1641 - 1661

Vaux le Vicomte, un chef d'oeuvre pas à pas. 

The Château of Vaux le Vicomte

“Il me fît voir en songe un palais magnifique, des grottes, des canaux, un superbe portique, des lieux que pour leurs beautés j'aurais pu croire enchantés, si Vaux n'était point au monde” - Jean de La Fontaine, extrait du Songe de Vaux, 1661
Jean de La Fontaine, extrait du Songe de Vaux, 1661

Le château de Vaux le Vicomte est l’œuvre de trois artistes réunis par Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV : le jardinier André Le Nôtre, l'architecte Louis Le Vau et le peintre-décorateur Charles Le Brun.

Unis dans un génie fraternel, ils créèrent un modèle dont la beauté et l’harmonie ont inspiré l'Europe entière.

Contrairement à une légende, Vaux le Vicomte n'a pas été réalisé en cinq ans mais en vingt ans.

Entre 1641 et 1661, le domaine est le théâtre d'un chantier monumental, depuis les terrassements jusqu'à l'édification du château, en passant par les travaux hydrauliques et l'aménagement du jardin. 

1. UN DOMAINE À TERRASSER

C’est en 1641 que Nicolas Fouquet, alors jeune parlementaire, acquière la seigneurie de Vaux.

Deux décennies durant, il étendra son domaine au fur et à mesure de son ascension sociale, et comme le veut la devise de sa famille “quo non ascendet” (« jusqu’où ne montera t-il pas ? »).

Les premiers travaux sont ceux des topographes qui, grâce au perfectionnement des techniques, établissent les premières mesures d’arpentage. Le Vau et Le Nôtre conseillent Fouquet dès 1641.

Le projet mûrissant, les terrassiers rentrent en scène pour remodeler le terrain selon les consignes de l'architecte et du jardinier.

La première audace des créateurs est de choisir un axe majeur de composition Nord-Sud, lequel ne tient pas compte de la pente naturelle du terrain.

Fouquet décide également de faire table rase des terres de Vaux où se trouvent alors un vieux château et deux hameaux.

Les artistes obtiennent ainsi du commanditaire une page blanche, des moyens financiers conséquents et sa confiance absolue.

Avant même l'épisode de la fronde (1648-1652), le futur surintendant décide de l’établissement d’une pépinière destinée à produire les arbres de hautes tiges qui seront plantés quinze ans plus tard. Il crée également un verger et un potager. 

Les grands travaux de recherche et d’adduction des eaux commencent alors, coordonnés par un élève de Le Vau, l’architecte Daniel Gittard.

Vers 1652, une galerie souterraine est creusée pour dériver le ru Bobée qui traverse le domaine de part en part. Il rejoindra 670 mètres plus loin la rivière Anqueuil, bientôt métamorphosée en Grand Canal.

En 1653, Fouquet est nommé surintendant des finances. Fort de ce nouveau statut, il redouble les acquisitions de terres pour étendre son domaine.

Il permet ainsi aux fontainiers d’aller chercher plus loin leurs sources, nécessaires à la profusion des bassins et jeux d’eaux.

2. L'AMÉNAGEMENT DU JARDIN

Le jardin à la française est aménagé dès la fin du « gros œuvre », d’abord par les « jardins hauts », au pied du château, 

puis les « jardins bas ».

Pour la première fois, André Le Nôtre a l’occasion de synthétiser à une échelle encore inégalée, l’ensemble des acquis techniques et artistiques de son temps en matière de jardin. 

En 1652, un ouvrage fait déjà mention des « superbes jardins de Vaux le Vicomte » où « [Fouquet] ajoute tous les jours de nouvelles beautés » 

Parterres de broderies, de pelouses et de fleurs, fontaines, canaux et bassins, tous les éléments d’une vaste composition se déploient peu à peu autour d’un axe central, depuis les grilles d’entrée jusqu’à l’extrémité Sud du parc.

Majesté théâtrale, élégance et maîtrise de la perspective caractérisent cette création dont la grammaire sera plus tard déclinée dans toute l’Europe.

3. SCIENCE ET MÉTAPHYSIQUE DES BÂTISSEURS AU 17ème SIÈCLE

Conçu à une période charnière de l'histoire des sciences, Vaux le Vicomte est le fruit d'un bouleversement métaphysique.

Les jeux de perspectives et l’apparente rectitude des tracés disent la fascination du Grand Siècle pour les découvertes scientifiques telles que les lois optiques de Descartes.

