CHAMBORD, le génie de la Renaissance

Domaine national de Chambord

"[Je] feusse plus tous partie, n'eust été la grant envie que j'avois de veoir Chambort, que j'ay trouvé tel que nul n'est digne de le louer que celuy qui l'a faict, qui, par ses œuvres parfaites, faict admirer sa perfection". C'est en ces termes que la sœur du roi François Ier, Marguerite de Navarre, exprime son émerveillement à la découverte du château de Chambord qu'elle visite en son absence. Une des "œuvres parfaites" du souverain... Chambord fait en effet unanimement l'admiration des visiteurs du XVIe siècle et des siècles suivants, qu'ils soient souverain, prince ou princesse, diplomate, architecte, écrivain ou simple voyageur de passage. Son architecture singulière et unique leur apparaît comme la démonstration même du génie des hommes de la Renaissance et d'un idéal architectural. Que dire en effet de son plan centré inédit en France, de son escalier à doubles-révolutions, de ses logis standardisés et indépendants les uns des autres, de ses terrasses, de ses harmonieuses façades, ou encore des constructions sommitales qui lui donnent une silhouette unique. Chambord est né de la rencontre féconde de la France et de l'Italie, de la tradition et de l'innovation, de la puissance et de la légèreté, de la massivité et de la délicatesse. Nous vous proposons de découvrir, grâce à cette exposition virtuelle, les éléments emblématiques de l'architecture du château de Chambord... tout ce qui fait de ce palais l'un des symboles de la Renaissance française à travers le monde et un lieu d'éblouissement permanent. N'oubliez pas de cliquer sur les images pour découvrir de nouveaux détails et commentaires !

