La mode à Versailles : Elle

Château de Versailles

La mode de Versailles inspire encore aujourd'hui les grands créateurs. Décryptage de ces codes qui ont émergé dans les années 1780, autour de la figure iconique de Marie-Antoinette.

Chapitre I : Les grandes tendances de la mode des années 1780
Avec Marie-Antoinette s’impose à la cour le règne de la simplicité vestimentaire et de l’élégance. Dans la vie de tous les jours, c’est la robe à la polonaise, toilette modeste, qui a la faveur des dames, ainsi que la robe à la lévite.

Très simplement vêtue d’une robe à la polonaise de soie grise, la reine confectionne un bouquet dans un paysage, une rose à la main.

Une des particularités de la robe à la polonaise réside dans le corsage, qui est fait de la même pièce que la double jupe. Il s’agit d’une robe à transformation, que l’on peut moduler au moyen d’un cordon qui passait de chaque côté sous les coutures.

Antoinette-Élisabeth-Marie d’Aguesseau, comtesse de Ségur, louée pour la force de son esprit et la bonté de son caractère, n’en était pas moins sensible aux modes de son temps. La comtesse apparaît dans une tenue simple, des grandes créoles suspendues aux oreilles, la tête couverte d’un chapeau. Les cheveux ne sont pas poudrés et obéissent à une mode dont la portraitiste Élisabeth Vigée Le Brun se voulait l’initiatrice.

Il s’agit presque d’une robe de campagne. L’ambiance champêtre du tableau est renforcée par le bouquet de fleurs fraîches sur la tablette à côté.

Représentée en 1788, la reine est assise et appuyée sur une table couverte d’un drap rouge sur laquelle se trouvent un vase de fleurs et la couronne posée sur un coussin. Elle est vêtue d’un manteau de velours bleu bordé de fourrure, posé sur un jupon de satin blanc, avec un caraco, illustrant ainsi une version de la robe à la lévite. Il s’agit d’une robe droite et souple, plissée à l’arrière. Dotée d’un large col châle, elle est souvent retenue à la taille par une simple écharpe. Les cheveux de la reine sont parés, suivant la dernière mode, d’un pouf piqué de plumes d’autruche.

Chapitre II : Paraître à la cour
A partir de 1775, Marie-Antoinette donna plusieurs fêtes grandioses dans les jardins de Trianon. Il s'agissait d'avoir le bon "dress-code"...
#1 Le grand habit de cour
Le grand habit de cour féminin réservé exclusivement à la reine est constitué d’un manteau fleurdelisé à revers en hermine, d’une ample robe à panier de satin ou de soie somptueusement ornée de rubans, de fleurs et de perles.

La reine est représentée en robe à panier garnie de perles et de guirlandes de fleurs dans un manteau fleurdelisé.

Ce portrait, dont Madame Vigée Le Brun livra l’original en 1779, conserve la tradition formelle du grand portrait de cour. La reine, qui apparaît dans un halo de lumière, est vêtue d’une spectaculaire robe de cour à panier de satin blanc et d’une traîne à fleurs de lys ; à ses côtés est disposée la couronne de France.

Son port de tête est souligné par une coiffure haute à aigrettes.

Marie-Antoinette est représentée en buste, vêtue du manteau royal fleurdelisé, en dentelles, haute perruque enrichie de fleurs maintenues par un ruban, et portant en pendentif un grand médaillon présentant le profil de Louis XVI.

Cette gravure permet de se représenter le fameux "collier de la reine" disparu. Il se compose de deux parties : un ras-de-cou enrichi de festons et de pendants, et un second collier, composé de quatre écharpes à deux rangs de diamants séparés par un rang de perles terminés par quatre glands de diamants et perles inspirés des modèles de passementerie.

Ce collier, auquel le nom de Marie-Antoinette est à jamais attaché, ne lui a jamais appartenu. Conçu comme un chef-d’œuvre par les joaillers parisiens Charles-Auguste Boehmer et Paul Bassenge, il est constitué de près de 550 diamants de taille exceptionnelle et d’une centaine de perles.

