1820 - 1883

Les Lys et la République

The Château of Chambord

Henri, comte de Chambord (1820-1883) 

Monarchie 

ou République ? 

1870-1875

Entre la proclamation de la République le 4 septembre 1870 et le vote des lois constitutionnelles de 1875, la France connaît une période politique indécise. Le choix du régime républicain se fait dans l’urgence de la défaite face à la Prusse, la carence de l’Empire après la capitulation de Sedan et la capture de Napoléon III. Sans révolution ni effusion de sang, un gouvernement de Défense nationale se met en place et fait face à l’invasion du territoire.

Cogniet, Léon (1794-1880). Scène de juillet 1830, dit aussi Les drapeaux
Détail du trône d'apparat du comte de Chambord

Les élections générales du 8 février 1871 tournent à l’avantage des conservateurs et l’Assemblée nationale est l’une des plus aristocratiques que la France ait connues, notamment grâce au vote de la population rurale qui a soutenu les thèmes fédérateurs, comme la recherche de la paix et de l’ordre. Arithmétiquement majoritaires, les monarchistes se divisent en deux groupes, légitimistes et orléanistes. Pourtant, Jules Grévy, aux fortes convictions républicaines, est élu à la présidence de l’Assemblée ... La capitulation de Paris et le siège éprouvant qui s’installe exacerbent les esprits. Proclamée le 28 mars 1871, la Commune de Paris fait surgir une guerre civile qui oppose l’armée « officielle » et les communards. 

Chef du pouvoir exécutif, Adolphe Thiers fait réprimer très durement ce mouvement par le maréchal de Mac-Mahon et affirme que le régime est en place « en attendant qu’il soit statué sur les institutions de la France »... À cette période, le comte de Chambord, très informé des événements par le biais de dépêches télégraphiques et la lecture de nombreux journaux, décide de se rapprocher de la France. Entre août 1870 et avril 1871, il s’installe en Suisse d’oú il écrit au futur empereur Guillaume qu’il se tient prêt, « si [s]on pays l’appelle », à remplir la mission « qu’un devoir sacré » lui impose, mais avec son aide à la faveur de la victoire prussienne. La réponse est claire : Guillaume ne veut en rien imposer un régime en France et s’en tient à un statu quo. La tentation d’une restauration demeure forte chez le prince, qui effectue en juillet 1871 son premier voyage en France depuis 1830.

Arrivant de Frohsdorf, le comte de Chambord se rend à Blois dans la nuit du 2 au 3 juillet. Il parcourt nuitamment le cœur historique de la ville, puis s’accorde un peu de repos à l’Hôtel d’Angleterre, qui domine les quais de la Loire. 

Hôtel d'Angleterre à Blois où s'arrêta le comte de Chambord en juillet 1871

A Chambord, le comte est accueilli par le régisseur du domaine, Eugène Arnoult, qui a préparé à son intention un logement dans l’enceinte basse du château. 

Lors de son unique séjour, le comte rédige et publie un important manifeste le 5 juillet 1871. Dans ce texte essentiel, il affirme son attachement irréversible au drapeau blanc: “Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe ...”. Le texte est publié quelques jours plus tard dans le journal Le Figaro.  

Le comte quitte Chambord le 6 juillet pour se rendre à la gare de Blois, d’où il prend un train de nuit pour Paris. Étrangement, aucune gravure, aucune photographie, ne semble avoir été réalisée à l’occasion du séjour du prince dans son domaine. Il reprend le chemin de l’exil.

Plaque commémorative du Manifeste du comte de Chambord du 5 juillet 1871

 À Paris, en plein débat « constitutionnel », Adolphe Thiers affirme que la République est le régime qui divise le moins les Français. Le titre de président de la République remplace celui de chef du pouvoir exécutif le 31 août 1871 et un régime parlementaire conservateur se met en place. En mai 1873, le duc de Magenta, Patrice de Mac-Mahon, succède à Thiers. Les conditions d’une restauration monarchique sont apparemment réunies et le rapprochement, voire la fusion, des deux branches royalistes semble imminent. Dans un contexte d’ordre moral et de ferveur religieuse, le comte de Paris se rend à Frohsdorf où il est reçu par le comte de Chambord. Les conditions posées au prince d’Orléans sont claires: il doit simplement reconnaître le principe de légitimité monarchique et renouer ainsi avec la continuité dynastique ... Mais, sans espoir de postérité pour le comte de Chambord, la succession irait aux Orléans... 