Vaux le Vicomte décrit un idéal de maîtrise de l'Homme sur les choses physiques que celui-là peut désormais, grâce à de nouveaux outils techniques et scientifiques, façonner à sa guise.

4. L'ÉDIFICATION DU CHÂTEAU

L’architecte Louis Le Vau jouit déjà d’une solide réputation lorsque Nicolas Fouquet fait appel à lui pour édifier sa demeure. Depuis 1653, il est premier architecte du roi.

Il a déjà fait bâtir, entre autres, le château du Raincy ainsi qu’une trentaine d’hôtels parisiens dont l’hôtel Lambert.

L’engagement définitif est paraphé en 1656 par Fouquet, Le Vau et l'entrepreneur Villedo.

Des modifications ont lieu entre la signature du devis et le début de la construction en 1658. La plus significative d’entres elles est l’abandon de la brique pour le château, à laquelle sera préférée la pierre seule.

Tout comme le jardin, le château de Vaux le Vicomte est le fruit d’innovations importantes qui marqueront durablement l’histoire des arts. 

L’architecte y définit un style nouveau et puissant qui deviendra le fondement de l’architecture française durant plusieurs siècles.

Grâce à la transparence des six arcades du château, la vue du visiteur peut, depuis les grilles d'entrée, se prolonger dans le jardin jusqu'à l'extrémité Sud de la perspective.

À Vaux le Vicomte, Le Vau se départit des principes ayant jusqu’alors régi l’aménagement des grandes demeures. Il opte pour une double épaisseur de bâti (26 mètres) qui génère de grands bouleversements.

Une double enfilade de pièce est aménagée. Cet ordonnancement rompt avec la tradition des pièces donnant jour à la fois sur la cour et sur les jardins, se succédant les unes aux autres dans un système d’enfilade simple restreignant l’intimité.

De même, la conception du Grand Salon dit « à l’italienne » (sur 2 étages) compte parmi les prouesses techniques réalisées à Vaux en matière d’architecture.

5. LE DÉCOR INTÉRIEUR

Le décor, essentiellement mural, est l’œuvre de Charles Le Brun. Il synthétise plusieurs tendances artistiques inspirées du modèle de la renaissance italienne et des thèmes antiques.

Ces décorations marquent également le triomphe de la peinture dans l’aménagement des grandes demeures françaises.

Plafonds...

tapisseries...

et mobiliers...

contribuèrent à asseoir la réputation de Fouquet en tant que grand mécène de son temps.

Dans la chronologie des travaux, les décorations sont réalisées en dernier, si bien que lorsque le surintendant reçoit le roi et sa cour le 17 août 1661, quelques éléments ne sont pas achevés.

Exemple significatif, l’exécution du décor du plafond du Grand Salon, Le Palais du Soleil par Le Brun, ne fut jamais entreprise faute de temps.

Ce projet revêt une importance capitale : il aurait dû devenir la création la plus ambitieuse jamais tentée en France dans la décoration d’une grande demeure.

6. LA FÊTE DU 17 AOÛT 1661

Alors que Vaux le Vicomte est encore inachevé, Nicolas Fouquet reçoit le roi et sa cour pour une nuit de féérie, de fastes et de plaisirs.

De l'avis de tous les chroniqueurs de l'époque, la réception qui mêle promenades, soupers, comédie et feux d'artifice est somptueuse.

Mais contrairement à une idée reçue, la disgrâce de Fouquet n’est pas la conséquence de cette nuit d’été où trop de beautés irritèrent le jeune monarque.

Louis XIV, influencé par Colbert qui jalousait la réussite du surintendant, avait déjà décidé quelques mois plus tôt de le faire arrêter.

Malgré le destin de son commanditaire, Vaux le Vicomte devînt une formidable source d'inspiration pour des générations d'artistes et de bâtisseurs. 

Modèle d'harmonie entre architecture et paysage, le domaine a traversé les guerres, les révolutions et les mutations de goût ayant émaillé plus de trois siècles d'histoire, pour nous parvenir aujourd'hui dans sa forme originelle.

Credits: Story

Directeur du château de Vaux le Vicomte — Alexandre de Vogüé
Directeur du château de Vaux le Vicomte — Jean-Charles de Vogüé
Commissaire de l'exposition en ligne — Cyril Bordier
Chef de projet / rédacteur sur l'exposition en ligne — Matthias Pallot

Credits: All media
The story featured may in some cases have been created by an independent third party and may not always represent the views of the institutions, listed below, who have supplied the content.
Translate with Google
Home
Explore
Nearby
Profile