Les acteurs

Meta-Morphosis

Pendant un peu plus d’un an, les photographes Axel Ruhomaully, Franck Depaifve et Roméo Balancourt ont vu les enfants de Cheratte avancer avec une perception différente de leurs origines et une émouvante fierté de gosses. Ils regardent maintenant leurs grands-pères comme autant de héros restés trop longtemps anonymes. Ces photos du célèbre portraitiste Roméo Balancourt dévoilent une fierté trop longtemps cachée sous les rides. 

Conscientiser les nouvelles générations
Brigitte, institutrice à l’école communale de Cheratte-bas, et Luciana, son amie et collègue surveillante, souhaitaient «conscientiser» les enfants d’origine turque, espagnole, italienne et polonaise sur les raisons pour lesquelles leur village était un tel mélange de cultures, répondre à certains «pourquoi» qui n’avaient pas leur place au sein des foyers. Elles les ont donc incités à interviewer leurs grands-parents. La plupart d’entre eux avaient travaillé au charbonnage du Hasard, à Cheratte...  Nous sommes arrivés à l’école durant ce moment précieux où les enfants commençaient à s’intéresser de plus près à leurs grands-parents... 

ROGER

Le jour de la fermeture, plus personne ne riait. Pour une fois on est allé boire un verre de tristesse et pas de joie. C’était un peu notre maison qui fermait...

Roger, matricule 413,
électricien à Cheratte de 1956 à 1977

Les mineurs sont solidaires
« Même si nous avions plus d’amitiés avec certains qu’avec d’autres, la solidarité était vitale et on n’oubliait jamais que l’on dépendait toujours de quelqu’un, surtout quand une lampe s’éteignait au fond de la mine... »

PEPPONE

Je suis arrivé au mois d’août 59, juste avant la grande grève. Je voulais travailler à la Fabrique nationale mais il fallait un permis de travail. la seule solution était de passer par le charbonnage... J’ai commencé par pousser des wagonnets. parfois, j’avais la bonne place : on devait simplement attendre les gars pour décharger le matériel. Il m’est même arrivé d’attendre plus d’une heure sans rien faire !

Giuseppe alias «double mètre» matricule 857, Mineur à Cheratte de 1961 à 1964

Avelino, matricules 283/44/5
De galibot à contremaitre à Cheratte de 1951 à 1977

JOHAN

Tu n’imagines pas ce que ça me fait de revenir ici après quarante ans. Tellement de souvenirs, des bons et des mauvais mais c’est comme si c’était hier... Et puis, c’est important pour les enfants de savoir ce que c’était.

Johan, alias «Johnny» matricule 693
mécanicien à Cheratte de 1963 à 1977

Johan a été l’un des premiers à nous accorder sa confiance. Il nous a quittés après avoir fait visiter une dernière fois la mine aux enfants.

Lakdar, matricule oublié
Mineur à Cheratte de 1962 à 1977

Les mineurs sont des hommes
« Quand j’étais petit, dans mon village, on me disait que pour être un homme, il fallait sentir le tabac et l’alcool. J’ai commencé à travailler à sept ans, j’ai bu et j’ai fumé bien plus tard mais j’ai encore attendu longtemps avant d’être un homme... »

ISMET

Nous avions passé des examens pendant 4 jours à Micheroux, nous commencions à nous ennuyer et nous sommes allés nous promener.
En traversant le pont de Wandre, nous n’osions pas aller plus loin vers cette zone inconnue. Ce jour là, un car de touristes s’est arrêté à notre hauteur et, en apprenant d’où nous venions, ont applaudi en criant «turcos, turcos» !

Ismet, matricule 229
mineur à Cheratte de 1963 à 1967

CEMAL

J’ai quitté la Turquie pour faire fortune, persuadé de revenir vite, les bras chargés de cadeaux. J’ai mis 11 ans à comprendre que je ne rentrerais jamais, jusqu’à ce que ma femme arrive avec les enfants. Mes fils Remzi et Mustafa étaient les deux seuls turcs de l’école à ne pas parler un mot de français.

