Johannes Vermeer et la musique
La musique était un sujet commun dans l'iconographie du siècle d'or néerlandais. Il n'est donc pas surprenant que les œuvres de l'artiste néerlandais Johannes Vermeer (1632-1675) contiennent de nombreuses représentations d'instruments et de chorale. On retrouve ce thème dans douze peintures de l'artiste. Il s'agit d'un nombre considérable, sachant que seuls 35 ou 36 tableaux lui sont attribués.
L'Entremetteuse (1656), Johannes VermeerOld Masters Picture Gallery, Dresden State Art Museums
"L'Entremetteuse", 1656
Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde
L'homme à gauche, peut-être un autoportrait de l'artiste, tient le manche d'un cistre, un instrument à cordes populaire au XVIIe siècle. Le cistre pouvait symboliser les relations harmonieuses, mais sa présence ici, dans une maison close, a plus probablement une connotation érotique. Il n'était pas rare que de la musique soit jouée dans les tavernes pour attirer les clients, et les cabarets servaient souvent de maisons closes. De plus, les cabarets mettaient habituellement des instruments de musique à disposition de leurs clients, qui étaient invités à se joindre au spectacle. Les boutons scintillants du manteau de fourrure à gauche et les reflets sur les verres ainsi que sur le pichet à vin en céramique témoignent du talent technique sans égal de Johannes Vermeer.
La Leçon de Musique Interrompue (ca. 1658-59), Johannes VermeerThe Frick Collection
"La Leçon de musique interrompue", vers 1658-1659
Collection Frick, New York
Les peintures comportant des thèmes musicaux faisaient probablement écho aux riches clients de Johannes Vermeer qui ont, pour la plupart, suivi une formation musicale. Cela faisait en effet partie de l'éducation typique des membres de la haute société. La femme et l'homme représentés sont probablement en pleine leçon de musique, comme semblent l'indiquer le cistre et le recueil de chants ouvert. Cependant, le fait que l'homme ne porte pas de chapeau (signe de familiarité), la présence d'un verre de vin et le tableau de Cupidon accroché au mur laissent penser que l'ambiance n'est pas réellement studieuse. Les peintures représentant des thèmes musicaux contiennent souvent de subtiles références à des intrigues romantiques, ce qui ajoute encore à leur attrait. Le regard dédaigneux de la femme suggère que nous avons interrompu un moment intime.
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La Leçon de Musique (c.1662 - 1665), Johannes VermeerRoyal Collection Trust, UK
"La Leçon de musique", vers 1662-1664
Collection royale, château de Windsor
Si la femme semble concentrée sur son virginal, un instrument à clavier coûteux, son reflet dans le miroir nous montre son intérêt caché pour l'homme, dont les lèvres entrouvertes indiquent qu'il lui parle ou qu'il chante sur la musique qu'elle joue. Va-t-il saisir la viole de gambe qui gît sur le sol et la rejoindre pour un duo ? Sur le virginal, on peut lire une inscription en latin qui peut se traduire par "La musique, compagne de la joie, remède de la douleur", une allusion aux pouvoirs réparateurs de la musique et aux vicissitudes de l'amour. Johannes Vermeer fait peut-être allusion à la relation entre les deux personnages.
La Femme au Luth (ca. 1662–63), Johannes VermeerThe Metropolitan Museum of Art
"La Femme au luth", vers 1662-1665
Metropolitan Museum of Art, New York
Cette femme élégante à l'air rêveur regarde par la fenêtre tout en accordant son luth, un instrument qui apparaît dans d'innombrables peintures du XVIIe siècle. Elle attend probablement l'arrivée d'un partenaire de duo et potentiel soupirant, dont la venue est sous-entendue par la viole de gambe gisant sur le sol et les recueils de chants épars.
Le Concert (About 1665), Jan VermeerIsabella Stewart Gardner Museum
"Le Concert", vers 1663-1666
Musée Isabella Stewart Gardner, Boston (perdu)
Le titre de la peinture révèle que nous assistons à un concert musical : la femme assise joue du clavecin, l'homme tient un théorbe à peine visible, et la dame debout chante en suivant la partition dans sa main. Cependant, le tableau à l'extrême droite laisse peut-être entendre tout autre chose. On peut reconnaître "L'Entremetteuse", un tableau de Dirck van Baburen qui appartenait à la belle-mère de Johannes Vermeer, Maria Thins, avec qui l'artiste et sa famille vivaient. Le tableau sert-il de contraste avec le trio chaste, ou, comme d'après certains spécialistes, implique-t-il que nous sommes des voyeurs dans une maison close haut de gamme ?