Seule la question cruciale du drapeau reste sans réponse. Le comte de Chambord veut traiter directement avec l’armée après son retour sur le trône de France. A Paris, Une commission constitutionnelle commence à travailler en attendant la réponse du prince. Un député royaliste, Charles Chesnelong, est envoyé à Frohsdorf à la mi-octobre. L’accord semble réalisé sur la plupart des sujets : droit royal héréditaire, élaboration d’une constitution, séparation des pouvoirs, mais la couleur du drapeau reste indécise et les royalistes pensent obtenir un accord en proposant la cohabitation des deux modèles... Le prince ne veut pas transiger sur une question essentielle et ne veut pas avoir à négocier avec l’Assemblée. Sans accord concret, Chesnelong revient à Paris et fait état d’un accord sur un maintien provisoire du drapeau tricolore en attendant un choix futur du souverain. La presse se fait l’écho du consentement du prince.

Musée des souverains. Projet d'entrée triomphale d'Henri V dans sa bonne ville de Paris ... 1871

 La Restauration n’a jamais été si proche. Un projet de déclaration rétablissant la monarchie est rédigé et des voitures de parade sont commandées chez le carrossier Binder pour une entrée royale du prince à Paris. Le cérémonial se met en place pour le 5 novembre. Mais une lettre du comte de Chambord adressée à Chesnelong le 27 octobre, publiée le 30 octobre dans le journal L’Union, ruine tous les espoirs. Le comte de Chambord y répète son refus absolu de devenir un roi « légitime de la Révolution » en cédant sur la couleur du drapeau. Il se présente comme le garant de la tradition et le défenseur de l’honneur des Bourbons : “ Ma personne n’est rien, mon principe est tout ”. La solution proposée par le duc de Broglie est de prolonger les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon. Le comte de Chambord tente alors une dernière manœuvre. Il vient incognito en France, le 9 novembre 1873, et s’installe à Versailles. Il y passe douze jours dans l’espoir d'un retournement de situation. Mais le maréchal refuse de le rencontrer et de sortir des prérogatives de sa fonction. Rien ne se passe, au grand dam des royalistes les plus fervents, et le prince reprend le chemin de l'exil. Le 20 novembre 1873, l’Assemblée vote la loi du septennat et « confie », à tire personnel, le pouvoir exécutif au maréchal de Mac-Mahon jusqu’aux « modifications qui pourraient y être apportées ». Une solution d’attente en quelque sorte...

Inspirée d’un tableau de Rembrandt, la gravure représente les principaux hommes politiques de l'époque, le duc de Broglie, de Fourtou, Thiers, Victor Hugo, Jules Favre, un prêtre, Gambetta, le duc d’Aumale, le comte de Chambord, le prince impérial au chevet de la France, dont la dissection est confiée au maréchal de Mac-Mahon. Leur intérêt à sonder les entrailles du pays illustre les incertitudes sur la forme du nouveau régime, République proclamée ou restauration monarchique.

La leçon d’anatomie (politique) d’après Rembrand, pendant les vacances d’été en 1877

 Symbole constitutionnel de la République française, le drapeau tricolore ne prend pourtant sa forme définitive que le 15 février 1794 (27 pluviôse an II). Un décret de la Convention décide que le pavillon national sera formé “ des trois couleurs nationales, disposées en trois bandes égales, posées verticalement, de manière que le bleu soit attaché à la gauche du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs ”.

La légende attribue au peintre Louis David le choix de l'ordre des couleurs. 

