864 ap. J.-C. – 2014

L'itinérance de la Monnaie de Paris dans la capitale

Monnaie de Paris

« Nous avons décidé qu’en aucun autre lieu dans tout notre royaume on ne fasse de monnaie sauf à Paris et dans notre palais et à Quentovic (en raison de l’ancienneté de son atelier), et à Rouen et à Reims et à Sens et à Chalon et à Melle et à Narbonne et Orléans. » Charles II, Edit de Pîtres
25 juin 864

CHARLES II FONDATEUR DE LA MONNAIE DE PARIS

    A la suite de la division du Saint Empire romain germanique – officialisée par le traité de Verdun de 843 – entre les trois petits-fils de Charlemagne, le pouvoir royal est fortement affaibli. L’empire est morcelé et les établissements monétaires très nombreux.  Chaque seigneur bat monnaie à sa guise sans rendre compte au Roi.

L’un des trois héritiers, devenu roi de Francie occidentale et nommé Charles II, tente de le reconstituer en réorganisant la frappe de la monnaie. Il pose un acte fondateur fort en limitant le nombre d’établissements de frappe au nombre de 10, affirmant ainsi la restauration d’un pouvoir régalien.                           

L’Edit de Pîtres, promulgué le 25 juin 864, est un acte ferme d’expression du pouvoir royal de Charles II sur son territoire.

Edit de Pîtres promulgué le 25 juin 864

L’Edit réglemente le monnayage par ces propos: « Nous avons décidé qu’en aucun autre lieu dans tout notre royaume on ne fasse de monnaie sauf à Paris et dans notre palais et à Quentovic (en raison de l’ancienneté de son atelier), et à Rouen et à Reims et à Sens et à Chalon et à Melle et à Narbonne et Orléans. »

L'ATELIER PARISIEN

Du IXème siècle au XIIIème siècle: de l'île de la Cité à la rue de la Bretonnerie puis au quartier de Saint Jacques de la Boucherie

Parmi les ateliers autorisés à battre monnaie, celui de Paris a eu différents emplacements, tributaires du lieu de conservation du Trésor royal.

Le plus ancien atelier parisien dont l’existence soit connue était situé à l’emplacement de l’actuel Palais de Justice (Conciergerie).Il fut ensuite déplacé dans le quartier du Marais, rue de la Bretonnerie dans l’actuel 4ème arrondissement de la capitale. Suivant l’emplacement du lieu du Trésor, l’atelier fut transféré ensuite rue de la Vieille-Monnaie (également appelée rue Passementière) dans le quartier de l’église Saint-Jacques de la Boucherie.

Médaille à l'effigie de Saint Louis

Du XIIIème siècle au XVIème siècle: Saint Germain de l'Auxerrois

Elle resta alors quatre siècles dans le quartier de Saint Germain de l’Auxerrois, sur l’actuelle rue de la monnaie, (anciennement appelée rue du Serf), dans ce qui est le quartier financier de Paris à l’époque.

Depuis l’invention de la monnaie, l’un des problèmes majeurs est le faux monnayage. Henri II s’y attaqua pour mettre en échec les faussaires et demanda la création en 1547 d’un second atelier appelé « la Monnaie de Nesle »  située dans la Tour de Nesle, hautement sécurisée. Y étaient fabriquées les monnaies de billon, un alliage d'argent et de cuivre rendant plus difficile la contrefaçon.

Médaille à l'effigie de Henri II

1551: la création de la “Maison des Etuves”

En 1551, c’est un troisième atelier plus performant qui vit le jour, à la pointe occidentale de l’Ile de la Cité: la « Maison des Etuves » ou du « Moulin ». Cet atelier bénéficia de la mécanisation des systèmes de frappe grâce au balancier, au coupoir et au laminoir importés d’Allemagne. Ce nouvel atelier étant placé dans la main directe du Roi et non dans celle de la Cour des Monnaies (cour souveraine depuis 1552 dédiée aux questions de justice monétaire et de protection des ouvriers, située dans le Palais de la Cité), de nombreux conflits virent le jour entre les deux institutions, la Cour des Monnaies voyant dans cette mécanisation une diminution de ses compétences.

En 1586, Henri III trancha, en autorisant dans ce troisième atelier la seule fabrication des médailles, jetons et petit numéraire de cuivre au moyen de ces engins entièrement mécanisés. Ce sera la naissance de la manufacture d’art.

Outillage de la médaille d'Henri III

1609: Le Palais du Louvre

En 1609, l’atelier principal fut transféré au Palais du Louvre en raison de la construction du Pont-Neuf.

Accueillie dans la Grande Galerie, elle prit le nom de « Balancier du Louvre » puis de « Monnaie des Médailles » par la volonté de Louis XIV. Ingénieux graveur général des Monnaies de France, Jean Varin, améliora la gravure des outillages de frappe et généralisa la frappe au balancier dans l’ensemble du royaume. Les bâtiments devenus vétustes et insalubres, on envisagea dès 1672 un déménagement qui mettra cependant plus de 100 ans à voir le jour.

Balancier Louis XIV
Médaille représentant le Pont Neuf
Portrait gravé de Jean Varin

1775: Construction de la manufacture historique du quai de Conti

Vue du Louvre et de la Monnaie de Paris, P.A Demachy, vers 1783

En 1775, les différents ateliers parisiens sont centralisés dans une « Administration des monnaies et médailles » au cœur de la capitale, rive gauche de la Seine sur le quai de Conti. C’est le projet d’un jeune architecte peu connu – Jacques-Denis Antoine – qui remporta la préférence de Louis XV. Le 16 avril 1768, des lettres patentes du roi ordonnèrent la construction de la Monnaie de Paris, rive gauche, sur des terrains occupés par divers immeubles et par les grand et petit hôtels de Conti. Jacques-Denis Antoine mena la démolition du grand hôtel de Conti, tandis que le petit hôtel de Conti, adossé aux vestiges du mur d’enceinte de Philippe Auguste et dessiné par Jules Hardouin-Mansart, fut conservé. Jacques-Denis Antoine y reconnu en effet une des premières œuvres de Jules Hardouin-Mansart, architecte de Versailles, un de ses pairs maître dans l’art de la stéréotomie (art de la découpe de la pierre pour former un ensemble).

