La mode au XIXe siècle

Les Arts Décoratifs

Naissance de la Haute Couture

L'invention de la Haute Couture
Le Second Empire (1851-1870) oscille entre art de grand luxe, avec la création de la Haute Couture, et diffusion voire démocratisation grâce au progrès industriel. Bénéficiant du développement économique et culturel de Paris surnommée « la ville lumière », de l’engouement des étrangers pour les expositions universelles, la forte demande en articles de luxe atteint un niveau jamais égalé.Le couple impérial orchestre une vie de cour luxueuse où les mondanités se succèdent, nécessitant un vestiaire varié, adapté à chaque moment de la journée.
Accroissement du nombre de tenues quotidiennes
Alors que les hommes ont abandonné tout décorum vestimentaire, la multiplication des activités mondaines oblige les femmes à se changer plusieurs fois par jour. Une élégante peut avoir besoin de quatre voire cinq tenues, sans compter les robes liées à des cérémonies plus rares. Pour commencer, quand elle n’a pas d’obligations le matin, après avoir ôté le « saut de lit », elle revêt un déshabillé ou une robe d’intérieur, pour rester chez elle sans corset.

Gravure, modèle de Worth, "Costume d'amazone" (1875)

Si notre élégante doit sortir le matin, un costume-tailleur en lainage, en coton ou en lin selon la saison, s’impose, porté sur un corset, qu’elle ne quittera plus jusqu’au soir, mais pour les activités équestres, le costume d’amazone lui est préféré.

Ensuite, la robe de visite, en soie, ornée de volants, de passementeries, mais pas décolletée est nécessaire l’après-midi. Parfois, un tea-gown permet de recevoir des amies à l’heure du thé.

Gravure, modèle de Worth, "Toilette de théâtre" (1875)

Enfin les robes du soir, qui seules peuvent être décolletées, présentent deux typologies, la robe de dîner ou de « petit soir », la robe pour aller à l’opéra ou au bal dite de « grand soir », qui est la plus richement ornée.

Gravure, modèle de Worth, "Toilette de bain de mer" (1875)

L’émergence du tourisme balnéaire nécessite encore d’autres tenues, telle la « robe de bain de mer ». La diversification du vestiaire est favorisée par les grands couturiers qui, tout en étant des artistes, n’en sont pas moins des commerçants.

La robe à transformation
La bienséance impose donc aux femmes de suivre les codes vestimentaires liés aux différentes activités de la journée. La robe à transformation est symptomatique d’une vie mondaine trépidante mais aussi d’une volonté de ne pas trop dépenser.

Robe à transformation (1870-1872)

Devant l’accroissement du nombre de tenues quotidiennes, cette robe est constituée d’une jupe assortie à deux corsages, l’un pour le jour, l’autre pour le soir. Parfois même, trois corsages : après-midi, « petit soir » et « grand soir » sont taillés dans le même tissu que la jupe mais diffèrent par la profondeur du décolleté, le caractère plus ou moins couvrant des manches et l’ornementation plus abondante.

Charles-Frédérick Worth (1825-1895)
Il est surprenant que l’activité qui symbolise le mieux la mode de luxe parisienne, la haute couture, ait été inventée par un Anglais. Agé d’une vingtaine d’années seulement, Charles-Frédérick Worth, déjà expérimenté dans la vente de tissus, tente sa chance sur le continent. Commis à la Ville de Paris, où il rencontre son futur associé puis chez Gagelin, le jeune homme gravit rapidement les échelons. Décidé à réaliser ses ambitions, il installe sa maison dans le quartier du futur Opéra, centre névralgique du luxe parisien. S’y trouvent déjà bon nombre de maisons de joaillerie, de linge fin, de bonneterie, des modistes, des couturières, des fournisseurs de dentelles ou d’ombrelles. Le luxe attire le luxe !

Gravure, modèle de Worth (1875)

S’il ne subsiste que très peu de créations de Worth, des gravures de mode montrent des décors compliqués de plissés et de galons, des retroussis, plusieurs étages de jupes, étalées sur des crinolines projetées ou d’amples tournures.

