La caméra Mitchell BNC

The Cinémathèque française

En 1919, à Hollywood, Henry Boger et George Alfred Mitchell fondent la Mitchell Camera Corporation. Entre 1920 et 1924, la firme propose une caméra Model A, dessinée par John E. Leonard. L’ingénieur apporte en réalité des modifications au premier modèle qu’il avait créé en 1917.

Le nouvel appareil est en métal et les améliorations sont nombreuses :
- visée sur dépoli par translation du mécanisme
- tourelle à quatre objectifs avec filtres et caches interposés
- iris déplaçable dans le cadre
- obturateur d’ouverture 170° à fondu automatique
- mécanisme à griffes et contre-griffes
- débiteur à 32 dents, déjà en usage dans la Bell & Howell 2719, mais habilement modifié.

Le chef opérateur Charles Rosher se sert du prototype pour The Love Light (Frances Marion, 1921), avec Mary Pickford. C’est aussi une Mitchell qu'Erich Von Stroheim emploie pour Greed (1924) : "Enfin, après une demi-heure de mise en place, les caméras sont prêtes. Il y a là Ben Reynolds, le cameraman en charge de l'imposante caméra Mitchell à 3500$, et son assistant William Daniels, en charge de la Bell & Howell, plus petite. Côte à côte, collés à leurs machines, avec Erich Von Stroheim légèrement en retrait, debout sur une caisse pour superviser le plateau." ("Von, The Life ans Films of Erich Von Stroheim", de Richard Koszarski)

L’appareil suscite un vif intérêt à Hollywood, concurrençant la Bell & Howell de Chicago. Son succès se propage jusqu’en Europe : Fritz Lang et Karl Freund en utilisent deux pour Metropolis (1927), tourné à Babelsberg.

Un perfectionnement est apporté en 1925 avec le Model B : le mécanisme high speed pour les ralentis (128 images/seconde). La Mitchell, plus silencieuse que la Bell & Howell, devient la caméra d'élection pour le tournage des films sonores à partir de 1927 ; il faut néanmoins l’enfermer dans un blimp, caisson insonorisé fabriqué sur mesure par la firme.

En 1929, la Fox commande à Mitchell huit caméras Fox Grandeur pour film 65 mm. C’est avec ce matériel que Raoul Walsh filme The Big Trail : "D’un point de vue artistique, les caméras Grandeur obligent réalisateurs et chefs-opérateurs à s'accommoder d’un cadre sensiblement plus large. Ce n’est pas un problème pour un chef-opérateur, qui se rend vite compte que cadrer sur une Grandeur ne révolutionne pas fondamentalement le métier. Si quelqu’un est assez doué pour composer un cadre avec les anciens formats, il pourra s’adapter sans problèmes aux nouveaux, plus larges - tout comme un bon peintre sait jouer de ses pinceaux sur de petites toiles ou sur d'immenses panneaux. Le réalisateur, lui, doit faire beaucoup plus attention aux détails avec une image Grandeur, et ce même pour les gros plans. La profondeur de champ de la Grandeur fait de l’arrière plan une composante majeure de l’image." (Arthur Edeson, chef-opérateur de The Big Trail, dans American Cinematographer en 1930)

À partir de 1932, Mitchell construit pour Technicolor la plus belle caméra de tous les temps, utilisant deux prismes et trois pellicules 35 mm.

La même année, une caméra NC (News Camera) est conçue. Elle contient un mécanisme d’entraînement silencieux d’une grande perfection, le NC eccentric movement (quatre griffes et deux contre-griffes se mouvant sur un axe excentrique). Ce système équipera toutes les caméras suivantes de la firme. 356 modèles sont vendus entre 1932 et 1946.

En 1934, Mitchell fabrique la première BNC (Blimped Noiseless Camera), une caméra 35 mm également mythique, qui sera utilisée à partir de 1937 – pendant plus de 30 ans – dans tous les studios de cinéma.

Gregg Toland, enthousiaste, tourne avec elle Citizen Kane d’Orson Welles (1939). Jean-Luc Godard et Raoul Coutard la célèbrent dans Le Mépris (1963). Le seul défaut de la BNC reste son absence de visée reflex : la BNCR résout le problème en 1967.

La caméra Mitchell, qui bénéficie d’améliorations continuelles, est à la source de nombre de nouvelles inventions. Des nouvelles usines édifiées à Glendale (Californie) sortent un projecteur pour transparence, des caméras 16 mm (1946), BFC 65 mm (1953), VistaVision (1954), Cinémiracle (1958), 35 portable reflex (1960), Todd-AO 65 mm (1963), 205-R (1973), Mark III (1973)...

Le succès des caméras Mitchell ne se dément pas. « 85% des films projetés dans le monde entier sont filmés par une Mitchell », proclame la firme. En 1952, George Mitchell reçoit de l’Académie des Oscars une récompense d’honneur pour son oeuvre. La firme quant à elle en reçoit trois, en 1939, 1968 et 1969.

Certains modèles sont copiés dans les années 60 par l’URSS, mais, conséquence de la Guerre Froide, leur usage est compliquée par problèmes de compatibilité avec les perforations Bell & Howell des caméras occidentales. En effet, le Bloc de l’Est utilise alors des perforations Kodak, ce qui nécessitera des adaptations ultérieures.

Lorsque Mitchell se retire, Panavision rachète le fonds des appareils. D’ailleurs, si l’on ouvre la porte de la luxueuse Panavision 65 mm qui a servi notamment au tournage de Lawrence of Arabia ou de West Side Story, que trouve-t-on ? Un mécanisme Grandeur Mitchell de 1929, inusable et toujours aussi précis…

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