Japan

François Xavier au Japon  Les sources principales concernant les voyages de François Xavier sont des lettres qu’il envoyait aux jésuites restés en Europe. Dans le cadre d’un exposé sur la découverte et la description du monde en Asie, je me suis intéressé sur quelques passages de descriptions du peuple japonais par Xavier. En voici une partie .Le 7 avril 1541, François Xavier, un missionnaire jésuite, quitte Lisbonne à destination de l’Inde. C’était un jeune Navarrais qui avait été élevé à Paris où il avait subit l’influence de Ignace de Loyola. Il se rendait en Inde à la fois comme Nonce Apostolique (1) et comme Inspecteur royal des missions. C’est à Goa que son périple asiatique commence, le 6 mai 1542. Sept mois plus tard, il se rend sur la côte des Paravers, au sud de l’Inde et il sillonne la région durant deux ans. Après un retour à Goa, il s’embarque pour Malabar, sur la côte sud-ouest de la péninsule indienne. Le maigre succès de son travail le pousse cependant à poursuivre son action dans un champ plus vaste. Il part pour l’Asie orientale et débarque à Malacca en septembre 1545. Le premier janvier 1546, commence pour François Xavier une longue croisière dans la mer des pirates. Il arrive d’abord à Amboine et y reste jusqu’à la mi-juin.Il reprend ensuite à nouveau la mer avec la volonté de se rendre dans toutes les îles de cette constellation marine. Il s’arrête ici ou là, au gré des capitaines des bateaux et selon l’humeur des vents. Il retourne ensuite à Malacca et y fait une rencontre capitale pour la suite de sa mission. Il fait la connaissance d’un Japonais nommé Anjirô ainsi que de son serviteur. Il s’agissait d’un noble, peut-être un samouraï, de la province de Satsuma, au sud du Japon, où les Portugais avaient débarqués une première fois. Anjirô avait du fuir son pays car il était recherché par la justice à cause de crimes qu’il avait commis. Il avait entendu parler de Xavier et cherchait un nouveau père spirituel. François Xavier l’interroge au sujet de l’état spirituel de son pays et il est vite persuadé que le message du Christ y serait reçu avec toutes les bonnes dispositions. Il retourne donc à Goa avec Anjirô et le fait entrer au collège Saint-Paul afin qu’il étudie la théologie et devienne son disciple.Durant quinze mois, François navigue entre Goa et les différents postes des Indes, ce n’est qu’après qu’il se lancera dans une nouvelle expédition vers le pays du soleil levant. Le projet de François Xavier était clair ; il voulait se rendre le plus rapidement possible auprès de celui qu’il pensait être le roi absolu et omnipotent du pays.« J’ai demandé à Anjirô si les Japonais se feraient chrétiens si je revenais avec lui dans son pays. Il me répondit que non… Mais si je satisfaisais à leurs questions et si je me conduisais de telle manière qu’ils ne trouvent rien à blâmer dans ma conduite, alors, après m’avoir connu pendant six mois, le roi, la noblesse et tous les gens de distinction se feraient chrétiens, car les Japonais, disait-il, sont entièrement guidés par la loi de la raison. » (2)Comme on peut le voir, François Xavier voyait les Japonais comme un peuple très sage. Il savait qu’il devrait surveiller ses paroles et sa conduite de très près s’il voulait paraître crédible chez ces gens. Il était convaincu que tout se déroulerait assez vite et qu’il obtiendrait assez rapidement des succès à grande échelle. Avant de partir, il ne se base quasiment que sur le témoignage d’Anjirô et sur celui de Jorge Alvares, un portugais qui s’était déjà rendu au Japon et qui avait fait une description du peuple et du pays.