December 2015

Les opéras de W.A. Mozart au Théâtre des Champs-Elysées 

Théâtre des Champs-Elysées

Des débuts mythiques
L’œuvre de Mozart, dans toute la diversité de sa production, trouva de tout temps un écrin idéal avenue Montaigne pour s’épanouir. Ses concertos, et pas seulement ceux pour piano, furent très souvent au programme des grands orchestres français et étrangers, de même que les symphonies – et pas seulement les trois dernières –, ainsi que ses plus beaux airs de concerts. Concernant le domaine de l’opéra, le Théâtre des frères Perret fut le témoin de quelques-unes des plus belles réussites scéniques avec des distributions de très haut niveau ou de jeunes artistes promis à un bel avenir. Feuilletons quelques souvenirs...

L'OPÉRA DE VIENNE

L’opéra de Vienne ouvrit le bal en mai 1924 avec ces «représentations officielles» sous la direction de Franz Shalk pour une série de représentations de Don Giovanni, des Noces de Figaro et de L’Enlèvement au sérail «dans la version originale de l’Opéra de Vienne», c’est à dire que ces trois ouvrages furent donnés en langue allemande. Walther Straram, au pupitre de son Orchestre, poursuivit ce cycle du 5 au 24 juin en présentant à son tour Don Giovanni, Così fan tutte et Les Noces de Figaro... avec à la fois en comtesse et Elvire une certaine Ganna Walska, toute nouvelle propriétaire du Théâtre qu’elle venait de recevoir comme cadeau de mariage...

BRUNO WALTER

En 1928, Bruno Walter, avec le concours du metteur en scène Fiormin Gémier, dirige un cycle Mozart resté historique avec notamment la présence des chanteurs Mariano Stabile, Gabrielle Ritter Ciampi et Lotte Schoene. Cette fois-ci, Don Giovanni, Così fan tutte et La Flûte enchantée furent donnés dans leur langue originale, tandis que Les Noces et L’Enlèvement, ouvrages à la fois plus populaires et où le «parlé» compte tant, furent présentés eux en français.

LOTTE SCHOENE : UNE "BELLE" PERSONNALITÉ

Immense mozartienne, la cantatrice viennoise Lotte Schoene fut l’une des plus admirées de l’entre-deux guerres. Elle avait été le Chérubin de Franz Schalk et de l’Opéra de Vienne lors de leur venue en 1924. Quatre ans plus tard, elle revient cette fois-ci avec Bruno Walter qui lui offrira sa première Pamina. Après cette série grandiose, Paris allait la revoir à de nombreuses reprises pour des concerts. L’Orchestre Pasdeloup comme celui de Walther Straram feront appel à elle pour bien sûr des airs de Mozart mais également Schubert et surtout Le Chant de la Terre de Mahler. Les saisons suivantes, on la retrouve pour Debussy, des lieder de Schubert, Liszt, Wolf et des mélodies de Strauss. La guerre fut une douloureuse épreuve pour elle et ses proches. Elle reviendra au Théâtre le 17 décembre 1945 avec Charles Munch pour offrir une dernière fois au public parisien des extraits de son art en Suzanne et Pamina.

L'APRÈS-GUERRE

Les venues dans les années d’après-guerre de l’Opéra de Vienne furent les meilleures ambassadrices des ouvrages mozartiens. Au printemps 1947, Joseph Krips dirigea plusieurs représentations de Don Giovanni et de Così fan tutte (tout deux en langue allemande selon la tradition viennoise de l’époque). Deux ans plus tard, la Staatsoper retrouva les rives de la Seine. Krips dirigea L’Enlèvement au sérail et Karl Böhm assura les représentations des Noces de Figaro avec une distribution de rêve : la jeune Elizabeth Schwarzkopf incarnait Suzanne, Maria Reining, la comtesse, et Sena Jurinac, Chérubin. En 1951, eut lieu une nouvelle tournée avec une nouvelle fois Les Noces complétées cette fois-ci du Fidelio de Beethoven.