Cemal, matricule 670.
Mineur à Cheratte de 1964 à 1975

Nusret, matricule 848, mineur à Cheratte de 1964 à 1976

Famille Karabayir
Deux générations de mineurs, quatre générations de Cherattois

Lakdar et sa petite fille Yousra
Mineur à Cheratte de 1962 à 1977

THOMAS

Mon Nonno c’était le roi de la récup’ et du rafistolage, une vraie formation de la mine qu’il n’a cessé d’exercer toute sa vie! En tant que chef de projet à la SPI, je m’attelle aujourd’hui à la réalisation d’un projet ambitieux pour le village tout en ayant le respect des lieux et surtout des hommes qui y ont travaillé.

Thomas, petit-fils de Pasquale, matricule 681,
Chef de projet à la SpI, agence de développement économique pour la province de Liège

Les mineurs sont humbles
« Un passeport belge ? Vous pensez vraiment que je serais pris au sérieux avec un accent comme le mien? Non, je ne parle pas assez bien français... et puis ça ne m’empêche pas de manger des frites depuis plus de 50 ans !»

ARTURO

Quand je suis arrivé de mon Espagne natale, j’ai vite compris deux choses :
la première que je devais apprendre l’italien pour m’intégrer, la deuxième que les caisses de pension des mineurs étaient les plus riches d’Europe car personne ne vivait assez longtemps pour en profiter...

Arturo, alias «l’Américain», matricule 202
Mineur à Cheratte de 1962 à 1977

DENIZ

On a l’impression d’avoir vécu des années à côté de super-héros qui pensaient ne plus rien avoir à dire. Maintenant on les regarde différemment. On sait que, même si le ciel est plus bleu en Turquie, en Italie, en Espagne ou ailleurs, c’est à Cheratte que s’est écrite notre histoire et que nous pouvons en être fiers...

Deniz, arrière-petite fille de mineur écolière à l’école de Cheratte bas

Les mineurs sont grands-pères
« Maintenant les jeunes ont trop facile, si seulement ils pouvaient vivre une journée de ce que nous vivions à l’époque ils comprendraient la chance qu’ils ont. Ils ne peuvent pas imaginer ce que ça fait de descendre au fond, recroquevillés sur quatre niveaux du même ascenseur...  » 

M Yagmur, matricule 649 et son petit-fils Ekin,
Mineur à Cheratte de 1965 à 1977

LUCIANA

Quand j'étais petite, j'étais "la fille de la maman de tout le monde". Le racisme ne s'exprimait pas dans la Cité et ma mère italienne s'occupait de tous les enfants du quartier. Le jour de son enterrement, les amis musulmans étaient tous à l'église...
Luciana, fille de mineur surveillante à l’école de Cheratte-bas.

Marie-José, employée administrative à Cheratte

MARIO

Je suis arrivé d’Italie le 17 septembre 1951 à Liège. J’ai 88 ans et je m’en souviens comme si c’était hier ! On nous a convoyés vers les baraquements pour que l’on s’installe et le lendemain matin, nous étions déjà au fond de la mine

Mario, matricule 775.
Mineur à Cheratte de 1956 à 1977

Brigitte
Institutrice à l'école de Cheratte Bas

Les mineurs sont tendres
« Ghislaine avait 15 ans et j’en avais 20. Nous étions tellement timides qu’il a fallu qu’une de ses amies la pousse sur moi lors du bal populaire! J’avais 20 ans, nous nous sommes mariés 5 ans plus tard et nous ne nous sommes jamais plus quittés... »                
Crédits : histoire

Portraits photo: Roméo Balancourt
Bandes dessinées: Meï (surveillez-la, talent fou!)
Portraits street art: Monk HF

Avec le soutien de la Wallonie


Remerciements : tous les supports
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