1857 – 1949

Une figure de l'histoire du féminisme en Belgique

Mundaneum

“Léonie La Fontaine, féministe & pacifiste”

Léonie La Fontaine (Bruxelles, 1857-1949) s'illustre par son combat féministe et pacifiste dès la fin du XIXe siècle. Elle est la sœur d'une personnalité importante du paysage politique belge et international de la Belle Époque : Henri La Fontaine, sénateur socialiste, fondateur du Mundaneum, Prix Nobel de la Paix en 1913.

Léonie La Fontaine voit le jour le 2 octobre 1857 à Bruxelles. Tout comme son frère, Léonie reçoit une éducation progressiste et sa mère, Marie-Louise Philips (1826-1899), organise régulièrement des réceptions auxquelles participent de nombreux intellectuels. Les multiples combats menés par Léonie en faveur des femmes et de la paix seront d’ailleurs teintés de son influence.…

Marie-Louise Philips (1826-1899), mère d'Henri et Léonie La Fontaine 
Léonie La Fontaine...
... posant avec quelques amies

Très proche de son frère, Léonie suit son parcours avec attention. Ils s'associeront souvent afin de mener à bien divers projets pacifistes et féministes. Ils promeuvent notamment le développement de la coopération intellectuelle internationale à travers l'Office international de bibliographie (OIB), qui deviendra ensuite le Mundaneum.

Léonie La Fontaine, son frère Henri (à l'extrême droite), sa mère (en noir au premier rang) et des amis lors d'une excursion en Suisse

L'Affaire Marie Popelin comme déclencheur du combat féministe en Belgique:    

L'affaire Popelin éclate en 1888. Marie Popelin (1846-1913), diplômée en droit à l'Université libre de Bruxelles, se voit alors refuser l'accès au Barreau de Bruxelles parce qu'elle est une femme. Cette décision suscite un mouvement de soutien qui révèle la condition de la femme en Belgique. Des hommes et des femmes progressistes, dont Hector Denis, Louis Franck, Marie Popelin, Isala Van Diest, Henri La Fontaine et Léonie La Fontaine, adhèrent à ce mouvement qui aboutit à la création de la Ligue belge du droit des femmes en 1892.

Lettre de Marie Parent, présidente de la Ligue belge du droit des femmes
La Ligue, Revue de la Ligue belge du droit des femmes

Pour Léonie La Fontaine, le combat féministe devient dès lors une préoccupation majeure. Elle s'investit dans le conseil d'administration de la Ligue. Elle est tour à tour trésorière, présidente de la section Bienfaisance et rédactrice pour la revue de la Ligue. 

Elle mène une action de propagande générale pour l'émancipation de la femme: abolition de la loi salique, droit de suffrage, droit d'épargner et de témoigner, élargissement de l'accès aux professions.

Marie Popelin (1846-1913)
Le Bureau de la Ligue Belge du Droit des Femmes en 1897
La Femme et le barreau 1901
Marie Popelin, Secrétaire générale de la Ligue belge du droit des femmes

L'accès à la connaissance, aussi pour les femmes!

Léonie La Fontaine, qui n'a elle-même pas poursuivi d'études, va contribuer à créer des outils d'accès à la connaissance pour les femmes.

Elle participe dès 1893 à la rédaction des fiches du futur Répertoire bibliographique universel aux côtés de Paul Otlet et d'Henri La Fontaine qui sont à l’origine de la création de l’Office international de bibliographie à Bruxelles en 1895.

Sa participation à ce catalogue l'incite à promouvoir l'information pour la femme. En 1895, dans le cadre de ses activités au sein de la Ligue belge du droit des femmes, elle crée à son domicile un office d'informations sur les métiers, carrières et professions de femmes.

En 1910, le projet atteint une dimension internationale avec la création de l'Office de documentation féminine au sein de l'Institut international de bibliographie.

Le Répertoire bibliographique universel, vers 1900

Le féminisme belge prend une dimension internationale:

En 1905, à l'initiative de Marie Popelin, toutes les tendances politiques du mouvement des femmes en Belgique se regroupent au sein du Conseil National des Femmes Belges. Cette nouvelle institution permet aux femmes d'adhérer à l'instance internationale du féminisme: le Conseil International des femmes (CIF), créé aux USA en 1888.