« En arrivant, nous irons droit à la cour nous présenter au roi et lui faire connaître les ordres dont nous sommes chargés de la part du Roi des rois. Nous allons pleins de confiance en Dieu, espérant, sous sa conduite, triompher de ses ennemis. Nous ne redoutons point la lutte avec les lettrés japonais : quelle science peut avoir celui qui ne connaît pas Dieu et Jésus-Christ son Fils? et que peut avoir à redouter celui qui n’a d’autre ambition que la gloire de Dieu, d’autre désir que de sauver les âmes en prêchant l’Evangile? Il est vrai que nous allons nous trouver au milieu des barbares, dans l’empire du démon; mais que peuvent contre nous la rage des puissances infernales et la barbarie des hommes? » (3)On voit à nouveau que François Xavier n’a peur de rien, il veut donner une image d’assurance totale à ses destinataires. La supériorité du christianisme ne fait pas de doute pour lui. Il remet totalement en cause l’érudition des Japonais. Pour lui, des non-croyants ne pourront soutenir de débat avec lui. Il utilise les termes ennemis, barbares, empire du démon. Il donne à sa mission des allures de croisades et déprécie au maximum les gens qu’il va aller évangéliser.C’est en compagnie d’Anjirô et de six autres personnes qu’il part pour le Japon le 15 avril 1549. Il arrive le 15 août à Kagoshima, la capitale du daimyo de Satsuma, où il est reçu très courtoisement par ce haut dignitaire, qui souhaitait cimenter au plus vite ses relations avec les commerçants portugais, et par les parents d’Anjirô. Il ne rencontre aucune opposition à la campagne d’évangélisation qu’il entreprend avec ses compagnons dans cette province.Anjirô est capable de se mettre directement à évangéliser à Kagoshima alors que les autres missionnaires sont handicapés par leur manque de connaissance de la langue. Le Japon n’avait pas encore de vocabulaire chrétien et Anjirô tente d’exprimer les idées du christianisme avec des termes emprunté à une secte Shingon dont il avait lui-même fait partie. Ses traductions étaient souvent erronées, tant au niveau littéral qu’à celui du point de vue des doctrines. Xavier copie les textes d’Anjirô en romaji et en lit des fragments en public. Sa mauvaise prononciation provoque souvent les rires de la foule. Le nombre de convertis croît cependant, le travail des missionnaires n’est pas vain.« De tous les peuples barbares que j’ai vus, nul ne peut être comparé à celui-ci pour la bonté de sa nature. Il est d’une probité parfaite, franc, loyal, ingénieux , avide d’honneurs et de dignités. L’honneur est pour lui le premier de tous les biens. Il est pauvre, mais chez lui la pauvreté n’est pas méprisée. La noblesse pauvre n’est pas moins considérée que si elle était riche, et jamais l’indigence ne déterminerait un gentilhomme à se mésallier pour relever son nom par le secours d’une opulence plébéienne : il croirait s’avilir. Les Japonais sont obligeants. Ils ont un goût excessif pour les armes, qu’ils considèrent comme une sauvegarde indispensable. Tout le monde est armé, les petits comme les grands : tous portent à la ceinture un poignard et une épée, même les enfants de quatorze ans, et ils ne comprennent pas qu’on supporte une parole offensante. » (4)On constate que François Xavier modère et affine un peu ses propos. Si le peuple reste barbare, il lui reconnait une foule de qualités. Il insiste sur le fait que la pauvreté ne soit pas déconsidérée, que ce soit dans la noblesse ou non, chose qui doit faire plaisir à un jésuite qui a justement fait voùu de pauvreté. Il profite aussi de cet aspect pour faire une critique de la société occidentale où l’argent est indissociable d’une noblesse respectée. Il met aussi en avant l’honneur qui est une chose fondamentale pour les Japonais. C’est une notion qu’ils placent au-dessus de tout et ils n’hésitent pas à se servir de leurs armes pour le défendre.Il revient encore sur l’honneur un peu plus loin :« Les plébéiens respectent la noblesse autant que celle-ci respecte les rois et les princes, et tient à honneur de les servir et de leur obéir. Cette soumission tient uniquement au respect; ils croiraient se dégrader en obéissant par crainte. » (5)Ces observations