La Femme en Bleu lisant une Lettre

Rijksmuseum

La Femme en Bleu lisant une Lettre (c. 1663), Johannes VermeerRijksmuseum

Une jeune femme en veste bleue est plongée dans la lecture d'une lettre. L'impression de calme est renforcée par la palette apaisante de bleu et d'ocre, ainsi que par les formes rectangulaires et plutôt amples qui rythment le tableau. Si l'intimité de la scène attire le regard, elle n'en reste pas moins quelque peu inaccessible : complètement absorbée par sa lecture, la femme n'a pas conscience d'être observée. Les éléments du premier plan forment une barrière physique qui tient le spectateur à distance. Dans cette œuvre, Johannes Vermeer confirme une fois de plus sa maîtrise des effets d'ombre et de lumière. C'est la première toile de l'artiste à intégrer le Rijksmuseum, où elle est exposée depuis 1885.

Bleu
La dominance du bleu attire immédiatement l'attention dans ce tableau. Qu'il s'agisse du bleu exquis de la veste...

... des chaises, ou encore de la boule qui orne la carte géographique

Pour obtenir ce bleu intense, Johannes Vermeer a employé l'outremer, un pigment coûteux préparé par broyage de lapis-lazuli. Cette pierre fine était extraite de mines situées dans l'actuel Afghanistan, et transportée par bateau en Italie avant d'être distribuée dans toute l'Europe (azzurro ultramarino = bleu d'outre-mer).

La lettre
Le sujet principal du tableau s'articule autour de la lettre. La femme tient la missive fermement, presque fiévreusement, de ses deux mains...

... et la lit avec une attention extrême.

Johannes Vermeer ne donne aucune indication sur son contenu, ce qui ne fait qu'accentuer le caractère intime de la scène : outre la jeune femme et l'auteur de la lettre, nul ne sait ce qui y est écrit. Dans la peinture de genre néerlandaise du XVIIe siècle, les scènes de ce type sont le plus souvent relatives à des lettres d'amour. Est-ce le cas de ce tableau ?

Veste
Le vêtement bleu de la jeune femme est une "beddejak" : un type de veste que les femmes aisées portaient au lit.

Ces vestes possédaient des manches droites ...

... et étaient nouées de rubans, comme l'illustre le tableau.

On assiste donc à un moment privé : nul ne verrait habituellement cette dame dans cette tenue.

Certains ont suggéré que la femme est enceinte. Il est difficile de répondre à cette question avec certitude, car les vêtements comme ceux portés par la jeune femme ont toujours eu des formes plutôt arrondies.

Nature morte
Il s'agit sans doute d'une lettre venue inopinément. La femme porte encore ses vêtements de nuit et semble avoir été interrompue dans sa toilette matinale. On aperçoit un coffre à bijoux ouvert sur la table et un collier de perles à côté, laissant penser que sa propriétaire était en train de choisir sa parure. Une autre page de la lettre est posée à même le meuble, dans l'empressement de lire la suite.

Carte
La carte accrochée au mur représente la Hollande et la Frise-Occidentale. Johannes Vermeer dépeint une carte existante, imprimée dans les années 1620 par le célèbre cartographe Willem Jansz Blaeu. Cette même carte figure dans le tableau "Soldat et jeune fille riant" (Collection Frick, New York), mais le traitement en est différent. Dans "La Femme en bleu lisant une lettre", la carte est plus grande, moins colorée et comporte moins de détails. Johannes Vermeer modifiait librement la forme, la taille ou la couleur des objets si cela convenait mieux à ses compositions.

Le mur blanc
Les pans du mur blanc sont tout aussi importants que les objets représentés dans le tableau. Leurs formes géométriques équilibrent la composition. Leur espace contribue à l'ambiance calme et feutrée de la scène.

Johannes Vermeer a volontairement donné au mur une place prépondérante dans cette toile.

L'analyse aux rayons X révèle que le peintre a légèrement agrandi le côté gauche de la carte, alors que l'œuvre était déjà bien entamée. En rétrécissant ainsi légèrement la section adjacente du mur, il l'a mise davantage en équilibre avec l'espace vide en bas à droite.

Ombre double
Si l'on ne voit pas la source de lumière, il est clair que celle-ci vient de la gauche, indiquant la présence d'une fenêtre. Une deuxième source lumineuse est suggérée par les ombres doubles qui apparaissent derrière la boule ornementale de la carte géographique...

... et le dossier de la chaise gauche.

Ces ombres créent une distance entre le mur et les objets, offrant ainsi une meilleure perception de l'espace.

Une réalité ajustée
Voici un autre exemple illustrant comment Johannes Vermeer se permet d'ajuster la réalité quand cela lui convient. La boule ornementale de la carte et la chaise gauche projettent clairement des ombres sur le mur

tandis que la femme n'en possède pas, bien qu'elle le devrait.

C'est la manière du peintre d'attirer discrètement l'attention sur la femme, en utilisant la lumière et l'ombre comme des éléments de composition. Si la scène donne l'impression d'un instantané de la vie quotidienne, elle a bel et bien été minutieusement conçue par l'artiste.

Crédits : histoire

Cette exposition fait partie du projet de Google sur Johannes Vermeer.

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