"L’Escamoteur", le chef d’œuvre du musée municipal, suscite un intérêt international aussi bien de la part du grand public que des historiens de l’art. De plus, le tableau ajoute à son actif un fait divers, celui de son vol, le 13 décembre 1978 par des membres du mouvement Action directe. Retrouvé le 2 février 1979, le tableau est depuis présenté au public à l’occasion d’évènements exceptionnels.
La comparaison visuelle avec le corpus des œuvres de Jérôme Bosch, assortie des résultats dendrochronologiques et des analyses scientifiques en laboratoire attribuent maintenant le panneau sur bois à une œuvre d’un peintre suiveur de talent de la première moitié du XVIe siècle travaillant dans le style de Jérôme Bosch. Cependant parmi la quinzaine des versions connues, le tableau de Saint-Germain-en-Laye est reconnu comme la meilleure, si ce n’est la plus fidèle subsistante, d’un éventuel original perdu.
Il n’en demeure pas moins que l’iconographie de "L’Escamoteur" relève bien de l’un des rares modèles de scènes de genre de type "boschien", à caractère profane, tout à la fois enraciné dans la spiritualité médiévale et emblème d’un humanisme satirique renaissant. En effet, la peinture montre dans un cadre dépouillé, un bateleur jouant aux gobelets devant une foule compacte de badauds tandis qu’en face de lui, un voleur soutire la bourse de l’un des spectateurs, penché sur la table et crachant une grenouille, trop concentré par le jeu pour se rendre compte de ce qui se passe. Il s’agit ici d’accentuer à la fois sur le charlatanisme de l’escamoteur et du voleur de bourse, jouant sur l’image de la tromperie et de ses artifices mais aussi d’insister sur la naïveté et la bêtise des badauds, sortes de condensé de la société, regroupés comme un "troupeau" devant le bateleur. Jérôme Bosch semble user de ces représentations comme le rappelle "La Nef des fous" (musée du Louvre) pour stigmatiser la crédulité et l’illusion du commun des mortels.