2017

L’art de la science: une histoire visuelle de la Ferme expérimentale centrale du Canada

Le Musée de l'agriculture de l’alimentation du Canada

La Ferme expérimentale centrale du Canada (FEC), située dans la capitale du pays, Ottawa, possède une riche histoire qui remonte à 1886. La Ferme a été établie en partie pour créer et tester de nouvelles cultures capables de résister au climat canadien, et une portion importante du travail qui y était réalisé consistait à documenter ces recherches et à les communiquer à d’autres institutions, à des agriculteurs, et à des jardiniers professionnels et amateurs intéressés.

Le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada (l’un des musées de la Société des musées de sciences et technologies du Canada) détient une collection de plus de 3 000 photographies d’archives, de dessins, de diapositives sur verre et d’aquarelles de la FEC; les artefacts les plus anciens de la collection remontent aux années 1890.

Cette collection constitue un témoignage visuel détaillé qui, à la fois, capte les activités scientifiques de la FEC et met en évidence la beauté de ses sujets.

Des images qui valent 1000 mots
Le personnel de la FEC a employé différentes techniques de documentation et de diffusion, parmi lesquelles figurent des articles publiés dans des revues scientifiques, des dépliants destinés aux agriculteurs et l’impression sur des diapositives de verre utilisées lors de conférences publiques s’adressant à des passionnés de jardinage.

L'étude scientifique allait de pair avec l'illustration précise de résultats et la photographie offrait une nouvelle façon de documenter l'innovation et l'expérimentation.

Les scientifiques de la FEC ont utilisé les photographies pour illustrer leurs travaux dans les rapports, recommandations, dépliants et autres documents qu’ils ont publiés.

Les avancées dans la technologie des appareils photo et des pellicules durant les années 1880 ont rendu possible la prise de photographies à l’extérieur des studios. Le personnel de la FEC a profité de ces innovations pour saisir ses expériences, tant sur le terrain que dans le laboratoire.

La photographie avait toutefois ses limites, particulièrement au chapitre de la représentation exacte des couleurs.

Les couleurs des photographies du début du XXe siècle n’avaient pas la qualité que nécessitait la documentation scientifique. Afin de remédier à cet état de choses, de talentueux artistes peintres botaniques ont créé, grâce à leur formation et leurs connaissances, des peintures et des illustrations dont les couleurs représentaient exactement celles de la nature.

Une autre technique employée pour améliorer la documentation photographique consistait à colorier à la main les clichés en noir et blanc. Un bon nombre des diapositives de verre de cette collection ont été traitées de cette manière, étant destinées à la projection avec la lanterne magique.

La lanterne magique était l’un des premiers modèles de projecteur de diapositives. Les images appliquées sur le verre étaient insérées dans l’appareil, et un faisceau lumineux traversant cette plaque projetait les images sur un mur ou une autre surface plane.

La majorité des images présentées dans cette exposition sont tirées d’une collection de plus de 1 500 diapositives de lanterne magique qui ont servi à des exposés et des démonstrations, ainsi qu’au partage de résultats de recherche avec d’autres centres de recherche, des agriculteurs et des scientifiques.

Pour produire une diapositive colorée, on faisait une empreinte sur verre et on la colorait manuellement avec de l'aquarelle ou des peintures à base d'huile. Ensuite, on la couvrait avec un autre morceau de verre pour créer une diapositive transparente, utilisée lors des présentations et cours.

Des illustrations et des peintures pourraient aussi être appliqués aux diapositives en photographiant l'empreinte originale et appliquant la couleur à la main sur l'image obtenue.

Les fragiles diapositives sont stockées dans un environnement de température contrôlée et doivent être manipulées très soigneusement.

Art et science
Le personnel de la Ferme utilisait des photographies, des diapositives et des tableaux pour documenter leurs expériences, et aussi pour éduquer le public. La FEC s’adressait aux chercheurs, aux agriculteurs et à d’autres parties intéressées au moyen d’exposés sur de nouvelles techniques de phytogénétique, de publications sur le jardinage et des présentations faisant la promotion de la Ferme comme lieu de beauté.

Le recours à la technique de coloriage à la main pour rehausser la qualité visuelle de la documentation scientifique produite à la FEC montre à quel point la distinction entre l’art et la science peut être floue, particulièrement dans le cas d’un sujet aussi pittoresque.

Les photographies illustrant la beauté des champs de blé, des sentiers bordés d’arbres et des plantations expérimentales de la FEC sont jolies, mais les diapositives des jardins coloriées à la main sont réellement impressionnantes.

Ces images auraient inspiré les jardiniers, tant amateurs que professionnels. Après la Première Guerre mondiale, les sociétés d’horticulture ont atteint des nombres record d’adhérents, et les jardiniers amateurs assistaient souvent aux conférences des horticulteurs de la FEC.

