15 ans, ça se fête !

From a flop to the top: the 808

A short history

TR-808

Si de toutes les histoires des boîtes à rythmes, il ne fallait en retenir qu’une, ce serait sûrement celle de la TR-808. Il n’est pas exagéré de dire que c’est l’un des instruments qui a le plus changé l’histoire de la musique dans ces quarante dernières années. Sans elle, la techno, la house et tous leurs sous-genres n’auraient peut-être jamais existé et la club culture ne serait sûrement pas ce qu’elle est aujourd’hui. Son impact ne se limite pas aux musiques électroniques puisque la TR-808 a aussi profondément transformé la culture hip-hop et pop. Et pourtant, son histoire commence par un échec…

Les boîtes à rythmes avaient été initialement conçues pour celles et ceux qui souhaitaient accompagner leur pratique musicale d’une section rythmique. En raison des moyens techniques limités, les premières boîtes à rythmes comme le Chamberlain Rhythmate (1949) ou le Wurlitzer Sideman (1959) ne proposaient qu’une sélection de rythmes préenregistrés dont il n’était possible de modifier que le volume et le tempo. Au fil des décennies, d’autres fonctions ont été ajoutées et ces instruments ont commencé à être employés par des musicie·ne·s comme de véritables outils de création musicale.

The Roland TR-808 is a revolutionary computer-controlled rhythm machine which offers up to 768 measures of programming at a time. In addition, this unit offers more percussive variations and more effects than virtually any other unit on the market. With it you can visualize patterns and real-time processing, program complete songs, and do just about everything else a rhythm machine should do with more accuracy and less trouble. (Publicité de Roland, 1981)

Roland TR-808 Advertising, Provenant de la collection : Swiss Museum & Center for Electronic Music Instruments (SMEM)
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La TR-808 se distinguait de ses concurrentes par ses possibilités de créations, de variations – permettant d’enregistrer un morceau complet (couplet, refrain et variations) – et, surtout, par son système d’édition utilisant un séquenceur pas-à-pas, plus communément désigné comme step sequencer. Plus visuel et intuitif, celui-ci deviendra rapidement le standard pour des séquenceurs de tout type.

Toutefois, pour l’époque, la TR-808 avait un point faible : ses sons. Contrairement à des boîtes à rythmes comme la LinnDrum qui employaient des échantillons sonores, la TR-808 fonctionnait comme un synthétiseur analogique, avec des transistors et des filtres (d’où le TR, abréviation de « Transistor Rythm »). Cette technologie coûtait beaucoup moins cher mais le résultat n’était pas réaliste, un élément encore crucial pour l’époque.

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Pendant trois ans, les ventes ne décollent pas. En 1983, Roland interrompt sa production. 12'000 unités existent alors et vont pour la plupart se retrouver sur le marché de l’occasion. La firme japonaise lance alors la TR-909 qui combine la synthèse analogique et les échantillons pour corriger le tir. Après une année et 10'000 unités produites, elle connait le même destin.

Mais sa sonorité atypique avait tout de même séduit quelques précurseurs comme Marvin Gaye qui emploie en 1982 une TR-808 dans son hit Sexual Healing. La même année, un groupe inconnu publie un morceau qui va bouleverser l’histoire des musiques électroniques, jusqu’alors considérées comme New Age ou comme des expérimentations sonores. Il s’agit de Planet Rock d'Afrika Bambaataa and The Soulsonic Force, un groupe de New-York. Le morceau combine des éléments de hip-hop, de vocodeur, des mélodies inspirées de Kraftwerk, des sonorités de Yello Magic Orchestra et, bien sûr, les sons d’une TR-808. Dès sa sortie, ce mélange innovateur rencontre un franc succès. La signature sonore du morceau, portée par un kick hors-norme, surprend et fascine. D’un point de vue historique, Afrika Bambaataa and The Soulsonic Force viennent d’inventer l’électro.

Hause, Afrika Bambaataa & Soulsonic Force, 2019-12-01, Provenant de la collection : Swiss Museum & Center for Electronic Music Instruments (SMEM)
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Durant la première moitié des années quatre-vingt, les producteurs de hip-hop se mettent à adopter ces nouvelles sonorités et les premières productions électro voient le jour. En même temps, à Chicago, une scène émerge : la house, mélange de versions a cappella de disco et d’italo-disco, un sous-genre déjà orienté vers les sonorités électroniques. A quelques heures de Chicago, trois jeunes étudiants de Detroit, les Belleville Three, – Derrick May, Juan Atkins et Kevin Saunderson – sont aussi en train d’écrire les premières lignes de l’histoire d’un genre nouveau : la techno, plus tournée vers des sonorités futuristes et spatiales.

Tous ces genres ont en commun de se baser sur les sonorités innovantes des synthétiseurs et des boîtes à rythmes. Au départ, la TR-808 est surtout employée dans la musique électro et hip-hop tandis que la house et la techno privilégient les sons de la TR-909 car les cymbales sont échantillonnées et donc plus réalistes. Il faudra toutefois peu de temps pour que la TR-808 trouve aussi sa place dans la musique de Chicago et de Detroit aux côtés de sa petite sœur. En quelques années, les deux machines passent du statut d’échec commercial à celui d’instrument de légende et leur prix s’envole sur le marché de seconde main.

La TR-808 est aujourd’hui un instrument culte. On ne cesse de lui rendre hommage à travers des articles, livres et documentaires – comme 808: the movie – des albums, des paroles de chansons, des t-shirts, des goodies et même des coussins, des sneakers, une bière et une journée en son honneur : le 808 day – le 8 août, évidemment. Sa rareté et son prix encore élevé ont aussi donné lieu à nombre d’enregistrements d’échantillons et à une certaine quantité d’imitations ou d’émulations, tant virtuelles que physiques comme le programme RVK-808, le D16 Nepheton, le E-licktronic Yocto, l’Acidlab Miami, les modules Eurorack de Tiptop Audio et bien d’autres. Dernièrement, Roland a sorti trois boîtes à rythme qui simulent les sons de l’originale : la TR-8, la TR-08 et la TR-8s. Tout cela n’est pas simplement nostalgique car on retrouve continuellement son empreinte sonore dans des morceaux de tous genres.

De produit « raté » à objet de patrimoine culturel, l’histoire de la plus célèbre des boîtes à rythmes a tout d’une légende. Sans le vouloir, la TR-808 était simplement en avance sur son temps. A ce jour, il semblerait qu’elle ne sera jamais dépassée et qu’elle continuera d’influencer des générations d’artistes. And the beat goes on…

Crédits : tous les supports
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Music, Makers & Machines
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