L'histoire du Château de Vincennes

Château de Vincennes

Depuis huit siècles, le château de Vincennes est lié à l’histoire de la France comme peu d’édifices médiévaux. Il abrite le plus haut donjon royal d’Europe encore conservé en l’état, en plus d’être la seule résidence d’un souverain médiéval qui subsiste en France. C’est la seconde résidence des rois après le Palais de la Cité aux XIIe et XIIIe siècles et après le Louvre à partir du XIVe siècle. Le château occupe, dès la Renaissance, une fonction de prison royale et accueille bon nombre de célèbres prisonniers.

Le manoir des capétiens
Dès le XIIe siècle, le site, situé non loin du bois de Vincennes, abrite une résidence de chasse. On l’appelle le manoir capétien, du nom de la dynastie des rois qui l’a édifié. Le manoir est le lieu de séjour préféré des souverains lorsqu’ils veulent s’échapper de Paris. Saint Louis y séjourne régulièrement au XIIIe siècle et donne une importance nouvelle à Vincennes qui devient un lieu de gouvernement et de réunion du Conseil, ainsi qu’une résidence familiale où la reine séjourne.

Fontaine faisant partie des vestiges du manoir capétien, mis au jour lors de fouilles archéologiques, château de Vincennes


Les rois succédant à Saint Louis continuent de résider à Vincennes de manière régulière. Louis X (1314-1316) y est né et y a vécu presque sans discontinuité jusqu’à sa mort. Philippe VI (1328-1350), le premier Valois, accorde beaucoup d’importance à Vincennes. Sous son règne, le manoir reste une résidence familiale qui accueille femmes et enfants. Mais c’est également un lieu de décisions politiques majeur. C’est, par exemple, à Vincennes que sont prises les décisions liées à la préparation de la guerre de Cent Ans qui éclate en 1337.

Les fouilles archéologiques menées depuis la fin du XXe siècle et les découvertes réalisées lors de la restauration du donjon ont mis au jour des témoignages de la vie quotidienne de la cour royale au Moyen-Âge. On y trouve les traces de la présence de grands seigneurs, d’ecclésiastiques, de fonctionnaires, et de plusieurs centaines de serviteurs. Se dessine également l’organisation de la vie quotidienne : les contours de l’approvisionnement en eau, l’éclairage, l’usage des lieux et les techniques de construction.

Un symbole de l'Etat moderne
La construction du donjon démarre vers 1340, en pleine guerre de Cent Ans. Charles V arrive au pouvoir en 1364 et décide de bâtir à Vincennes une véritable ville royale fortifiée. Il souhaite faire du château le siège de son gouvernement, guidé par la volonté de rationaliser l’exercice du pouvoir en organisant l’administration du royaume. Son règne marque la naissance de l’Etat moderne. Il choisit le site de Vincennes pour son dessein, en raison de l’histoire et du prestige du lieu.

La salle du conseil, premier étage du donjon.

Chambre du roi, deuxième étage du donjon

Charles V délaisse le manoir pour s’installer dans le donjon en 1367-1368.
Une fois le donjon achevé, il ordonne la construction d’une enceinte rectangulaire rythmée de neuf tours et entourée de douves. La construction est extrêmement rapide. Une garnison militaire importante est installée avant même la construction de l’enceinte. Les travaux sont confiés au maître des œuvres, Raymond du Temple.

Détail des voûtes polychromes de la chambre du roi, deuxième étage du donjon

Le donjon et son enceinte

Le raffinement et le foisonnement des décors sculptés sont à l’image de Charles V, roi amoureux des arts. La richesse qui se dégage de l’ensemble affirme également sa puissance à une époque de contestation de son pouvoir. D’une part, le roi d’Angleterre, descendant direct de Philippe le Bel, roi capétien, revendique le trône, d’autre part, le peuple, accablé par la guerre et ses conséquences économiques, remet en question la légitimité de Charles V. C’est l’époque de la Grande Jacquerie (révoltes paysannes), mais aussi de la révolte d’Etienne Marcel (prévôt des marchands de Paris).

Console représentant une sirène, placé à la base d'une fenêtre du donjon.

Charles V, roi très pieux, commande également la construction de la Sainte-Chapelle, peu avant sa mort en 1380. Elle représente la dernière pierre de l’ensemble palatial qui vient affirmer la dimension chrétienne de la royauté française. Cet édifice abritait des fragments des reliques de la Passion rapportés par Saint Louis au XIIIe siècle, conservés par la suite dans la Sainte-Chapelle de l’Île de la Cité à Paris, construite à cet effet entre 1242 et 1248.

La Sainte-Chapelle de Vincennes

La Sainte-Chapelle de Vincennes ne sera achevée qu’à la Renaissance par l’architecte Philibert Delorme.

Sainte-Chapelle de Vincennes, abside

De plus, l’oratoire du roi situé dans la Sainte-Chapelle abrite le tombeau du duc d’Enghien, fusillé dans le fossé Sud du château et enterré sur place en 1804, accusé à tort d’un complot contre Napoléon. Dix ans plus tard, Louis XVIII fait déposer ses restes dans un tombeau entouré de quatre statues (le Duc, la Religion, la France enchaînée et le Crime). Depuis 1852, cet ensemble monumental se trouve donc dans l’oratoire du roi, et une colonne commémorative se trouve à l’endroit de l’exécution du duc.