L'âge d'or de la trilogie Mozart-Da Ponte
Les Noces de Figaro, Così fan tutte et Don Giovanni : trois titres écrits en commun par Mozart et le librettiste Lorenzo Da Ponte portés au Panthéon du catalogue lyrique du compositeur et parmi les ouvrages les plus joués au monde… Et le Théâtre de l’avenue Montaigne fut le lieu de quelques-unes des plus belles productions de ces dernières décennies. Au début des années 1980, le duo Daniel Barenboïm - Jean-Pierre Ponnelle signe une trilogie désormais mythique où se côtoient les plus grands interprètes mozartiens du moment. Dix ans plus tard, l’iconoclaste Jean-Claude Malgoire en complicité avec Pierre Constant proposent à leur tour une Trilogie où s’épanouissent cette fois-ci la fine fleur du chant français. Les années 2000 verront se succéder les trois ouvrages de la trilogie mais cette fois-ci de façon indépendante. René Jacobs et Jean-Louis Martinoty feront dans un premier temps équipe, puis Jean-Christophe Spinosi et Eric Genovèse avant le duo plus récent de Jérémie Rhorer et Stéphane Braunschweig.

LA TRILOGIE BARENBOÏM - PONNELLE

Daniel Barenboïm est nommé directeur musical de l’Orchestre de Paris en 1975 où il déploie avec talent et fougue un souffle nouveau. L’Orchestre avait donné son concert inaugural en 1967 au Théâtre des Champs-Elysées mais il est désormais installé à la Salle Pleyel. Immense symphoniste, Barenboïm n’en est pas moins un amoureux du répertoire lyrique et tout particulièrement de Mozart. Au début des années 80, il décide de lui consacrer un cycle sur trois ans. La Trilogie Da Ponte s’impose dans ce projet de même que le nom du metteur en scène Jean-Pierre Ponnelle. Ainsi ils présentèrent successivement au Théâtre des Champs-Elysées, Don Giovanni, Così fan Tutte et Les Noces de Figaro, avec des distributions où se côtoyaient les grands noms mozartiens du moment tels José van Dam ou Julia Varady mais également une jeune génération représentée par exemple par Ferruccio Furlanetto ou Karita Mattilla.

LA TRILOGIE MALGOIRE - CONSTANT

En 1996, le Théâtre affiche une nouvelle Trilogie Mozart-Da Ponte montée à l’Atelier Lyrique de Tourcoing par Jean-Claude Malgoire et Pierre Constant. Ces représentations parisiennes sont une étape importante dans notre histoire mozartienne car, outre leur qualité, elles révélaient toute une génération d’interprètes français comme Nicolas Rivencq, Danielle Borst, Sophie Marin-Degor ou encore Véronique Gens.Cette trilogie sera reprise au printemps 2010.

LES NOCES DE FIGARO

Dans les années 2000, les trois ouvrages de la Trilogie seront repris un à un sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, dans des mises scènes couronnées de succès. En octobre 2001, Les Noces de Figaro, signées du duo René Jacobs / Jean-Louis Martinoty, triomphent. Ce spectacle, récompensé par le Syndicat de la critique, gravé au disque et donnant lieu à un DVD, sera repris à plusieurs reprises au cours de la décennie, permettant ainsi d’entendre notamment les comtesses de Véronique Gens, Annette Dasch et Veronica Cangemi, les Suzanne de Patrizia Ciofi et Rosemary Joshua et les Cherubin d’Anna Bonitatibus et d’Angelika Kirchschlager pour n’évoquer que les dames.

COSÌ FAN TUTTE

Un premier Così signé de l’homme de théâtre chinois Chen Shi-Zheng, et présenté également au Festival d’Aix l’été précédent, inaugurait le parcours mozartien de René Jacobs dès l’automne 2000. Le baryton italien Pietro Spagnoli y tenait déjà le rôle de Don Alfonso, rôle qu’il interpréta également lors d’un nouveau Così fan tutte créé au Théâtre en 2008 (direction Jean-Christophe Spinosi), puis repris en 2010 (direction Jérémie Rhorer) et cette fois-ci confié au metteur en scène Eric Génovèse, sociétaire de la Comédie Française. Grand rossinien, Pietro Spagnoli fut un fidèle mozartien du Théâtre, puisque outre ses apparitions en Don Alfonso, il fut à plusieurs reprises le Comte des Noces de la production de Jean-Louis Martinoty.

DON GIOVANNI

Don Giovanni, l’un des opéras de Mozart les plus joués de nos jours, n’a bénéficié jusqu’à l’arrivée de Rolf Liebermann à la tête de l’Opéra de Paris que de très rares représentations parisiennes. Au Théâtre, il y eut celles d’avant-guerre avec Bruno Walter, puis celles présentées par l’Opéra de Cologne au début des années 50...

Au début des années 2000, deux productions ont été créées au Théâtre : celle imaginée par André Engel en 2006 et celle de Stéphane Braunschweig en 2013 qui clôturait le cycle Mozart confiée à Jérémie Rhorer sur plusieurs saisons.

