Nicolas Poussin (Les Andelys, 1594 – Rome, 1665) séjourne à Lyon avant de rejoindre l’Italie en 1624. Œuvre précoce -l’artiste a alors 30 ans- Diane tuant Chioné a été très vraisemblablement commandée par le père Bernardin, Silvio I (1613-1686), lors de son séjour à Lyon. En 1691, le tableau appartient à une importante famille de soyeux lyonnais d’origine milanaise, les Reynon. Ainsi, il peut être considéré, non seulement comme l’une des rares œuvres du peintre précédant le couronnement romain, mais également comme une œuvre réalisée du temps du séjour lyonnais de l’artiste.
Chioné est d’une beauté telle qu’Apollon et Mercure s’en éprennent. L’orgueil insensé de la jeune fille qui se vante d’avoir plus d’attraits que Diane lui vaut d’être châtiée par la déesse courroucée. Diane lui ôte toute possibilité de tenir de nouveau pareil discours, en transperçant sa langue d’une flèche qui entraîne son agonie.
L’œuvre prouve que Poussin est déjà le grand peintre que l’Italie confirmera et qui peindra, sept ans avant sa mort, la Fuite en Égypte, tableau acquis par le musée en 2008 dans le cadre d’une opération exceptionnelle de mécénat d’entreprise. Ainsi, Diane tuant Chioné rejoint au musée des Beaux-Arts de Lyon les œuvres d’une brillante assemblée d’artistes constituée de Simon Vouet, d’Eustache Le Sueur, de Philippe de Champaigne ou encore de Charles Le Brun. Elle offre au visiteur la possibilité, unique au sein d’une collection publique, d’entrevoir la carrière naissante de l’un des plus grands noms de l’École française à travers une œuvre où sa capacité d’invention et d’expression des passions est déjà frappante.