Cet intérêt particulier est attribuable en partie à une très talentueuse horticultrice de la Ferme, Isabella Preston, qui y a travaillé de 1920 à 1947.

La beauté des iris, des lys, des roses et des pommetiers de Mme Preston était connue dans le monde entier. Les nombreuses photographies de ces scènes ont été coloriées à la main, et ont figuré dans les exposés, présentations et publications de Mme Preston.

Les iris de Mme Preston étaient particulièrement appréciés et ont beaucoup plu à Lady Byng, épouse de Julian Hedworth George Byng, gouverneur général du Canada de 1921 à 1926. Lady Byng a rapporté quelques spécimens de Mme Preston en Angleterre, attirant ainsi l’attention de la communauté internationale sur la Ferme.

L’attribution de noms aux fleurs faisait partie de travail des horticulteurs qui se livraient à l’expérimentation, et ceux de la FEC, comme Isabella Preston, tiraient leur inspiration des noms de lacs, de rivières, de membres de familles royales, et même du personnel de la Ferme.

Ces lys, Grace Marshall, étaient de la série Stenographer, ainsi nommée en l’honneur des sténographes de la Ferme expérimentale centrale.

L’horticulteur du Dominion, William Terrell Macoun, était également responsable de la culture de fleurs magnifiques, comme le glaïeul qui était très apprécié à la fin du XIXe siècle. En 1926, plus de 550 variétés de glaïeuls étaient cultivées à la Ferme.

Du pain et des roses
La documentation visuelle était également importante pour la Division des céréales; ceci est devenu plus particulièrement évident lorsque la Division a été chargée de trouver un blé hâtif qui pouvait être moissonné avant le premier gel dans les territoires de l’Ouest récemment peuplés.

Charles Saunders, fils du directeur William Saunders, était responsable de la Division des céréales. Il a pollinisé à la main un grand nombre de variétés de blé, puis a lui-même examiné et choisi les meilleures semences pour chaque nouvelle plantation.

Les principales réussites du programme du blé se produisent au début des années 1910 lorsque Charles Saunders crée le cultivar Marquis.

Le nouveau cultivar a évité le gel automnal, arrivant à maturité de 7 à 10 jours plus tôt que d’autres souches utilisées à l’époque. En outre, la farine produite était d’excellente qualité boulangère. Cette variété a été largement adoptée presque immédiatement.

Le cultivar Marquis a connu un succès tel que, dès 1918, il comptait déjà pour 80 % des récoltes de blé au Canada. La nouvelle variété était également cultivée dans les États américains du nord.

Les agriculteurs de tout le pays étaient également invités à envoyer des échantillons de semences de céréales (plus particulièrement de blé) qu’ils avaient l’intention de planter la saison suivante afin qu’elles puissent faire l’objet d’essais de plantation dans la serre de la FEC. Le gel à la fin de la saison de culture aurait pu endommager les grains, et ces essais pouvaient éviter de mauvaises récoltes aux agriculteurs.

Le programme a suscité un grand nombre d’adhésions; des centaines d’échantillons étaient reçus chaque année. Cette illustration montre un échantillon de blé qui a été considéré comme « fort ».

Les serres de la FEC abritaient également une variété d’arbres cultivés avec soin pour produire les qualités souhaitables. Les méthodes de plantation et de culture ont été décrites dans plusieurs séries de diapositives.

Ces arbres ont été transplantés dans les champs de la FEC ou ont été envoyés dans les fermes de l’Ouest pour prévenir l’érosion des sols.

Les photographies des activités du personnel de la FEC pouvaient également être appariées à des illustrations et des peintures durant les exposés et les présentations pour rehausser leur impact.

Par exemple, ces hommes recueillant des échantillons de sol pouvaient être présentés en complément d’un tableau qui illustrait des feuilles croissant dans divers terreaux pour démontrer les effets des nutriments sur la croissance.

La FEC accordait une importance prioritaire à la documentation des nouvelles techniques de conservation, particulièrement durant la Deuxième Guerre mondiale.

Durant cette période, les scientifiques de la FEC centraient leurs expériences sur la déshydratation et la conservation des légumes.

Ces produits étaient vitaux pour l’effort de guerre, et les soldats apportaient outre-Atlantique ces sources de nutrition légères et non périssables.

Les premiers essais de ce type de conservation ont toutefois donné des résultats insipides.

Mary MacArthur, scientifique de la Ferme, dirigeait les expériences de déshydratation des légumes. Elle était responsable de la recherche et de l’amélioration de la qualité des aliments déshydratés.

La FEC était également à l’avant-garde de l’industrie des aliments surgelés, s’ingéniant à tester, perfectionner et documenter des méthodes de conservation d’une variété de fruits et légumes.

Les nouvelles techniques étaient photographiées avec minutie, puis on produisait des diapositives pour les présentations.