Le drapeau tricolore disparaît avec le retour de la monarchie de 1814 à 1830. Lors des « Trois glorieuses », les 27, 28 et 29 juillet 1830, les républicains arborent le drapeau tricolore sur les barricades comme signe d'insurrection et de ralliement contre Charles X. Louis-Philippe proclame que « la Nation reprend ses couleurs » et réaffirme que le drapeau de la France est le drapeau bleu, blanc, rouge. Le 25 février 1848, lors de la proclamation de la République, les insurgés veulent un drapeau totalement rouge. C'est Lamartine qui harangua la foule et sut trouver les mots pour sauver le drapeau national.

Drapeau de la France

“L'enfant du miracle” 

1820-1830

Au soir du 13 février 1820, le duc et la duchesse de Berry se rendent à l’Opéra. À l’entracte, le duc raccompagne son épouse jusqu’à sa voiture lorsqu’un homme le poignarde.

Gravement blessé, le duc agonise plusieurs heures dans le salon de la loge royale, entouré par la famille royale. Le duc expire au petit matin. Partout, c’est la stupéfaction. Ses funérailles sont organisées en grande pompe par Louis XVIII, qui assiste à la cérémonie. Son corps est transporté dans un char funèbre jusqu’à la basilique Saint-Denis où a lieu l’inhumation.

MENJAUD, Alexandre (1773-1832), Les derniers moments du duc de Berry dans le foyer de la salle de l’Opéra

Le 29 septembre 1820, vers 2 heures du matin, la duchesse de Berry donne naissance à un garçon au palais des Tuileries. Il est prénommé HENRI, en hommage à Henri IV, le fondateur de la dynastie des Bourbons. Il porte également les prénoms de CHARLES, FERDINAND, MARIE, DIEUDONNÉ (donné par Dieu). Pour attester de la légitimité de la naissance, plusieurs témoins sont invités à assister aux premiers soins du bébé. Vers 5 heures du matin, la naissance est officiellement annoncée à la population parisienne. Paris fête l’héritier du trône. 

De nombreux poètes célèbrent l’événement. Victor Hugo, Chateaubriand publient des vers à la gloire de « l’enfant du miracle » comme le désigne Lamartine : 

« Il est né, l’enfant du miracle ! / Héritier du sang d’un martyr / Il est né d’un tardif oracle / Il est né d’un dernier soupir ! / Aux accents du bronze qui tonne / La France s’éveille et s’étonne / Du fruit que la mort a porté ! / Jeux du sort ! Merveilles divines ! / Ainsi fleurit sur des ruines / Un lys que l’orage a planté. » 

Alphonse de Lamartine, Méditations, 9e édition, octobre 1820.

J. HIRTORFF et J. LECOINTE (archit.) ; P. RENOUARD (éd.), Description des cérémonies et des fêtes qui ont eu lieu pour le baptême de Son Altesse Royale monseigneur Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné d’Artois, duc de Bordeaux (détail)

Après la naissance de « l’enfant du miracle », le comte Adrien de Calonne, fourrier des logis de la Maison du roi, propose d’acquérir par une souscription nationale le château de Chambord, mis en vente quelques mois plus tôt, pour l’offrir au duc de Bordeaux. La collecte de fonds réussit et l'adjudication a lieu le 5 mars 1821. Un palais royal pour l’héritier miraculeux des Bourbons... La scène allégorique représente la France offrant les clefs du château à la duchesse de Berry, assise dans un fauteuil, entourée de son fils et de sa fille. Trois enfants présentent le plan du château, que l’on devine à l’arrière-plan. Un buste d’Henri IV est orné de la mention « Resurexit » (« Il a repris vie ») et sur une tenture derrière, on peut lire « A Deo datus » (« Donné par Dieu »).