ont du le confronter dans sa stratégie de conversion du peuple entier en commençant par les nobles et l’empereur.François Xavier reconnait encore d’autres qualités chez les Japonais :« Le Japonais mange peu et boit beaucoup. Sa boisson est une liqueur produite par le riz fermenté, car la vigne est inconnue ici. Ils regardent comme infâmes toutes sortes de jeux surtout ceux de hasard, parce que le joueur, disent-ils, convoite le bien d’autrui. S’ils jurent, ce qui est rare, c’est par le soleil. Presque tous savent lire, ce qui nous sera d’un grand secours pour leur faire apprendre les prières et les principaux points de la doctrine chrétienne. »« Ils écoutent avidement tout ce que nous leur disons de Dieu et de la religion. Les Japonais n’adorent point de figures d’animaux; ils rendent les honneurs divins à d’anciens personnages dont la vie, autant que j’ai cru le comprendre, ressemblait à celle de nos anciens philosophes. Quelques-uns adorent le soleil, d’autres la lune. Tous entendent parler, avec plaisir, de ce qui se rapporte à l’histoire naturelle et à la philosophie morale. Bien que coupable de plusieurs crimes, ils se condamnent dès qu’on leur en découvre l’énormité à la seule lumière de la raison. » (6)Il nous montre un peuple qui ne connaît pas les vices et les excès que Xavier ne peut supporter chez les occidentaux. Surtout le jeu, qu’il a abondamment tenté de combattre en Inde. Le fait qu’il pense que presque tous les Japonais savent lire, l’émerveille plus dans le sens d’une plus grande perméabilité potentielle à l’vangile que dans la reconnaissance d’un système éducatif qui a l’air plutôt sophistiqué.Il nous montre des gens qui sont mus par des principes comme l’honneur, le respect et la raison, des gens ouverts à beaucoup de choses. Il tente aussi, sans grande conviction, un rapprochement entre certains de leurs célébrités anciennes et des philosophes de l’Antiquité.Dans la citation suivante, François Xavier poursuit sa description élogieuse et il se félicite de l’absence de tentations qu’offre le mode de vie japonais :« Je regarde comme un bienfait signalé de la Providence de nous avoir amenés dans un pays où nous serons à l’abri des plaisirs de la table, et où la tentation même ne pourra nous atteindre. Le Japonais ignore l’usage de la viande, même celui de la volaille; il ne vit que d’herbages, de riz, de blé, de poissons et de fruit dont il fait ses délices : aussi ne connaît-il aucune des maladies résultant de l’intempérance; il jouit d’une excellente constitution » (7)Malgré toutes les bonnes dispositions des Japonais que Xavier veut monter, les choses ne se déroulent pas de la manière idyllique qu’il souhaitait. Les missionnaires se heurtent assez rapidement au clergé bouddhiste qui n’était pas effrayé par les discussions théologiques. La manière dont Xavier condamne les coutumes nationales suscite le mécontentement de la population. Le daimyo de Satsuma publie un décret interdisant toute nouvelle conversion sous peine de mort. Se voyant dans une impasse, François Xavier n’oublie pas l’un de ses premiers objectifs et il décide de se rendre dans la capitale, Miyako , pour convertir l’empereur lui-même. Le daimyo lui donne son autorisation et lui met un bateau à disposition.Xavier débarque à Hirado où il est plutôt bien accueilli par des Portugais et le daimyo de l’endroit. Il recommence à prêcher et des dizaines de personnes se convertissent.Au mois d’octobre 1550, il se dirige vers Miyako qui était déjà l’une des plus belles villes d’Asie. François Xavier y vit l’une de ses plus cruelles désillusions. L’empereur se révèle être une figure sans grande puissance, une sorte de roi de théâtre qui ne sort de son palais que pour des cérémonies officielles. La tenue très pauvre de François lui vaut d’être vigoureusement refoulé. Tous ses projets de conversions tombent à l’eau. Même s’il est l’un des