se rend après l'ordonnance du droit de guerre et où elle rencontre son futur mari. À partir de 1980, elle est traductrice de NSZZ Solidarność, elle travaille en étroite collaboration avec Lech Wałęsa et fonde plus tard le bureau international du syndicat à Bruxelles. En mai 1981, elle fait partie d'une délégation de la Solidarność qui sur invitation de deux syndicats japonais visite les villes d'Osaka, Kobe, Kyoto et Nagasaki. C'est là que sont pris des clichés privés qu'elle colle dans un album photo en souvenir. Ils sont réunis avec d'autres photographies venues de ses archives privées dans la collection de l'ECS. Magdalena Sorby est visible sur toutes les photographies montrées ici. On ne sait pas qui a fait ces clichés.

Zygmunt Malinowski est né en 1947 en Pologne. Dans sa jeunesse, il se rend à New-York, étudie à la Parsons School of Design et à la New School for Social Research et devient photographe. Après que le droit de guerre est annoncé et que des milliers de membres du syndicat sont arrêtés, les soutiens de Solidarność se rendent dans des villes comme Paris, Londres, Rome, Tokyo, Chicago et New York dans la rue pour manifester contre le gouvernement polonais et l'influence de l'Union Soviétique sur celui-ci. Malinowski documente les manifestations de New-York au début des années 1980. Avec la communauté d'expatriés, les politiciens en place manifestent, par exemple, le maire de la ville Ed Koch, fils d'immigrés polonais. Tous ont le sentiment commun de vouloir faire quelque chose pour les Polonais, déclare Malinowski, “L'espoir que quelque chose pouvait réellement changer en Pologne nous a donné de la force. Une communauté très active s'est développée à New York. Les musiciens donnaient des concerts, les artistes réalisaient des affiches pour les manifestations. Lorsque j'ai fait la photo de la femme qui tenait la pancarte ”Poland Today“, un protestant tenait derrière une pancarte que disait ”Help“. Cela a livré un cliché unique. Cela me rappelle le tableau de Delacroix, ”La liberté guidant le peuple“, une représentation de la révolution française dans laquelle une femme tient le drapeau français.”

Hans-Olav Forsang est né en 1955 à Ankene (Norvège). Il étudie la photographie en Angleterre et en Suède et devient reporter et rédacteur photo. En 1984, il gagne un prix World Press Photo. En octobre 1983, il travaille pour un magazine de Gdansk. Le jour où il rend visite à la famille de Lech Wałęsa, ils apprennent que Wałęsa a gagné le prix Nobel de la paix. Son épouse Danuta Wałęsa que l'on peut voir sur les clichés l'a reçu au nom de son mari à Oslo car il a peur de ne plus pouvoir revenir s'il sort du pays. Forsang se rappelle : “J'étais présent lorsque Danuta Wałęsa a appris la bonne nouvelle d'Oslo par téléphone. Lech Wałęsa était parti à la pêche avec des amis. Avant son retour déjà, de nombreuses personnes occupaient son appartement. Pour finir, toute une foule l'a porté jusque chez lui. C'est une journée particulière.”

Bogusław Nieznalski est né en 1948 à Sopot. De 1968 à 1970, il étudie le génie mécanique à l'université technique de Gdansk. Pendant la première vague de grèves en 1970, il n'a pas d'appareil photo. Il se sent impuissant parce qu'il ne peut pas documenter les événements. Pour finir, il se procure un appareil photo, il apprend la photographie sur le tas et développe les clichés chez lui dans son appartement. En tant que reporter photo, il immortalise la grève de 1980 et également les événements des années suivantes comme les protestations sur le terrain du chantier naval de Gdansk à l'automne 1988. Les jeunes employés du chantier naval font passer le temps pendant la grève en construisant en polystyrène les tanks du “ZOMO”, une réserve armée de la milice.

Crédits : histoire

Under the Patronage of the President of the Republic of Poland — Bronisław Komorowski
Curator — Sabine Weier
Project Management  —


Anna Stelmaszczyk    

Special Thanks to  — Photographic Section at the European Solidarity Centre (ECS): Grażyna Goszczyńska, Kuratorin der Fotografiesammlung,  Iwona Kwiatkowska, Ewa Konkel, Leszek Sieńczak


Photographers —

Piotr Babiński, Leszek Biernacki, Hans-Olav Forsang, Zdzisław Andrzej Fic, Sławomir Fiebig, Alfons Klejna, Jerzy Kośnik, Zygmunt Malinowski, Wojciech Milewski, Bogusław Nieznalski, Stanisław Składanowski, Leonard Szmaglik, and photographs from the private archive of Magdalena Wójcik-Sorby
Translations — Alice Schmid, Sabine Stekel, Lingua-World
Idea — Polish Institute Berlin
in cooperation with — the European Solidarity Centre (ECS)

Remerciements : tous les supports
Il peut arriver que l'histoire présentée ait été créée par un tiers indépendant et qu'elle ne reflète pas toujours la ligne directrice des institutions, répertoriées ci-dessous, qui ont fourni le contenu.
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