L'œuvre du roi François
1519. Un nouveau palais, érigé à la gloire et par la volonté du roi François Ier, surgit au cœur des terres marécageuses de Chambord, en pleine solitude, à quelques lieues de la cité royale de Blois. Le jeune souverain, épris d'architecture, habilement conseillé et entouré par des artistes et intellectuels, ne cache pas son ambition : il entreprend ici la construction d'un "bel et somptueux ediffice", destiné à éblouir le monde. Les travaux débutent en septembre 1519. L'apparente unité architecturale du château pourrait faire croire à un projet initial complètement maîtrisé. Il semble qu'une analyse des phases de construction mette en évidence une réalité plus complexe. Les recherches archéologiques et historiques attestent l'existence d'un premier projet de donjon, bâtiment de forme cubique cantonné d'une tour à chaque angle (occupant le centre du complexe actuel). Le projet évolue vers 1526, au retour de la captivité de François Ier à Madrid. Le roi, avec son honneur retrouvé et son ambition intacte, décide d'adjoindre au donjon deux ailes latérales - l'une pour abriter son logis, l'autre la chapelle royale -, ainsi qu'une enceinte basse pour fermer la cour. L'édifice conserve depuis le plan d'une forteresse, à l'instar de celle de Vincennes.
Fondations
En 1550, le diplomate vénitien Giovanni Soranzo, indique dans ses relations de voyage à la cour de France, que les fondations du château de Chambord "sont faites comme aux maisons de Vénétie, posées sur des pals, et les pierres ajoutées ensuite". Cette question de la nature des fondations passionne depuis : le château est-il réellement construit sur pilotis ? Si cette question fascine autant, c'est que la construction de l'imposant château sur les terres marécageuses de Chambord paraît être une entreprise considérable au début du XVIe siècle, voire même un défi à la nature. Dans l'esprit de tous, à œuvre extraordinaire... fondations extraordinaires. Un récent sondage archéologique réalisé dans la cour du château (2007) a livré plusieurs observations : le château est construit pour partie sur un ancien château médiéval mais aussi sur une assise en pierre d'un profondeur impressionnante de 5,20 m posée directement sur le sous-sol calcaire. Sa mise en place a donc nécessité d'importants travaux d'excavation des couches sédimentaires pour implanter le château directement sur le sol "dur". Ainsi, l'existence de fondations "à la mode vénitienne" ne peut être absolument exclue mais les fouilles les plus récentes orientent le débat vers une solution alternative, tout aussi remarquable.
Le plan centré du donjon
L'architecture de Chambord, comme la majorité des grandes réalisations architecturales de la Renaissance, respecte les principes antiques de l'arithmétique et de la géométrie, sensés lui conférer ordre et beauté. Harmonie des façades et des proportions, symétrie et plan modulaire sont en effet des éléments inspirés directement de la pensée antique de Vitruve. Le donjon est ainsi une masse carrée, cantonnée aux angles de massives tours rondes. A l'intérieur, l'espace s'organise autour d'un croix grecque formée par quatre vastes salles, chauffées mais non "habitées". Au centre de la croix prend place l'escalier à doubles révolutions ; dans les angles, les logis du roi et de sa cour. Ce plan "centré" en croix grecque, répété d'étage en étage, est sans équivalent en France à cette époque, en particulier pour un édifice civil. Il est cependant d'usage en Italie pour construire des bâtiments religieux, à l'instar de la basilique Saint-Pierre de Rome dont les plans ont été conçus en 1506 par Bramante. Son usage en France participe dès le XVIe siècle à conférer au nouveau palais de François Ier l'image d'une construction novatrice et raisonnée.
Le grand escalier
Alors qu'au début du XVIe siècle les escaliers sont le plus souvent aménagés dans des tourelles placées en saillie par rapport à la façade d'un bâtiment ou construits hors-œuvre, le grand escalier d'apparat de Chambord fait figure d'expérience architecturale unique et constitue à lui seul un monument. Il s'impose ici en plein cœur du donjon, occupant l'espace né de la rencontre des quatre bras de la salle en croix. Il aussi le module de base du plan puisque son diamètre d'environ 9 mètres donne la mesure de tous les autres espaces qui constituent l'édifice. L'escalier réserve une véritable surprise, qui tient quasiment lieu de trompe l'œil : alors que l'on croit voir un unique escalier au premier abord, celui-ci est en fait constitué de deux rampes s'enroulant l'une au-dessus de l'autre autour d'un noyau. Ainsi, deux personnes peuvent emprunter simultanément les deux rampes sans jamais se rencontrer, tandis qu'elles peuvent se voir par les fenêtres aménagées dans le noyau creux. L'effet est à peine croyable pour qui n'en n'a jamais fait l'expérience. Sa structure largement ajourée lui donne une "transparence" qui permet à ses utilisateurs de voir autant qu'ils sont vus. Par toutes ces qualités, l'escalier à doubles-révolutions de Chambord est une véritable œuvre d'art et un lieu de mise en scène qui fascine depuis toujours les visiteurs du château.
Logis et circulations