La reine est représentée en manteau d’hermine, elle porte une coiffure haute avec aigrettes, rose et perles. La coiffure de la reine doit beaucoup à son coiffeur, le célèbre Léonard.

#2 L’habit de cour
L’habit de cour féminin est traditionnellement la robe à la française. D’immenses robes à panier couvertes de falbalas, de perles, de pierreries et de strass font ainsi le faste des cérémonies de cour.

Jusqu’à la Révolution française, la robe de cérémonie, de théâtre et de bal est la robe à paniers. Sous Louis XVI, les deux paniers s’étalent à la hauteur des hanches, illustrant ainsi le panier à coudes. C’est également à cette époque que sont imaginés les paniers d’acier à charnières de forme elliptique, qui peuvent alors être repliés. La jupe est ici garnie de queues de martre, de bandes de satin bleu et de dentelles.

Marie Joséphine Louise de Savoie, par son mariage comtesse de Provence, est ici vêtue à la dernière mode « d’une Robe de cour garnie en coque et draperie, avec des glands, coëffée en toque, chevelu, surmonté d’un Pouf, garni de plumes, avec un bouquet de Fleurs dans le milieu. »

Madame Adélaïde, fille de Louis XV, est représentée en toilette de cour, à la longue traine de velours rouge, symbole de noblesse.

Elle porte une coiffure caractéristique de ces années-là, à savoir un pouf. Ainsi, les cheveux poudrés de la princesse sont crêpés de part et d’autre du visage, puis surmontés d’un bonnet de lingerie et d’un ruban à nœud plat. Mais ce type de coiffure est relativement sage vis-à-vis des extravagants pouf à la Belle-Poule et pouf à la Montgolfière.

#3 L’habit de chasse
La reine qui participe aux chasses à courre, monte à cheval en amazone et à califourchon, contre l’avis de sa mère l’impératrice Marie-Thérèse. Pour les commodités de ce divertissement, elle adopte un vêtement masculin ou une robe redingote à collet en gradins.

Marie-Antoinette est représentée en 1783 à la chasse, chevauchant en amazone, accompagnée d'un serviteur, d'un chien limier et d'une levrette. Elle porte un costume semblable au portrait de Wertmüller réalisé en 1788. Son chapeau de paille, surmonté de plumes, ressemble à celui dont l’artiste a laissé un dessin au crayon.

Louis-Auguste Brun de Versoix représente la reine montant à califourchon, avec une culotte collante. Ce type de culotte de cavalière, souvent de soie noire, était bien souvent recouvert d’une jupe, ce qui n’est pas le cas dans ce tableau audacieux. Brun de Versoix a travaillé à Versailles de 1782 à 1788, où il a illustré les promenades, les chasses à courre de la reine et de ses proches, cette existence familière vécue dans la simplicité et l’apparente insouciance des dernières années passées à Trianon.

Représentée en 1788, Marie-Antoinette se détache dans une jaquette verte à rayures avec une pèlerine, une cravate blanche et un bonnet à la créole, qui lui confèrent une véritable élégance.

Chapitre III : Nouveautés et libertés
C'est Rose Bertin, "ministre des modes" de Marie-Antoinette, qui apporte un souffle de liberté aux tenues de la cour.
#1 La robe « en gaulle »
À partir de 1781, la chemise à la reine ou robe « en gaulle » , dont Rose Bertin pare Marie-Antoinette, fait l’effet d’une petite révolution. Il s’agit d’une robe d’intérieur, faite de coton blanc, de gaze ou de soie. Elle tombe droit, est très décolletée et serrée à la taille par une ceinture. Cette tenue en négligé est caractéristique de la vie de la reine et de son cercle d’amies au Petit Trianon. Il s’agit d’un véritable retour à la nature inspiré par le courant de pensée rousseauiste, tel que décrit dans la Nouvelle Héloïse (1761).