Plan de masse de la Monnaie de Paris par Jacques-Denis Antoine

La première pierre du Palais et de la manufacture du quai de Conti fut posée au nom du roi Louis XV par le contrôleur général des Finances, l’abbé Terray, le 30 avril 1771. L’abbé scella dans les pierres de fondation du bâtiment une série des pièces de monnaies contemporaines en or, en argent et en cuivre ainsi qu’une médaille commémorative en or, argent et en bronze du graveur général Charles Norbert Roettiers (photo). Un véritable trésor qui reste à découvrir encore aujourd’hui! Le bâtiment, d’une superficie de 12071 m2, fut achevé en 1775 avec l’installation notamment de neuf balanciers qui répondaient aux besoins d’une manufacture monétaire royale.

Les ateliers du quai de Conti se répartissaient autour de la salle du Grand Monnayage où s’exerce la frappe des monnaies, cœur de l’activité de l’institution.

Ils étaient organisés de manière rationnelle et séquentielle: les matières premières arrivaient par bateau quai de Conti ou par cheval rue Guénégaud.Elles étaient travaillées dans les ateliers qui leurs étaient dévolus et ressortaient transformées et prêtes à être distribuées derrière les ateliers donnant sur l’impasse Conti.

Médaille de la construction de la Monnaie de Paris

Ce fut la première « usine » en fonctionnement dans Paris et elle en est aujourd’hui la dernière.

Depuis la construction de cette manufacture des monnaies et médailles au XVIIIème siècle, d’autres ateliers dont ceux de Castelsarrasin et Beaumont le Roger ont eu, lors des deux guerres mondiales, un rôle à jouer dans la frappe monétaire.

1973: UNE NOUVELLE USINE A PESSAC

Façade de l'usine de Pessac

Devant le volume croissant des pièces à frapper, l’Etat construit en 1973 à Pessac, près de Bordeaux, un établissement industriel moderne pour réaliser toutes les phases de fabrication des pièces de monnaie courante.

Avec ses 10 hectares au sol, le site de Pessac abrite une usine, des locaux techniques et administratifs, un laboratoire ainsi que des annexes pour une surface construite au total de 16 000 m².

Sur ce nouveau site sont frappées en moyenne 1,5 milliard de pièces chaque année pour plus de 40 pays dans le monde.          6 000 tonnes de métaux sont achetées chaque année pour une capacité de frappe de 800 pièces par minute et par presse monétaire qui en font l’un des premiers sites dans le monde en termes de capacité de frappe monétaire.

Construction de l'usine de Pessac de la Monnaie de Paris

A l'intérieur de l’usine, le processus de fabrication s'organise « en escargot » assurant l'enchaînement logique des procédés industriels de fabrication des pièces. Un ensemble de services gravite autour du bâtiment central. Ces satellites (administration, équipements collectifs, laboratoire anti-fraude de la monnaie européenne…) sont reliés au site de fabrication par des passerelles suspendues à environ 7 mètres du sol ou par des coursives. L’architecture de l’usine est donc rationnelle, utilitaire mais également défensive. Cette fonction est visuellement assumée par la présence de crénelages en béton. Les murs d’enceinte du site, à claire-voie mais infranchissables, sont vidéo-surveillés et protégés par des technologies de détection d'intrusion. Tous ces signaux visuels sur le site sont autant de traits d’union entre passé et présent, douze siècles de mission régalienne et de technologie de pointe.

Cette usine dispose aujourd’hui des trois certifications Qualité Sécurité Environnement (QSE), témoin de son engagement pour la préservation de son patrimoine matériel ainsi que pour la sécurité et les bonnes conditions de travail de ses collaborateurs.

2007: La naissance du projet MétaLmorphoses

Façade de la Monnaie de Paris, Quai de Conti

Devenant au 1er janvier 2007 un établissement public industriel et commercial (EPIC), la Monnaie de Paris fonctionne désormais comme une véritable entreprise indépendante.

A Pessac, la Monnaie de Paris conserve sa mission régalienne de fabrication de la monnaie courante.

A Paris, elle assure l’édition de monnaies de collection en métaux précieux, de médailles, de décorations officielles et d’objets d’art.

Reconnue pour son savoir-faire, son patrimoine historique et sa compétence artistique, la Monnaie de Paris fête en 2014 ses 1150 ans de contemporanéité.

Le projet MétaLmorphoses va lui permettre d’optimiser son fonctionnement et de s’ouvrir au public avec la création de rues piétonnes, d’un jardin de plus de 1000m², ainsi que d’expositions temporaires et permanentes, lieux d’expériences uniques autour des métiers du métal. Le restaurant 3 étoiles de Guy Savoy y prendra également place.

Elle ouvrira ses portes au public à l’automne 2014.

Modélisation 3D de la Monnaie de Paris par Dassault Systèmes
Remerciements : tous les supports
Il peut arriver que l'histoire présentée ait été créée par un tiers indépendant et qu'elle ne reflète pas toujours la ligne directrice des institutions, répertoriées ci-dessous, qui ont fourni le contenu.
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