Le donjon de Chambord est un vaste corps de logis comprenant au total 6 niveaux habitables. A chaque niveau, il s'organise en quatre cantons habitables disposés autour de la grande salle en croix grecque. Quatre logis occupent les espaces carrés délimités par la croix, tandis que quatre autres se trouvent dans les tours d'angles. Sur les trois premiers niveaux, chaque logement comprend une grande et haute pièce à vivre - la chambre - et un nombre variable de petites pièces annexes que sont les garde-robes, cabinets de travail et oratoires. Ces dernières sont entresolées, c'est-à-dire surmontées d'autres pièces identiques. Les logis du donjon sont indépendants les uns des autres grâce à un réseau de circulations horizontales et verticales. Au centre, le grand escalier, associé aux salles de la croix, dessert plus directement les logis carrés. Les logis des quatre tours sont, quant à eux, accessibles depuis les salles par des galeries ouvertes en façade, les loggias. Ces dernières sont reliées d'étages en étages par quatre escaliers secondaires qui s'élèvent "de fond-en-comble" dans les tours. Enfin, chaque logement est doté d'un petit escalier de service pour atteindre son niveau d'entresol. Cette partition interne du donjon, habilement composée et standardisée, est véritablement novatrice. Cependant, elle demeure une belle utopie, inadaptée aux réalités de la vie de cour, puisque François Ier s'installe finalement dans une aile pour distinguer hiérarchiquement son propre logis.
Le système d'aisance du donjon
Le château est pourvu d'un système de latrines d'une grande sophistication. Chaque tour du donjon abrite deux fosses souterraines contigües reliées par un passage voûtée. L'une reçoit les mictions en provenance du rez-de-chaussée ou des combles grâce à un conduit aménagé dans la maçonnerie. L'autre fosse semble être destinée à recueillir les matières liquides par décantation. Un second conduit, parallèle au premier, se prolonge jusque sous les toits pour assurer la ventilation des latrines. Ce système à "évent" n'est pas sans rappeler les préconisations de Léonard de Vinci. Le génie italien recommande en effet dans l'un de ses carnets que "les lieux d'aisance [soient] pourvus d'ouvertures pour l'aération prises dans l'épaisseur des murs, de façon que l'air puisse y venir des toits" (Codex Atlanticus, fol. 76v). Longtemps ignorés des études architecturales et historiques, la redécouverte des lieux d'aisance du château en 1994 a apporté un nouveau regard sur la vie quotidienne à Chambord et les premières phases du chantier de construction.
Le décor sculpté
Le décor sculpté de Chambord est réalisé dans le fin et blanc calcaire de tuffeau, dont la tendreté a permis aux artisans de la Renaissance d'exprimer toute leur habileté et leur fantaisie. La sculpture est curieusement plus abondante à l'extérieur : une multitude de pilastres et colonnes, avec leurs chapiteaux sculptés, ornent les façades du château ou les parties hautes... elles-mêmes enrichies d'autres sculptures. A l'intérieur du donjon, la sobriété s'impose sauf s'il s'agit de mettre en valeur les lieux remarquables. Ainsi, près de 200 chapiteaux accompagnent et soulignent la double montée du grand escalier central, jusque dans la petite vis de la tour-lanterne qui le surmonte. Les motifs sont d'une grande variété d'inspiration : cornes d'abondance, feuillages, créatures fantastiques, personnages mythologiques, masques, angelots, armoiries et bien d'autres sujets encore. Dans les caissons des salles voûtées au deuxième étage du donjon, les salamandres et les "F" alternent par centaines et célèbrent à la manière des arcs de triomphe antiques la gloire de François Ier. L'emblématique royale se retrouve également sur la voûte de l'oratoire du souverain, au premier étage de l'aile royale, ainsi que dans les rares panneaux de bois des portes d'origine encore conservés sur place. Cette œuvre considérable demeure un témoignage précieux des motifs et des thématiques chères à la Renaissance et constitue l'ensemble le mieux conservé du Val de Loire.
Les terrasses du donjon
Situées au débouché du grand escalier à doubles-révolutions, les quatre terrasses du donjon magnifient au dehors le plan en croix grecque des salles inférieures. Elles permettent une circulation à ciel ouvert au cœur de l'impressionnante forêt architecturale des parties hautes de l'édifice ou, selon d'autres, au cœur d'un "village céleste". A leur extrémité, une coursière bordée d'une balustrade permet de faire le tour complet du donjon et offre un point de vue exceptionnel sur le domaine. Mises en œuvre vers 1537-1538 au quatrième niveau du donjon, les terrasses de Chambord ne cessent de provoquer l'imagination. Elles constituent également une curiosité technique. En effet, un ingénieux système d'étanchéité, sans égal à cette époque, a été réalisé pour protéger les voûtes des étages inférieurs des infiltrations d'eau. Pourtant, ce système n'a pas empêché les fuites, causant des dégâts irréversibles aux splendides décors sculptés du second étage, dès l'origine. Les terrasses ont fait l'objet de restaurations entre 2005 et 2008. La structure ancienne a été conservée (ainsi que, dans certains cas, les matériaux anciens) mais des plaques de plomb ou de cuivre ont été ajoutées sous le dallage pour renforcer le système d'étanchéité. 