Représentée en 1782, alors âgée de 33 ans, Madame de Polignac, l’amie de la reine, est peinte à mi-corps, une rose à la main. Elle porte une robe chemise de linon blanc ornée d’un volant de dentelle et d’un ruban bleu ciel. Une ceinture jaune paille rayée de bleu marque sa taille, tandis que le mantelet noir de taffetas bordé de filets glisse le long de son bras gauche. Le chapeau de paille d’Italie garni d’une plume noire et d’un bouquet de fleurs des champs, retenu par un ruban ciel, s’accorde à l’esprit champêtre de la vie au Petit Trianon. Une impression de fraîcheur et d’infinie délicatesse se dégage du modèle.

La princesse de Lamballe, favorite de la reine, était l’épouse de Louis-Alexandre de Bourbon, fils du duc de Penthièvre. Elle est représentée ici en 1782, vêtue d’une robe "en gaulle" et porte un chapeau de paille finement tressée et réhaussé de plumes.

#2 La robe en bergère
La robe en bergère est directement inspirée du vêtement des paysannes. Cette mode est liée au sentiment du retour à la nature.

Cette robe, qui fait état du retour à la nature, fait fureur à la fin du XVIIIème siècle. Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, apparaît en 1782 en belle jardinière, arborant un chapeau de paille à larges bords dans lequel sont piqués des fleurs au naturel et des épis de blé, et tenant dans ses mains une brassée de fleurs tout juste cueillies. Elle porte un corsage vert lacé sur une chemise blanche de linon, une simple jupe de coton rouge. Cette robe est alors la tenue idéale pour se rendre au hameau de la reine, construit par Richard Mique entre 1783 et 1786 à la demande de Marie-Antoinette.

#3 La robe à l'orientale
La robe à l’orientale est en réalité un déshabillé de soie blanche ou écru, ceint à la poitrine, inspiré par les récits de voyageurs.

La duchesse de Bourbon, épouse du duc d’Orléans futur Philippe-Égalité, est représentée assise, un turban de gaze surmontant sa chevelure. Son déshabillé de mousseline associé à un vêtement de satin blanc couvre la poitrine tandis que la taille est marquée par une ceinture bleu lapis. Ainsi vêtue à l’orientale et accoudée à un coussin de velours rouge, la duchesse adopte une attitude pour le moins mélancolique.

Adélaïde Labille-Guiard montre la princesse Madame Élisabeth en 1788, âgée de 25 ans, dans un portrait grave et tout en retenue. Elle est représentée dans un costume de modèle fantaisiste inspiré de la mode à l’orientale avec une ceinture antiquisante rehaussée de pierreries feintes en strass, identique au portrait exposé au Salon de 1787.

Le pouf, volumineux turban qui coiffe la princesse, a été réduit pour s’adapter au format ovale. Les tons délicats de gris et blanc, rehaussés par le jaune doré du costume et les touches colorées des pierreries, mettent en valeur les yeux bleu gris de la princesse. Deux plumes d’autruche ornent sa chevelure.

#3 La mode anglaise
La robe à l’anglaise est caractérisée par l’abandon des paniers, remplacés par une tournure (canevas matelassés de crin). Ce type de robe est inspiré par la redingote portée par les hommes à la même époque. Cette robe-redingote est multiple : toujours ajustée à la taille, elle est bien souvent ouverte par le devant, ou peut être fermée par de gros boutons métalliques.

La reine pose devant le temple de l'Amour dans son domaine de Trianon. Elle apparaît vêtue d’une robe-redingote ouverte sur un large jupon et une chemise à volants. Un chapeau de paille orné de plumes d’autruche est posé à terre.

Crédits : histoire

Catherine Pégard, Présidente du château de Versailles

Laurent Salomé, directeur du musée national

Thierry Gausseron, administrateur général

Béatrice Sarrazin, conservatrice générale, en charge du département des peintures

Yves Carlier, conservateur général, en charge du département de la gestion des collections

Vincent Bastien, docteur en histoire de l'art, assistant des conservateurs et commissaire de l'exposition numérique

Géraldine Bidault, responsable de la photothèque numérique et de la mise en ligne des collections, commissaire de l'exposition numérique

Ariane de Lestrange, directrice de la communication

Paul Chaine, chef de service du développement numérique

Maïté Labat et Marie Delamaere, coordinatrices de l'exposition numérique

Remerciements : tous les supports
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