Grandes figures du mouvement féministe américain
Conseil National des Femmes Belges - Members
Le statut de la femme, publication du Conseil international des femmes
Carte de membre de Léonie La Fontaine à la "Wereldbond voor Vrouwenkiesrecht" (Fédération mondiale pour le suffrage des femmes)
Lettre de Madame Jules Siegfried à Léonie La Fontaine - 1914
Journée des femmes allemandes, Cologne, 1903
Lettre du Conseil national des femmes italiennes à Léonie La Fontaine, présidente du Conseil national des femmes belges (1913)

Au-delà du féminisme: un engagement pacifiste

L'engagement pacifiste de Léonie La Fontaine remonte officiellement à son adhésion à l'Union internationale des femmes pour la paix en 1895. L'organisation de la première Conférence de la paix de La Haye en 1899 ne fera qu'accentuer son engagement en faveur du pacifisme au féminin.

À partir de 1911, Léonie et son frère Henri s'engagent dans une action de sensibilisation auprès des jeunes générations au sein des écoles de la Ville de Bruxelles. 

En Belgique, elle devient peu à peu la personnalité féminine de référence pour le pacifisme et préside la Section pacifiste du Conseil national des femmes belges.

Au niveau international, son action se diversifie au sein d'associations telles que la section « Peace and Arbritation » du Conseil international des femmes et de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté.

Conférence organisée pendant l'entre-deux-guerres par la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté
Carte de légitimation délivrée à Léonie La Fontaine pour voter lors du XIXè Congrès universel de la Paix à Genève] 1912
Programme de la Fête de la Paix du 18 mai 1911, organisée sous les Auspices de l'Administration communale de Laeken 1911
Concours de cartes postales symbolisant le pacifisme organisé en 1912 par le Conseil national des femmes belges
Dessin réalisé dans le cadre de ce concours
Dessin de L. Wehli, symbolisant le pacifisme (1912)

Durant la première guerre mondiale, Léonie se réfugie en Suisse où elle intègre le Bureau féministe international de renseignements en faveur des victimes de la guerre et des soldats, mouvement d'entraide internationale. 

Elle rejoint ses homologues pacifistes lors de la réunion de La Haye en 1915.

Carte postale reçue par Léonie La Fontaine en 1916, représentant un camp de prisonniers de guerre aux Pays-Bas

Après la guerre, Léonie reprend ses activités militantes à l'occasion des élections législatives de 1921. 

Elle fonde avec Marie Parent le Parti général des femmes belges. À ce moment, les femmes, bien qu'étant éligibles, ne bénéficient toujours pas du droit de vote aux élections législatives. Ce droit ne leur sera acquis qu'en 1948.

Le parti ne remporte aucun siège mais il reflète les revendications des femmes belges: la lutte contre l'alcoolisme, l'accès à l'éducation, le combat pour la paix et la protection de la femme et de l'enfant.

Parti général des femmes belges: "Appel aux femmes" – 1921
La femme et le vote par Marie Parent
Série de panneaux consacrés aux droits politiques de la femme dans monde, réalisés dans l'entre-deux-guerres pour le Musée international (Mundaneum).
Droits politiques de la femme dans le monde
Répartition des femmes députés anglaises par parti politique - 1930
Les suffragettes, mouvement féministe né au Royaume-Uni au début du XXe siècle
Affiche politique anglaise
Anna Rogstad, première femme-député en Norvège (1911)
"Votre bulletin de vote, Mesdames"

Une nouvelle génération de féministes revendique sa place au sein de la société. 

L'accès au Barreau est accordé aux femmes en 1922. En 1924, Léonie crée la section belge de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté. 

Son action durant les années 1930 sera plus axée sur le pacifisme que sur le féminisme. 

Après la Seconde Guerre mondiale, les femmes obtiendront le droit de vote. Ironie du sort, Léonie décède le 26 janvier 1949,  année de son entrée en vigueur…

Caricature: les politiciens tentent de gagner les voix des femmes qui ont désormais le droit de vote

« Un jour viendra pourtant, nous l’espérons ardemment où les femmes seront appelées à siéger à côté des hommes, ce jour-là, nous en sommes persuadées, les guerres seront devenues impossibles, ce jour-là, il n’y aura plus de militarisme, il n’y aura plus d’impérialisme et nous pourrons écrire en lettre d’or sur nos palais législatifs, États-Unis d’Europe. »

Léonie La Fontaine

Crédits : histoire

Rôle — Stéphanie Manfroid, responsable des archives
Rôle — Raphaèle Cornille, archiviste responsable du département iconographique et des projets numériques

Remerciements : tous les supports
Il peut arriver que l'histoire présentée ait été créée par un tiers indépendant et qu'elle ne reflète pas toujours la ligne directrice des institutions, répertoriées ci-dessous, qui ont fourni le contenu.
Traduire avec Google
Accueil
Explorer
À proximité
Profil