Superstructures
A partir des terrasses s'élèvent les hautes toitures couvertes d'ardoise, qui abritent les trois derniers niveaux habitables du donjon. Des souches de cheminées, tourelles d'escaliers, lucarnes et lanternons donnent au château, par leur verticalité et leur foisonnement, une silhouette encore gothique. Leur ornementation, quant à elle, puise son inspiration dans les modèles de l'architecture italienne du Quattrocento, en particulier les placages de motifs géométriques en ardoise imitant les décors ultramontains en marbre. Le centre de cette composition est dominé par la plus haute tour du château, la tour-lanterne, sommée du symbole des rois de France : la fleur de lys.
La quête de l'architecte
La question de l'identité de l'architecte de Chambord fascine les historiens et historiens de l'art depuis le XVIIe siècle. Certains ont attribué les plans de Chambord à un italien : Vignole, Le Primatice, Le Rosso ou, plus récemment, Léonard de Vinci dont certains croquis rappellent les partis pris architecturaux mis en œuvre à Chambord (escalier à doubles-révolutions, plan centré, système d'aisance à évent ou d'étanchéité des terrasses). On a aussi évoqué Dominique de Cortone, dit "Le Boccador", qui a reçu avec certitude un paiement pour la fabrication d'un modèle en bois du château de Chambord, aujourd'hui disparu. D'autres historiens ont à l'inverse défendu l'idée d'une création architecturale franco-française, considérant que les seuls hommes associés au chantier de Chambord dont les noms nous sont parvenus sont tous français. Mais doit-on seulement envisager Chambord comme la création d'un unique "architecte" ? L'intervention conjointe de maîtres d'œuvre et architectes français et italiens, voire du roi lui-même, pourrait tout aussi bien expliquer l'ordonnancement si moderne de Chambord et ses composantes franco-italiennes.
Le château dans son environnement
Chambord apparaît dans l'esprit de François Ier comme un projet global, où la construction d'un "bel et somptueux ediffice" s'accompagne de la création d'un vaste parc alentour. Un "jardin" voué aux loisirs cynégétiques, à la gloire du roi et la magnificence de sa fastueuse résidence, où la nature sauvage se conjugue avec une nature plus domestiquée. Ce dessein n'est pas sans rappeler les domaines du duché de Milan que François Ier visite au début de son règne. A l'instar du domaine du château de Pavie, Chambord offre des paysages riches et variés, une multitude de points d'eau, une faune abondante. Le roi envisage également, comme à Pavie, de clore le parc par un mur maçonné et d'annexer des terrains privés pour constituer un domaine de grand ampleur. A la fin de son règne, le domaine de Chambord semble atteindre 2 500 ha, une surface en deçà de ses ambitions initiales. La construction de l'enceinte est également amorcée et un contingent de gardes veille sur le domaine du roi sous l'autorité d'un capitaine des chasses. Par chance, les successeurs de François Ier ont su préserver l'intégrité du parc et même poursuivre son œuvre. A partir du XVIIe siècle, Chambord compte 5 440 ha de terres et 32 km de mur de clôture. Le domaine n'a plus été modifié depuis.
Conclusion
Chambord apparaît comme l'une des grandes réalisations architecturales de la Renaissance. Les concepteurs l'ont imaginé comme un palais idéal où se mêlent les innovations du siècle et les éléments traditionnels de l'architecture française, symboles de puissance et de continuité. Pourtant Chambord est au XVIe siècle, comme dans les siècles suivants, un édifice fastueux mais vide, royal mais inhabité, admirable dans son ordonnancement mais inhabitable. Il n'a jamais été la résidence permanente d'un souverain. Certains y ont séjourné occasionnellement à l'automne pour profiter des divertissements de la chasse, les autres l'ont tout juste visité ou n'y sont jamais venus, préférant en laisser la jouissance temporaire à un prince étranger ou un officier de la couronne. Fort heureusement, tous ont respecté l'intégrité du monument et n'y sont intervenus que pour le restaurer ou l'achever dans le respect du programme originel. Chambord demeure donc l'œuvre personnelle du roi François Ier, prince-architecte et père des Arts et des Lettres. Nous espérons que cette exposition virtuelle vous aura permis de comprendre Chambord, né pour la gloire d'un roi des esprits les plus éclairés et des mains les plus habiles de leur temps.
Château de Chambord
Crédits : histoire

Auteurs de l'exposition :
Virginie Berdal, chargée de recherches (Domaine national de Chambord)
et Eric Johannot, chargé de recherches et de l'action éducative (Domaine national de Chambord)


Avec la participation de Luc Forlivesi, conservateur général du patrimoine, directeur du patrimoine et des publics (Domaine national de Chambord).


Sélection des images, création de l'exposition : Virginie Berdal


Remerciements :
Catharina Bruley, Cultural Institute Coordinator (Google).
La société Histovery
Le Service de prévention spécialisé de l'ACESM (Blois/Vendôme)

Remerciements : tous les supports
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