Comment réaliser une exposition consacrée à la magie

Découvrez les coulisses de l'exposition Harry Potter: Une histoire de la magie

Conception : Google Arts & Culture

‘You will have a lot of trouble’, in How to Read the Future with Tea Leaves, translated from the Chinese by Mandra 2nd edn. (1925)Source d'origine : 8633.eee.31.

L'ensorcelante exposition Harry Potter: Une histoire de la magie à la British Library nous a donné envie de partir à la découverte de l'univers fantastique de ces romans. Organisée pour fêter le 20e anniversaire du premier tome des aventures imaginées par J. K. Rowling, elle nous a aussi fait voyager dans le temps pour nous faire revivre l'époque où naissaient la magie et les mythes.

L'espace se divisait en pièces reprenant les disciplines enseignées à Poudlard, comme les Potions, La Divination, et la Défense contre les Forces du Mal, qui faisaient écho aux récits partagés par la British Library sur notre plate-forme à l'occasion d'une série d'expositions en ligne plus fascinantes les unes que les autres.

Sloane ScrollThe British Library

Outre des manuscrits et dessins originaux de J. K. Rowling et Jim Kay présentés pour la première fois au public, le lieu a permis aux visiteurs de découvrir des livres rares, des manuscrits ainsi que des objets magiques de la collection de la British Library illustrant diverses traditions de folklore et d'arts occultes. Entre le Ripley Scroll, un rouleau manuscrit du XVIe siècle détaillant la fabrication de la pierre philosophale, et un globe céleste dévoilant le ciel nocturne à l'aide de la réalité augmentée, tout un monde d'enchantement s'est ouvert à eux.

Pour en savoir plus sur l'organisation d'une exposition portant sur un sujet aussi vaste et mystérieux, nous nous sommes entretenus avec son directeur, Julian Harrison, qui nous a parlé de l'ambition du projet et des difficultés qu'il a dû surmonter.

Exhibitions staff unrolling The Ripley ScrollThe British Library

En dehors du 20e anniversaire de la publication de Harry Potter, pourquoi cette exposition est-elle importante?

Le grand public a toujours été très intéressé par l'histoire de la magie et le monde qui l'entoure. C'est ce que nous avons découvert en préparant cette exposition et la réaction des visiteurs n'a fait que le confirmer: la fascination pour les phénomènes inexpliqués est universelle.

Toute exposition doit choisir un thème central susceptible d'intriguer et d'attirer le public. C'est ce que nous avons essayé de faire en regroupant l'histoire, les traditions et la mythologie associées à la magie.

A phoenix, in Guy de la Garde, L’Histoire et description du Phoenix (1550)Source d'origine : G.10992.

Pourquoi la British Library offrait-elle un cadre idéal à cette exposition?

Nous sommes l'une des plus grandes bibliothèques au mode et possédons près de 20 millions de pièces dans notre collection. Ces pièces sont d'une variété extraordinaire, provenant des îles britanniques, mais aussi du monde entier, ce qui est parfait pour ce type d'exposition.

Nous avons pris un grand plaisir à redécouvrir nos pièces d'Asie et d'Afrique à l'occasion de cette exposition, car c'est parmi elles que nous avons trouvé des guides pratiques de magie provenant d'Éthiopie, des os d'oracle chinois et bien d'autres objets correspondant à notre thème.

Comment fait-on pour réaliser une exposition consacrée à la magie? Par quoi avez-vous commencé?

La préparation de cette exposition a demandé environ un an. Il a fallu sélectionner les pièces à présenter très rapidement, tout en travaillant sur la mise en scène de l'exposition et sur son catalogue.

Nous avons eu beaucoup de chance, car l'idée nous est venue très tôt de reprendre les différentes disciplines enseignées à Poudlard. Prenons l'astronomie, par exemple: nous avons examiné les différents types d'objets en notre possession afin de suggérer les pièces les plus intéressantes. L'une d'entre elles était un magnifique globe céleste, par exemple, une autre un carnet de Léonard de Vinci. Il fallait ensuite trouver des éléments qui fonctionnaient ensemble pour construire un récit autour de l'histoire de l'astronomie. Des pièces comme le plus ancien atlas du ciel nocturne, dans notre collection chinoise, nous ont servi de base pour tisser cette trame narrative.

Curators looking at the Celestial GlobeThe British Library

Une telle exposition se prépare-t-elle selon des étapes prévisibles?

Tout dépend du projet. Ma philosophie, lorsque je prépare une exposition, est de m'efforcer de sélectionner des pièces qui soient à la fois attractives et pédagogiques. C'est aussi important pour les personnes qui se présentent à l'exposition que pour celles qui la découvrent en ligne. Et il est essentiel d'assurer un lien entre chaque pièce présentée.

Comment avez-vous fait le lien entre les pièces liées à Harry Potter et les artefacts historiques plus anciens?