GOSSE, Nicolas-Louis-François (dess.) ; JAZET (grav.), La France offre les clefs du château de Chambord à la duchesse de Berry, 1821
BOUILLÉ, Roger de (dess.), Liste des souscripteurs du Poitou
Premières armes de Monseigneur le duc de Bordeaux, 1822-1825
Bureau à gradin d’enfant

Une vie d'exil

1830-1883

La crise politique de 1830 conduit le peuple à prendre les armes contre les décisions liberticides du roi. La Révolution dure pendant les Trois Glorieuses (27, 28 et 29 juillet). Partout dans la capitale sont dressées des barricades sur lesquelles flotte le drapeau tricolore. Après les combats, les députés nomment le duc d’Orléans, cousin du roi déchu, « lieutenant général du royaume ». 

Le 2 août 1830, Charles X, replié à Rambouillet, est contraint d’abdiquer. Il parvient à convaincre son fils, le Dauphin Louis- Antoine, duc d’Angoulême, de renoncer lui-même au trône au profit du duc de Bordeaux qui régnerait sous le nom d’Henri V. 

Louis-Philippe annonce par décret l’abdication de Charles X et du Dauphin, sans mentionner l’avènement d’Henri V. La Chambre des députés constate la vacance du trône et lui propose, le 7 août, le titre de « roi des Français ». La Chambre des pairs fait de même, malgré un éloquent plaidoyer de Chateaubriand en faveur d’Henri V.

C’est le début de la monarchie de Juillet et d’un long exil pour la famille des Bourbons. 

D’HARDIVILLER, Charles-Achille, 8 heures. La bénédiction et les adieux du soir

Les lieux de résidence de la famille royale en Europe se succèdent. Les Bourbons et les Habsbourg ont d’indéfectibles liens familiaux. La famille s’installe donc à Prague, en novembre 1832, dans le palais du Hradschin qui surplombe la ville. À la fin de l’année 1836, la Cour en exil quitte Prague pour s’installer dans le palais Coronini, à Goritz, en Autriche. Quinze jours à peine après son arrivée, Charles X est saisi d’un « refroidissement » qui le précipite dans la mort. Henri est effondré de perdre son « Bon Papa », auprès duquel il a toujours vécu et qui lui a donné toute son affection. 

Carte d'Europe, 1837

A partir de ce palais, le comte de Chambord découvre l'Europe avec son nouveau gouverneur le duc de Lévis. Le séjour à Rome en 1840 est l’occasion de faire réaliser son portrait officiel par un peintre de talent. Trois ans plus tard, à la fin de 1843, à l'occasion d'un voyage en Angleterre et d'un séjour à Londres, il exprime plus clairement sa volonté politique. Il y rencontre une foule de Français venus spécialement pour le voir. C'est une période importante pour son image de prince. Peu après, Henri commence à tenir un journal dans lequel il écrit : « J’avoue que lorsque je fus sorti de cette grande prison où l’on semblait vouloir me retenir, j’éprouvai un sentiment de satisfaction indicible. »

PODESTI, Francesco (1800-1895), portrait du comte de Chambord, 1840
La comtesse de Chambord
Palais Cavalli, Venise

Eugène Grandsire publie en 1850 un album de l'exil dans lequel il représente les résidences occupées par la famille royale depuis 1830. On y découvre les palais et châteaux de Lulworth, d'Holyrood, de Prague ou Venise mais aussi des lieux plus symboliques comme la chapelle où eut lieu le mariage en 1846. 

 

Le comte de Chambord passe l’année entre Frohsdorf, Venise, où il possède un palais au bord du Grand Canal, et d’autres résidences autrichiennes. Il reçoit souvent des visiteurs français de tous milieux, avec lesquels il parle des progrès de l’industrie et de leurs conditions de travail. Ses journées s’organisent autour de réunions avec ses collaborateurs, séances de lecture et de travail solitaires ou moments de dévotion. Il passe également de nombreuses heures à la chasse, en promenade ou à pratiquer la natation. C’est un homme studieux, vivant sobrement et dans le respect d’une grande moralité pour donner l’image d’un prince irréprochable.