Des ouvrages plus rares avenue Montaigne
Des ouvrages plus rares de la production lyrique de Mozart firent leur apparition au cours du dernier quart du siècle, souvent à l’initiative de la génération des « baroqueux ». La Flûte enchantée, peu présente dans l’histoire du Théâtre, y apparut grâce à Daniel Barenboïm et son cycle Mozart des années 80. Trente ans plus tard, elle réapparut de façon poétique grâce au talent du sud-africain William Kentridge. Idomeneo, bien que défendu dès 1933 par Paul Sacher, ne doit véritablement son épanouissement qu’à l’attention que lui portèrent Jérémie Rhorer et Stéphane Braunschweig tout récemment. La Clémence de Titus en 2014 et le encore plus rare Mithridate de février 2016, deux ouvrages seria du corpus mozartien, connurent une véritable résurrection grâce à l’attention que lui portèrent deux sociétaires de la Comédie-Française, Denis Podalydès et Clément Hervieu-Léger.

LA FLÛTE ENCHANTÉE

Les fêtes de fin d’années 2010 voient présenter à Paris le travail du metteur en scène et vidéaste sud-africain William Kentridge à l’occasion d’une Flûte enchantée onirique. Homme de théâtre mais également cinéaste, photographe et plasticien, il transpose la magie du plus populaire des opéras de Mozart dans un monde où images et films d’animation s’offrent en écho aux voix des chanteurs. L’éternel affrontement de la lumière et des ténèbres illustré au plus près par un véritable enchantement en noir et blanc… Jean-Christophe Spinosi y met de son côté toute la fougue habituelle pour servir avec brio cette fable initiatique.

IDOMENEO

Idomeneo est un ouvrage rare sur les scènes parisiennes et ne fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris qu’en 1987. En octobre 1933, Paul Sacher (à la fois chef d’orchestre et grand mécène de la musique du XXe siècle) le dirigea au Théâtre à la tête du Kammerchor de Bâle. Strauss en avait bien réalisé un version révisée à la fin des années 20 mais ce fut pour le public parisien une véritable découverte. Près de 80 ans plus tard, le duo Jérémie Rhorer et Stéphane Braunschweig lui offrait les honneurs de la scène. Premier grand ouvrage de la maturité du compositeur, il retrouvait alors sa juste place parmi les œuvres majeures du musicien.

LA CLÉMENCE DE TITUS

A l’automne 2014, Denis Podalydès à la mise en scène et Eric Ruf à la scénographie (tous deux appartenant à la Comédie-Française) proposent leur vision de La Clémence de Titus, l’un des ouvrages mal-aimés de Mozart et qui ne connut que tardivement sa reconnaissance. Composée en même temps que l’initiatique Flûte et peu de temps avant le Requiem, La Clémence offre un poignant témoignage du sens de l’expressivité tant dramatique que musicale du compositeur. Avec cette Clémence, Jérémie Rhorer poursuivait brillamment son cycle Mozart initié cinq saisons plus tôt.

MITHRIDATE

La nouvelle production de Mithridate de février 2016, là encore un ouvrage rarement représenté à Paris et à notre connaissance jamais donné au Théâtre des Champs-Elysées, clôt provisoirement notre histoire mozartienne avenue Montaigne. Page de jeunesse, ici défendue par Emmanuelle Haïm à la tête de son Concert d'Astrée et Clément Hervieu-Léger pour la mise en scène, Mithridate contient déjà en germe l’œuvre de la maturité de son auteur tant sur le plan musical que sur celui du théâtre... Un duo de théâtre et de musique qui n’a cessé d’inspirer musiciens, chanteurs et dramaturges tout au long du de l’histoire du Théâtre des Champs-Elysées.
Avec Michael Spyres, Patricia Petibon, Myrtò Papatanasiu, Christophe Dumaux, Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Jaël Azzaretti.
5 représentations du 11 au 20 février 2016

Credits: Story

Découvrez la saison du Théâtre des Champs-Élysées: www.theatrechampselysees.fr

Visitez le site des archives

Théâtre des Champs-Elysées
15 avenue Montaigne, Paris 8e, France
Service Editions-Mutimédia
Novembre 2015

Toute utilisation des images présentées dans cette exposition est interdite.

Credits: All media
The story featured may in some cases have been created by an independent third party and may not always represent the views of the institutions, listed below, who have supplied the content.
Translate with Google
Home
Explore
Nearby
Profile