premiers européens à voyager aussi loin au Japon, il ne peut que rebrousser chemin. En mars 1551, il arrive à Yamaguchi . François, qui a compris à ses dépens qu’au Japon, un daimyo est plus puissant en fait que l’Empereur, se décide à frapper un grand coup. Il se présente au daimyo de Yamaguchi, non plus en pauvre itinérant, mais en grand costume d’ambassadeur du Pape et les bras chargés de cadeaux : une horloge, deux paires de lunettes, un mousquet à trois canons et un tonnelet de vin de porto. Le daimyo, impressionné, donne aux missionnaires toute autorisation de prêcher leur doctrine ; il met même à leur disposition, pour se loger et recevoir, un monastère bouddhiste. Xavier reste à cet endroit jusqu’en septembre et réussi à convertir plusieurs centaines de personnes. Il quitte finalement le Japon et retourne à Goa.La mauvaise connaissance des religions asiatiques faisait voir Bouddha à Xavier comme le diable. Peu décontenancé par son revers cuisant, il écrivit à Ignace de Loyola que les populations japonaises étaient prêtes à recevoir l’Evangile si plus de monde venaient les convertir.Durant son séjour au Japon, François Xavier avait souvent entendu dire que les sacrificateurs des idoles, quand ils étaient trop vivement pressés aux disputes, avaient recours à l’autorité des Chinois. Ils pensaient aussi que si la religion des chrétiens était la vraie, les Chinois doués de tant de sagesse l’auraient reçue. C’est ce qui a fait croire à Xavier qu’il fallait aussitôt faire un voyage jusque-là, afin de vaincre la superstition des Chinois et d’ainsi faire pénétrer plus facilement l’évangile au Japon.La Chine était cependant fermée à tous les étrangers qui n’étaient pas ambassadeurs. François Xavier se rend donc à Goa et demande au vice-roi d’Inde, Alphonse Noronia, de lui solliciter une ambassade en Chine. Le 14 avril 1552, il part de Goa vers Malacca à bord du Santa Cruz, le navire de l’ambassadeur Diégo Pereira.Le gouverneur, Alvaro de Ataide de Gama, peu convaincu du bien-fondé de cette expédition, lui met des bÂtons dans les roues. Il s’oppose au départ du Santa Cruz tant que Pereira ne démissionne pas de son poste d’ambassadeur et que l’équipage du navire n’est pas remplacé par des hommes qu’il a choisis. Il exige aussi que les présents préparés pour les hauts dignitaires chinois soient déchargés à quaiFrançois Xavier doit se plier à ces exigences et le projet d’ambassade est ruiné. Il parvient cependant à se rendre jusqu’aux frontières de la Chine, sur l’île déserte de Sancian . Il songe là à trouver un passeur afin d’entrer clandestinement en Chine mais ne trouve finalement personne. Il fait alors d’autres plans, voulant demander l’aide du roi du Siam ou prévoyant même de passer par l’Inde. Il ne peut mener ses projets à bien car il meurt le 3 décembre 1552 à l’âge de 46 ans.L’importance de Xavier ne se situe pas tellement dans son apostolat même, mais plutôt dans le fait qu’il était un pionnier qui a exploré de nouveaux territoires et préparé le terrain pour d’autres membres de sa religion. En comprenant la structure féodale de la société japonaise, il espérait convertir toute la nation en mettant de son côté les dirigeants, tant politiques qu’intellectuels, en premier. Contrecarré dans sa tentative d’entrer en contact avec l’empereur et constatant qu’il ne possédait pas de réels pouvoirs, il a décidé de se tourner vers les daimyos, en dessous dans la hiérarchie officielle, mais détenteurs d’une grande et puissante influence sur leurs sujets. Cette politique a été suivie par ses successeurs.Le grand respect qu’imposait la culture japonaise à François Xavier l’avait dissuadé du fait de vouloir la remplacer par une culture occidentale. Il pensait que c’était plutôt les missionnaires qui devaient s’y adapter le plus possible.

Jésus fils de David ayez pitié de moi
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