Le comte de Chambord voyage aussi parfois : dans les États autrichiens ou dans les pays voisins. En 1861, il entreprend un voyage de plusieurs semaines en Orient où il veut découvrir de nouvelles cultures, comprendre la politique internationale et rejoindre la Terre Sainte.

GRANDSIRE, Pierre Eugène,  Château de Frohsdorf, Autriche
Lettre annonçant la nomination du comte Alexandre de Monti de Rezé en tant que président du comité légitimiste siégeant à Nantes, 31 mars 1876
A. CHARRON (sculpt.) ; ateliers St Hilaire, buste du comte de Chambord, 1883

Le comte de Chambord termine sa vie dans ses villas de Goritz ou de Frohsdorf sans jamais renoncer au trône... Il continue donc à recevoir des partisans, à écrire à ses correspondants ou dans son journal, inlassablement. Mais il vieillit et commence à se fatiguer. 

À partir de 1880, le prince se plaint de plus en plus de problèmes gastriques. Il suit un régime alimentaire depuis près d’un an pour mettre fin à son fort embonpoint. Au début du mois de juin 1883, son état s’aggrave : outre de fortes douleurs dans le ventre, il peine à s’alimenter et à dormir. On fait venir auprès de lui de nombreux médecins et chirurgiens qui concluent à un cancer de l’estomac. 

Le 2 juillet, L’Union publie un communiqué sur l’état de santé du prince : « Nous apprenons à l’instant avec une inexprimable douleur que M. le comte de Chambord est atteint d’une maladie aussi grave qu’imprévue. » Les messages de soutien affluent vers Frohsdorf de toute l’Europe. Une quarantaine de journalistes s’installent dans le village et publient quotidiennement des rapports sur l’état de santé du prince, tenus informés par l’un de ses gentilshommes de service.

MONTI DE REZÉ, René (comte de ; 1848-1934), Déjeuner du 7 juillet 1883 : plan de table mentionnant les convives
Photo du salon du château de Frohsdorf
Grand fauteuil d’apparat du comte de Chambord

Le 5 juillet 1883, le prince reçoit les derniers sacrements par son aumônier et la bénédiction papale. Son état s’améliore ensuite quelque peu. Dans les jours qui suivent, le malade reçoit plusieurs visites, dont celle des princes d’Orléans. Il se promène dans un siège roulant dans le parc de Frohsdorf et part même chasser, autant d’imprudences qui aggravent considérablement son état. Le 15 août, il commence à délirer et peine à reconnaître ses collaborateurs. Cinq jours plus tard, il leur fait ses adieux. 

Le 24 août, au petit matin, il expire à l’âge de soixante-deux ans. La mort du prince est annoncée aux Français par la presse dans les jours qui suivent. L’annonce frôle l’indifférence pour les uns, la profonde tristesse pour les autres. Plusieurs cérémonies sont organisées à Frohsdorf, à Goritz ou encore à Paris et à Chambord.  Le 2 septembre, à Goritz, on rapporte que 12 000 personnes, dont 4 000 Français, suivent le char funèbre qui conduit le prince dans sa dernière demeure. Dans son testament, il lègue la quasi-totalité de ses biens et sa fortune à son épouse et à ses neveux, le duc Robert de Parme et le comte Henri de Bardi. Mais il n’y fait aucune mention de ses successeurs sur le trône de France.

Couvent de la Castagnavizza, le « Saint-Denis de l’exil » (aujourd’hui Kostanjevica à Nova Gorica en Slovénie)

Sur cette image satyrique, les membres de la famille d’Orléans, qui n’ont pourtant pas assisté aux funérailles du comte de Chambord à Goritz, ont un double visage. 

Ils pleurent le défunt et se réjouissent de sa disparition. Sur la couronne, on lit :

« Sa famille inconsolable continue son commerce ».

« Le convoi du comte de Chambord », extrait du journal satirique « Le Grelot »

Le comte de Chambord est inhumé dans la crypte du couvent de la Castagnavizza, auprès de Charles X, de sa sœur, du duc et de la duchesse d’Angoulême.