Licence artistique
De 1920 jusqu’à la fin des années 1940, la FEC a retenu à temps plein les services d’une artiste peintre botanique qui a produit des dessins et des tableaux d’échantillons d’importantes expériences de culture, portant particulièrement sur les pommes et les fleurs ornementales. La première artiste peintre, Faith Fyles, était une botaniste de formation dont le talent pour la peinture lui permettait de documenter rapidement et avec précision les subtiles différences de ton et de couleur issues des expériences d’hybridation, des changements dans les nutriments du sol et d’autres facteurs. Un autre peintre talentueux, Arthur Kellett, a pris la relève lorsque Faith Fyles est partie à la retraite en 1931.

Les talents artistiques de Mme Fyle ont été remarqués pour la première fois alors qu’elle travaillait comme analyste des semences adjointe au ministère de l’Agriculture. Elle avait peint des échantillons pour des collègues et, en 1920, elle a publié ses recherches et illustrations dans un bulletin ministériel de 100 pages intitulé Principal Poisonous Plants of Canada.

Plus tard au cours de cette même année, elle est devenue artiste peintre botanique résidente de la FEC et a peint une grande variété de fruits, fleurs et autres plantes.

Mme Fyles a produit un grand nombre de tableaux de pommes; la Ferme a accordé une grande priorité aux expériences sur ce fruit durant ses 50 premières années d’existence.

Les méthodes d’hybridation, de culture sélective ainsi que d’application d’engrais et de pesticides ont produit un certain nombre de variétés de pommes bien adaptées aux conditions de culture au Canada.

L’horticulteur du Dominion, W.T. Macoun, a participé activement à cette recherche, et quelques-unes de ses variétés, comme la Lobo illustrée ici, sont toujours cultivées de nos jours.

Les pommetiers Rosybloom que l’horticultrice Isabella Preston a cultivés constituent l’un de ses legs les plus durables à la FEC. Les fleurs rose clair ainsi que les fruits offraient un beau spectacle aux promeneurs.

Des artistes peintres botaniques comme Faith Fyles et Arthur Kellett ont peint les floraisons et les fruits que celles-ci ont produits.

La culture arboricole était également documentée au moyen de diapositives coloriées à la main.

Les horticulteurs talentueux de la FEC ont également cultivé d’autres fruits, comme des raisins et des cerises, qui ont aussi été peints par Mme Fyles et M. Kellett.

Le pittoresque practique
Grâce à ses jardins harmonieusement agencés, ses bâtiments et ses champs bien planifiés, la FEC devait être un brillant exemple de ce que pouvait être une ferme canadienne, soit un espace magnifiquement paysagé comprenant des cultures à rendement élevé, de même que des fleurs ornementales et des jardins qu’un « gentilhomme cultivateur » pouvait espérer aménager un jour. Les diapositives, les photographies et les tableaux produits par la Ferme soutenaient cette vision.

Le premier directeur de la FEC, William Saunders, la percevait comme une ferme modèle où convergeaient la beauté et la science. La culture de fleurs ornementales est une activité spécialisée qui exige de la précision, et Saunders a réservé près du quart de la superficie de la Ferme aux jardins.

Largement influencé par les idées romantiques du XIXe siècle à propos de la nature, Saunders était convaincu que la meilleure façon d’encourager les agriculteurs à poursuivre leur travail essentiel était de les entourer d’éléments de la nature; ces éléments devaient toutefois être organisés et sains.

En sa qualité de directeur de la Division de l’horticulture, W.T. Macoun était responsable de la planification de ces jardins, veillant à ce que les fleurs s’épanouissent suivant une séquence saisonnière.

W.T. Macoun a conçu une rangée de vivaces, comme le montre ce diagramme, qui servait de guide chromocodé pour ce cycle.

Ces deux diapositives auraient dû être montrées l’une après l’autre : d’abord le plan, puis la beauté qui en est issue — la nature agencée avec soin par l’homme.

Sous la direction de W.T. Macoun, une grande variété de fleurs comme des pois de senteur, des iris et des pivoines étaient plantées chaque année; des haies, des arbustes ornementaux et des arbres complétaient ces plates-bandes. Les résultats de cet aménagement étaient spectaculaires, et les jardins de la Ferme s’en inspirent encore de nos jours.

Au début du XXe siècle, les jardins de la FEC étaient très fréquentés par des amoureux de la nature, des photographes amateurs et des personnes cherchant à s’évader un moment du paysage urbain en expansion.

Dès les premiers jours de la FEC, les Canadiens ont été inspirés par le travail qui y était accompli. La photographie et la peinture venaient compléter les objectifs scientifiques et éducatifs de la Ferme et montraient en même temps l’aspect artistique des activités de recherche qui y étaient réalisées. En combinant ces techniques, la FEC était en mesure de créer une documentation visuelle personnalisée qui répondait à ses besoins.

Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada
Crédits : histoire

Créé par le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, 2017.

Remerciements : tous les supports
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