L'Art de la Peinture (1666/1668), Jan VermeerKunsthistorisches Museum Wien
"L'Art de la peinture", vers 1662-1668
Kunsthistorisches Museum, Vienne
Enveloppée dans un volumineux morceau de tissu bleu, la femme qui prend la pose se tient devant l'artiste (peut-être Johannes Vermeer lui-même) et représente Clio, la muse de l'Histoire. Sa couronne de laurier symbolise la gloire et la vie éternelle, et sa trompette représente la renommée. Cesare Ripa cite ces attributs dans son "Iconologia", un recueil d'emblèmes du XVIe siècle destiné à être utilisé comme source d'allégories par les artistes et les poètes. Johannes Vermeer semble avoir puisé son inspiration dans l'ouvrage de Cesare Ripa à plusieurs occasions.
Girl with a Flute (probably 1665/1675), Attributed to Johannes VermeerNational Gallery of Art, Washington DC
"La Jeune Fille à la flûte", vers 1665-1670
National Gallery of Art, Washington DC
Bouche entrouverte, la jeune fille semble sur le point de parler, peut-être pour nous réprimander de l'avoir interrompue en plein morceau. Elle porte un chapeau conique à rayures qui n'est pas typiquement néerlandais et qui aurait paru plutôt exotique aux spectateurs du XVIIe siècle. Bien que considéré comme une flûte, l'instrument qu'elle tient est une flûte à bec, dont l'apparence a peut-être été modifiée ultérieurement. Les flûtes à bec étaient souvent associées à des thèmes pastoraux ou érotiques, mais ici, il s'agit apparemment d'un simple divertissement pour l'élégante jeune femme.
A Young Woman standing at a Virginal A Young Woman standing at a Virginal (about 1670-2), Johannes VermeerThe National Gallery, London
"Une dame debout au virginal", vers 1670-1674
National Gallery, Londres
Ce virginal richement orné, avec ses fausses marbrures extérieures et le paysage peint sur son couvercle, a probablement été fabriqué par la famille Ruckers d'Anvers, des créateurs renommés de clavecins et de virginals. La présence de Cupidon implique qu'il y a de l'amour dans l'air. D'ailleurs, sans surprise, les virginals représentaient traditionnellement l'amour et les relations harmonieuses. Cette femme somptueusement vêtue joue-t-elle pour un soupirant situé en dehors du cadre, ou son regard enjoué nous invite-t-il à nous asseoir sur la chaise vide à côté d'elle ?
A Young Woman seated at a Virginal A Young Woman seated at a Virginal par Johannes VermeerThe National Gallery, London
"Jeune femme jouant du virginal", vers 1670-1675
National Gallery, Londres
Ce tableau va probablement de pair avec le précédent. Dans celui-ci, on peut également voir une jeune femme jouant du virginal, mais l'ambiance crépusculaire suggère un moment plus avancé de la journée. Une viole de gambe et un archet ont remplacé la chaise vide. On distingue de nouveau "L'Entremetteuse" jouant du luth de Dirck van Baburen, bien que Johannes Vermeer ait remplacé le cadre en ébène visible dans le tableau "Le Concert" par un cadre doré. S'il est difficile d'interpréter le sens de la présence de "L'Entremetteuse" dans "Jeune femme jouant du virginal" (si elle en a un), Johannes Vermeer connaissait bien cette toile, car elle appartenait à sa belle-mère. Le tableau original fait aujourd'hui partie de la collection du musée des Beaux-Arts de Boston.
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Dame Jouant du Virginal (ca. 1670-72), Johannes VermeerThe Leiden Collection
"Dame jouant du virginal", vers 1670
Collection Leiden, New York
La représentation désormais familière d'un personnage féminin jouant du virginal est ici exécutée de façon simplifiée. En comparaison des autres scènes peintes par Johannes Vermeer, dans celle-ci, la jeune femme comme l'instrument sont représentés de manière plus dépouillée, et le décor est minimaliste. La coiffure complexe et la tenue somptueuse de la jeune femme, ainsi que son agilité musicale apparente, suscitent néanmoins une impression de raffinement. La maîtrise des effets lumineux de Johannes Vermeer est révélée par le lustre subtil de la jupe, l'éclat du collier de perles et les reflets délicats sur le boîtier du virginal.
Cette exposition fait partie du projet de Google sur Johannes Vermeer.
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