Tombeau du duc d'Enghien

La silhouette massive du château et son donjon, témoin de l’architecture défensive la plus aboutie du milieu du XIVe siècle, abrite avant tout une résidence royale. Les rois de France se contentent d’y séjourner brièvement. Ils y viennent chasser ou se protéger des agitations de la capitale. Mais ils n’oublient pas la dimension symbolique du château de Vincennes comme haut lieu du pouvoir royal. François Ier vient assez souvent à Vincennes et fait quelques travaux de restauration du château. C’est ce dernier, ainsi qu’en Henri II, qui font achever la construction de la Sainte-Chapelle en respectant son style gothique. Le seul roi ne séjournant pas à Vincennes est Louis XVI.

Vidéo du château de Vincennes vu du ciel

Le roi Louis XIV participe lui aussi à l’évolution du lieu en confiant à Louis Le Vau la construction du pavillon du roi et celui de la reine. Un portail de style classique vient séparer la partie moderne de la partie médiévale avec, en prime, l’abaissement de la tour du Bois pour en faire un Arc de Triomphe. Mais l’installation de la cour à Versailles en 1682 sonne l’abandon du château de Vincennes comme résidence royale. Louis XV revient ponctuellement à Vincennes à l’occasion de parties de chasse. Peu à peu délaissé, le château est rayé de la liste des résidences royales en 1784 et devient pour un temps une manufacture de porcelaine (qui sera plus tard déplacée à Sèvres).

Le pavillon du Roi imaginé par l'architecte Louis Le Vau, 1658

La transformation de la demeure royale en prison
Dès la Renaissance, le donjon se transforme ponctuellement en prison royale. Pour adapter le donjon à cet usage carcéral, les fenêtres des trois premiers étages ont été murées ou pourvues de barreaux. Il abrite ainsi, pendant cinq siècles, des prisonniers dont certains de renom. 

Donjon du château de Vincennes, fenêtre munie de barreaux au rez-de-chaussée

Cette cellule a notamment accueilli Mirabeau, enfermé de 1777 à 1780 à Vincennes à la demande de son père. On doit les fresques sur les murs à Monseigneur de Boulogne, le confesseur de Napoléon Ie, incarcéré en 1810.

Un haut lieu militaire
Pendant la Révolution française, le donjon devient à nouveau une prison. Mais la population parisienne s’oppose à ce projet. Le château est sauvé de la destruction par le marquis de La Fayette. Puis, quelques années plus tard, le Directoire y installe l’Arsenal. Cette affectation militaire sauve le monument, contrairement à la prison de la Bastille. Sous la Restauration (1815-1830) et la monarchie de Juillet (1830-1848), les troupes de la garde royale assurant la protection des gouvernants s’y installent. 

Le général Daumesnil défendant Vincennes contre les alliés, Gastin Mélingue, 1882

Avec la chute de Napoléon en 1815, Pierre Daumesnil devient le symbole de la résistance du château contre les austro-russo-prussiens qui occupent alors la capitale. A cette époque, l’artillerie est en plein développement en France. Une école est créée à Vincennes en 1826 et ne fermera qu’en 1944. Lors du siège de la capitale, pendant la guerre contre la Prusse en 1870-1871, c’est du château de Vincennes que part la seule véritable contre-offensive.

De 1936 à 1940, le Grand quartier général de l’Etat-Major français (avec les généraux Gamelin et Weygand) s’y installe dans un ensemble souterrain creusé à cet effet.

Puis, l’armée allemande prend possession du château le 14 juin 1940. Elle l’utilise comme caserne mais aussi comme prison et lieu d’exécution. Le soir même de la Libération de Paris, le 24 août 1944, les Allemands quittent le château.

Un lieu de mémoire nationale
Le château a subi de graves dommages au cours de son histoire et des guerres qu’il a traversées. La Sainte-Chapelle est classée monument historique en 1853 et Viollet-le-Duc conduit sa restauration dès 1854. Le donjon est classé en 1913 et sa restauration débute après la Première Guerre mondiale.

la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, façade Sud, après les destructions de 1944

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont mis feu aux pavillons de Louis XIV en quittant les lieux. La Sainte-Chapelle porte également les stigmates de la guerre.

Château de Vincennes, le pavillon de la Reine en cours de restauration après l'incendie 29 août 1944

En 1947, un programme général de restauration est établi.

Depuis 1948, le site abrite le Service Historique de la Défense. De par le volume des archives et le nombre des ouvrages et cartes anciennes conservés, le monument est le troisième lieu de mémoire de France après les Archives nationales et la Bibliothèque nationale de France.

Credits: Story

Cette exposition virtuelle a été réalisée par les équipes du Centre des monuments nationaux, avec la contribution des équipes du Château de Vincennes, l’appui des équipes du pôle images et la coordination du pôle numérique.
Les images sont extraites de Regards - Banque d’images des monuments © Centre des monuments nationaux

Credits: All media
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