15 ans, ça se fête !

Canons : devises et armoiries

L’artillerie, apparue au cours du XIVe siècle, entretient une relation particulière avec l’emblématique. Étudions ensemble les armoiries apposées sur les pièces d’artillerie.

Les rois portant tous les armes de France, l'ajout de leurs devises et emblèmes sur les canons est un marqueur de propriété. Sous Louis XII et François Ier les décors sont semblables : l'emblème personnel du roi sur le renfort du canon et un semé de fleurs de lys sur la volée, la partie avant du canon.

Canon à l'emblématique de Louis XII Canon à l'emblématique de Louis XII (entre 1498 et 1515)Musée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Caractéristique des pièces d’artilleries françaises du tournant du XVIe siècle, ce canon fondu sous Louis XII (1462-1515) est perdu à Pavie en 1525 par son successeur François Ier en même temps que toute l’artillerie française. La guigne…!

Canon à l'emblématique de Louis XII DétailMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Sur le renfort du canon l’emblème de Louis XII : un porc-épic couronné. Un choix…original, que le roi emprunte à son père Charles d'Orléans ! À l’époque, le porc-épic est réputé dangereux, on disait qu’il pouvait lancer ses pics pour attaquer ses ennemis.

Canon à l'emblématique de François Ier Canon à l'emblématique de François Ier (entre 1515 et 1547)Musée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Orné de l’emblème de François Ier (1494-1547), ce canon en bronze est un parfait exemple de l’artillerie française de la Renaissance. Sa morphologie est en effet caractéristique des bouches à feu réalisées à cette époque. 

Canon à l'emblématique de François Ier DétailMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

La salamandre, emblème de François Ier, est bien connue et pourtant reste mystérieuse. La légende raconte que la salamandre est capable de vivre dans les flammes, qu’elle se nourrit du bon feu et éteint le mauvais : le roi se nourrit des vertus et éteint les vices.

Couleuvrine bâtarde à l'emblématique d'Henri II DétailMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Henri II (1519-1559) se démarque de ses prédécesseurs en multipliant les devises et emblèmes : d'abord le H surmonté d’une couronne, qui figure sur tous les canons fabriqués sous son règne.  

On trouve aussi parfois un monogramme composé d’un H et deux C entrelacés dos à dos. Les mauvaises langues racontent que derrière ce « C » se cacherait un « D » : comme Diane de Poitiers, maîtresse officielle du roi. Une ambiguïté qui prête à sourire...

Couleuvrine bâtarde à l'emblématique d'Henri II DétailMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Puis, deux arcs aux cordages brisés avec au centre un croissant de lune, issu des armoiries des Valois-Angoulême. La lune est aussi choisie comme promesse d'avenir politique : lorsqu'elle sera pleine Henri II règnera sur le royaume de France, d’Espagne et le Saint-Empire. 

À partir de la seconde moitié du XVIe siècle la monarchie tente d'imposer un monopole sur la fabrication et la détention des canons. Décision motivée par le contexte des guerres de Religion où chaque parti s'arme notamment de bouches à feu.

Canon de 4 livres aux armes de Claude de Guise Vue de profilMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Mais Claude de Lorraine-Guise (1546-1612), membre de l’influente famille catholique protagoniste des guerres de Religion, ne l’entend pas de cette oreille et résiste à l’autorité royale en faisant couler ce canon en 1590.

Canon de 4 livres aux armes de Claude de Guise DétailMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

L’ornementation de cette pièce imite celle des pièces royales avec sur le premier renfort, les armoiries de Claude de Guise accompagnées des attributs de sa charge d’abbé de Cluny avec la mitre et la crosse épiscopale.  

Canon de 4 livres aux armes de Claude de Guise DétailMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

S'en suit une fleur de lys, la croix de Jérusalem et un alérion, emblèmes des Guise et de la Lorraine. Avec ce décor très politique, Claude de Guise se positionne comme défenseur de la foi catholique et marque son opposition au roi protestant Henri IV.

À la fin des années 1660, les décors sont encore modifiés : les armes de France et celles du souverain sont dorénavant mêlées, apparaissent également les armoiries du Grand Maître de l’artillerie, ainsi que la devise de l’artillerie « ULTIMA RATIO REGUM » et le nom du canon. Voyons ça ensemble autour d’un canon de bronze exécuté en 1688 sous le règne de Louis XIV.

Le Solide, canon de 12 livres du règne de Louis XIV Le Solide, canon de 12 livres du règne de Louis XIV (1688), Frères Keller (Fondeur)Musée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Cette pièce porte les armes de France, symbolisant l'Etat, surmontées d'un soleil - allégorie du roi - et de la devise personnelle de Louis XIV : Nec pluribus impar, ce qui signifie "Au dessus de tous". 

Le Solide, canon de 12 livres du règne de Louis XIV DétailMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Sur la volée du canon, les armes du maréchal Louis de Crevant, duc d'Humières, grand maître de l'artillerie.

Le Solide, canon de 12 livres du règne de Louis XIV DétailMusée de l'Armée - Hôtel des Invalides

Toujours sur la volée, au plus proche de la bouche,  la devise de l'artillerie : "Ultima ratio regum", signifie "le dernier argument des rois", surmontée du nom du canon, Le Solide. 

Au cours du XVIIIe siècle les décorations sur les canons disparaissent progressivement. Seule l'initiale du souverain demeure sur les canons jusqu'à la fin du Seconde Empire.

Crédits : histoire

Une story rédigée et montée par les équipes du musée de l’Armée.
© Musée de l’Armée

https://www.musee-armee.fr/accueil.html 

Crédits : tous les supports
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