Dès son acquisition en 1827, La Moissonneuse endormie, issue de la collection du peintre Jean Vignaud, était judicieusement attribuée à Jean-François de Troy et fut depuis considérée comme un des chefs-d’œuvre du musée.
La lascivité de la figure, d'exécution rapide avec un coloris chaud et de nombreux empâtements, justifie en grande partie le pouvoir de séduction que le tableau transmet toujours.
De Titien à Poussin, l'histoire de la peinture est jalonnée par des figures de nymphes endormies ou d'Ariane abandonnée dans une position semblable, inspirée d'un célèbre antique du Vatican, une Cléopâtre en marbre.
Probablement conçue pour être un dessus-de-porte, cette scène de la vie champêtre (buisson, gerbe de blé, faucille, chaleur estivale, corsage largement ouvert, jupe relevée) est prétexte à un érotisme rare chez ce peintre qui multiplie pourtant les figures féminines.
Très impressionné par les grands artistes vénitiens lors de son voyage en Italie de 1699 à 1706, Jean-François de Troy se rapproche ici beaucoup de l'art de son exact contemporain Giambattista Piazzetta (Venise, 1683-1754).
Lors d'une visite du musée en 1863, Courbet, frappé par ce superbe morceau, en fit une copie, aujourd'hui conservée au Japon (Nishinomiya). Il se souvint certainement du corps assoupi et offert de la jeune paysanne lorsqu'il brossa Le Sommeil (1866, Paris, Petit Palais).
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