Le Steadicam de Garett Brown

The Cinémathèque française

Le 16 septembre 1974, le directeur de la photographie Garrett Brown dépose aux États-Unis un brevet d’invention pour un nouveau système de stabilisation de caméra portée.

Dès l’année 1972, Garrett Brown commence à faire des films publicitaires dans sa ville de Philadelphie. Pour les besoins de certains tournages, il bricole une sorte de petite tige métallique pour y accrocher une caméra, avant de fabriquer une première vraie ébauche de Steadicam. Il fait le tour des maisons de productions, et rencontre Ed Di Giulio de Cinema Products, la maison qui transforme alors les Mitchell en Reflex. Ensemble, ils construisent le Steadicam 1 (que Brown souhaite initialement appeler le « Brown Stabilizer »). Le système reçoit un prix à Londres, et c’est lors de la cérémonie que Brown rencontre Stanley Kubrick.

Le Steadicam (de steady camera, caméra stable), se compose de plusieurs éléments :

- un harnais maintenant le buste du cameraman
- un bras articulé en acier, qui se fixe sur ce harnais à la hauteur des abdominaux (ce bras, muni de puissants ressorts, câbles et poulies, est à la fois porteur et amortisseur)
- un support de caméra, qui se fixe sur le bras et qui fait office de contrepoids.

L’appareil de prise de vues reste horizontal par gravité, la liaison entre le support et le bras amortisseur est assurée par un cardan. Il faut adjoindre à l’ensemble un moniteur vidéo qui reprend la visée reflex de la caméra et qui permet de voir le cadre.

L’intérêt du Steadicam est évident : on peut déplacer la caméra en courant, en montant ou descendant un escalier, tout en gardant une grande stabilité d’image. On s’en sert lorsque la Dolly - plate-forme dotée d’un pied élévateur pour hausser la caméra - ne peut passer sur un terrain accidenté, dans des plans séquences, ou encore pour des scènes comportant beaucoup d’actions dans le cadre. Le Steadicam colle réellement à l’action qu’il filme. Il faut toutefois une certaine force physique, des connaissances en cadrage, et dans tous les cas un long apprentissage, pour devenir steadicameur. Un Steadicam tout équipé peut peser jusqu’à 40 kg. « Il faut faire corps avec sa caméra », selon Noël Véry, célèbre opérateur de cinéma spécialiste du procédé.

Le Steadicam fait ses débuts sur Bound of Glory de Hal Ashby (1975). Le procédé arrive en France la même année, adopté par Noël Véry, Yves Nolleau et Jacques Monge. Dans Marathon Man de John Schlesinger (1976), le Steadicam permet de suivre Dustin Hoffman en train de courir. Dans Rocky de John Avildsen (1976), la caméra accompagne Sylvester Stallone sur le ring ou sur les marches du musée de Philadelphie. Dans The Shining de Stanley Kubrick (1980), l’appareil est magistralement utilisé, grâce d’ailleurs à Garrett Brown qui le manœuvre lui-même pendant le tournage (scènes du labyrinthe ou de l’enfant sur son tricycle dans les couloirs de l’hôtel). Brian de Palma (Snake Eyes, 2001), Martin Scorsese (Les Affranchis, Casino), Terrence Malick (La Ligne Rouge, 2000) s’en servent pour des plans d’une parfaite fluidité.

Au début de l’utilisation du Steadicam, quelques effets imprévus sont remarqués : lorsque Rocky Balboa arrive au sommet des marches, on sent un mouvement de flottement du dispositif. Mais le système est perfectionné par Brown, qui propose au fil des ans des modèles plus évolués. Il est d’ailleurs concurrencé par d’autres fabricants comme Panavision avec le Panaglide (1978).

Garrett Brown reçoit un Oscar scientifique et technique en 1977 pour l'invention et le développement du Steadicam. Il continue par la suite à inventer de nombreux dispositifs ingénieux pour rendre la caméra toujours plus fluide et libre : FlyCam, SuperFlyCam, SkyCam, DiveCam, MobyCam…

Credits: All media
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