Sélectionner des dessins de J. K. Rowling ou des croquis qu'elle avait réalisés pour ses livres afin de les intégrer dans le récit général de l'exposition a constitué un exercice très intéressant. Parmi les pièces de nos collections, nous n'avons retenu que celles qui avaient un lien avec les romans. Par exemple, le récit de la culture de la mandragore figure dans la section Botanique de notre exposition. Nous nous sommes efforcés de placer des exemples historiques des thèmes utilisés par J. K. Rowling à proximité de leur évocation dans ses romans.

Sketch of Hogwarts by J.K. RowlingThe British Library

Pouvez-vous nous parler de l'atmosphère que vous avez cherché à créer dans cet espace?

Nous avons collaboré de très près avec l'agence Easy Tiger pour que chaque section ait sa propre atmosphère. Cette exposition est conçue pour faire le lien entre les différents thèmes au fil du parcours du visiteur, alors ces thèmes sont présents dans chaque pièce.

Dans la section dédiée aux Potions, l'éclairage évoque les chaudrons des sorcières. La salle Astronomie est circulaire, surmontée d'un ciel nocturne et de télescopes accrochés au plafond. La section Créatures magiques comporte un mur où ces créatures défilent en permanence devant les visiteurs.

John Evelyn, Hortus Hyemalis or collection of plant specimens (1645)Source d'origine : Add MS 78334

Quelles difficultés avez-vous dû surmonter?

Il fallait s'assurer que l'exposition serait adaptée à tous les types de visiteurs. La proportion de familles était bien plus élevée que d'habitude, ce dont nous étions très fiers.

Nous avons également dû déplacer certaines pièces, lorsqu'elles ne fonctionnaient pas bien entre elles. Et il n'a pas été simple de trouver une manière adéquate de présenter le Manuscrit de Ripley, qui fait six mètres de long, sans gêner la circulation des visiteurs! Enfin il nous a fallu mettre au point un système pour que le globe céleste soit visible dans toute sa magnificence.

Avez-vous dû renoncer à des pièces qui n'étaient pas adaptées à l'exposition?

Lorsque nous réfléchissions aux thèmes à aborder, il a été question de traiter l'histoire de la magie, mais les romans de J. K. Rowling l'abordent plutôt comme un récit de révoltes des gobelins et d'événements de ce genre.

Inévitablement, nous avons réuni plus de pièces que nous ne pouvions en présenter, ce qui est toujours frustrant. Nos décisions ont été prises après l'analyse minutieuse de plusieurs manuscrits médiévaux afin d'identifier ceux qui nous permettaient de raconter une histoire de la façon la plus convaincante possible.

Visitors looking at Audubon's Birds of AmericaThe British Library

A-t-il été difficile de rester fidèle à l'esprit de ces romans au succès international?

Les fans de Harry Potter sont effectivement très exigeants! Je tenais absolument à rester fidèle aux romans et à créer une exposition appréciée de tous, pas seulement des inconditionnels.

Au final, la réaction du public a été extraordinaire. Nous avons satisfait un très grand nombre de visiteurs, à notre grande surprise. Mais ce n'est pas si étonnant, avec tout le temps et l'énergie que nous avons consacrés à ce projet.

Quelle a été la plus belle réaction à votre exposition?

À la fin du parcours, il y a un mur où nous invitons les visiteurs à réagir à l'exposition. Ce sont des commentaires laissés par des enfants, des adultes et des visiteurs du monde entier, et je les lis toujours avec avidité. Certains laissent un dessin, d'autres évoquent les pièces qu'ils ont préférées. Beaucoup de gens me remercient de leur avoir fait découvrir un objet qui les a fascinés, ce qui veut dire que nous avons bien fait notre travail.

A crystal ball and stand (19th-20th century)Source d'origine : The Museum of Witchcraft and Magic, Boscastle, 863 and 864

Avez-vous appris des choses intéressantes sur la magie en préparant cette exposition?

Ce projet nous a rappelé à quel point les générations passées étaient proches de la nature, ce qui n'est plus le cas de nos jours. On savait jadis identifier les propriétés des plantes et les associer entre elles, que ce soit pour se protéger ou guérir d'une maladie. Aujourd'hui, c'est bien différent, puisque notre premier réflexe est de consulter un médecin ou d'aller dans une pharmacie.

Qu'est-ce que cette exposition vous a apporté sur le plan professionnel?

C'est ma troisième grande exposition. J'en ai réalisé une sur la Magna Carta et une sur Shakespeare, avant celle-ci. Elles m'ont toutes beaucoup appris, mais celle-ci a été une véritable révélation en raison de son sujet et de la créativité dont il a fallu faire preuve pour l'aborder. La réaction du public a également été très importante et nous incitera à faire preuve de plus d'audace dans nos décisions futures.

Crédits : tous les supports
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