La Haute Couture
Mallarmé considère que Worth est « l’ordonnateur de la fête sublime et quotidienne de Paris, de Vienne, de Londres ou de Pétersbourg ». Avec lui, se développe la préséance des hommes dans la création vestimentaire féminine. Worth a tout inventé, les « sosies », préfigurant les mannequins, les défilés, la griffe. En effet, comme un peintre, il signe ses œuvres. Avec lui, le couturier n’est plus un fournisseur mais un artiste. Il reçoit, dans des salons élégants, une clientèle prestigieuse, l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, la princesse de Metternich, l’impératrice Elisabeth d’Autriche  dite Sissi, la reine de Suède, mais, aussi les épouses des entrepreneurs et banquiers et… les cocottes. Les modèles, présentés lors des défilés ou de rendez-vous privés, sont refaits et adaptés, avec un soin extrême, aux mesures précises des clientes. Rythmant la présentation de ses collections selon un calendrier saisonnier, le grand couturier cultive le côté spectaculaire du métier. 

Robe du soir, Worth (vers 1875)

Cette robe, par l’ampleur de sa tournure et de sa « queue », par la qualité de son satin façonné rehaussé de broderies, caractérise bien l’ostentation recherchée le soir.

Un métier organisé, des créations protégées
Worth faisant des émules, le métier s’organise avec la création, en 1868, de l’ancêtre de la Chambre syndicale de la couture, alors qu’une protection juridique lui reconnait désormais le droit d’auteur et la propriété artistique.

Robe du soir, Worth (1893-1894)

Le terme « couturier » remplace en 1880 celui de « maison spéciale de nouveautés confectionnées », le vocable « haute couture » n’étant guère utilisé avant 1910. Ces maisons sont également de grandes entreprises et parfois, des affaires de famille. Dès les années 1870, la maison Worth emploie plus de mille personnes ; elle perdure à travers les fils, intégrés à la maison bien avant la mort du fondateur.

Vers la Belle Epoque
L'ampleur postérieure, accentuée par un drapé, est abandonnée à la fin du siècle. La Belle Epoque préfère une silhouette plus élancée et apprécie la ligne sinueuse, récurrente dans les arts appliqués contemporains.

Robe à transformation, Jacques Doucet (1900-1905)

Cette robe, créée par Jacques Doucet, dans une maison séparée par quatre immeubles seulement de celle de Worth, témoigne d’un goût nouveau pour les étoffes légères et les couleurs évanescentes. Le caractère asymétrique de la broderie s’inspire du japonisme alors très en vogue.

Doucet aura l’intuition d’embaucher deux créateurs de talent, Paul Poiret, qui passera ensuite chez Worth puis, Madeleine Vionnet. Ces deux couturiers sont à l’origine de grands bouleversements, Poiret proposant à ses clientes de supprimer le corset dès 1907 ; Vionnet, initiant la coupe en biais dans les années 20, devient le modèle à imiter dans les années 30.

Les rythmes de mode s'accélèrent au XIXe siècle, l'apparition de la presse spécialisée, la révolution industrielle, la création de la Haute Couture y contribuent.

Née en France en 1858, la Haute Couture est aujourd’hui encore, une appellation exclusivement parisienne, juridiquement protégée. Héritières des savoir-faire du XIXe siècle, les maisons sélectionnées sur des critères stricts, doivent remplirent des obligations quant au nombre d’employés, de modèles, à leur conception et à leur réalisation. Elles doivent toujours adapter sur mesures, des modèles exclusifs féminins, présentés lors des deux défilés annuels.

Crédits : histoire

Textes et choix des images : Corinne Dumas-Toulouse, historienne de l'art et conférencière au musée des Arts Décoratifs

Coordination éditoriale de l'exposition virtuelle : Maude Bass-Krueger, assistée d'Alexandra Harwood et de César Imbert

Remerciements : tous les supports
Il peut arriver que l'histoire présentée ait été créée par un tiers indépendant et qu'elle ne reflète pas toujours la ligne directrice des institutions, répertoriées ci-dessous, qui ont fourni le contenu.
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