Photo de la crypte du couvent de la Castagnavizza, le « Saint-Denis de l’exil » (aujourd’hui Kostanjevica à Nova Gorica en Slovénie)

Les représentations 

du prince

Dès 1820, le prince est abondamment représenté sur des estampes, souvent sous forme allégorique. Au service de la propagande royale, ces images mettent en avant sa naissance miraculeuse et l’avenir de la dynastie. On y retrouve souvent l’image d’Henri IV, fondateur de la dynastie des Bourbons, dont le jeune duc de Bordeaux doit être le digne successeur. Après le départ en exil, les images relatives au prince sont moins populaires, même si elles sont encore nombreuses pendant son séjour écossais. 

Grâce aux gravures, on peut suivre le prince exilé dans ses activités quotidiennes ou dans des scènes de genre. Les royalistes rappellent que, malgré son absence physique, le prince reste attaché à sa patrie et se prépare à régner. Mais les auteurs des estampes risquent de voir leurs œuvres saisies. Le prince est donc désigné par des périphrases tels que « le petit orphelin » ou « le petit pèlerin », appellations discrètes bien comprises des légitimistes. 

Au fil des années, la propagande par l’image laisse place à une propagande par les objets. Les traits du prince, son monogramme ou son nom sont représentés sur des supports aussi divers qu’insolites : bustes et statues, éléments de vaisselle ou d’habillement, objets de dévotion, etc. Ces objets sont acquis comme un témoignage de fidélité par les légitimistes. Le comte de Chambord lui-même use de ces objets pour remercier ses fidèles partisans.

Boîte ornée du portrait du duc de Bordeaux
ENGELMANN (Godefroy), 1788-1839,  Le petit pèlerin »
Médaille en plomb : sur l'avers "Henri V 1848"
Sur le revers : "Il reviendra couronné par l'amour des Français"
Graffiti royaliste dans le château de Chambord. "H. DEVANSSAY. HENRI V SEUL EST MON ROI". Ce graffiti est l'oeuvre d'un fervent partisan du comte de Chambord, Henri de Vanssay (1823-1894) qui était gentilhomme de service à Frohsdorf lors de la rencontre avec les princes d'Orléans en 1873.
Parure de bijoux légitimistes

Chambord, 

le domaine du prince

Le domaine de Chambord a été donné en 1809 par Napoléon Ier au maréchal Berthier, major général de la Grande Armée. Quatre ans après son décès, en 1819, sa veuve obtient du roi l’autorisation de vendre le domaine, qu’elle ne peut plus entretenir. Des démolisseurs convoitent cette gigantesque masse de pierre ... 

Après la naissance de « l’enfant du miracle », le comte Adrien de Calonne, fourrier des logis de la Maison du roi, propose d’acquérir l’« unique monument encore entier du siècle de François Ier [...], seul échappé intact au vandalisme révolutionnaire » pour l’offrir au duc de Bordeaux, par souscription nationale.  

Le roi Louis XVIII accueille favorablement cette idée.  Une commission composée d’une cinquantaine de membres est rapidement formée pour organiser la procédure. Huit de ses membres forment la « Commission d’exécution ». Il s’agit notamment de Calonne, l’initiateur du projet, de l’archevêque de Paris ou encore du vicomte de Chateaubriand. La souscription est accueillie avec enthousiasme par une grande partie de l’opinion publique. Les « Communes du royaume, les Corps, les Corporations » participent à l’achat du domaine, comme de nombreux donateurs privés. La souscription recueille malgré tout quelques oppositions. 

Des pamphlets sont même édités pour dénoncer le projet, tel que celui de Paul-Louis Courier qui vaut à son auteur une peine d’emprisonnement de deux mois et la saisie de l’ouvrage dès sa parution.

Anonyme, L’arrivée de la duchesse de Berry à Chambord. 1828
Plan général du domaine de Chambord en 1856
Manufacture Gagnot-Sausse (Blois), Ensemble de pièces de broderies au point 

Le château de Chambord est ouvert gratuitement au public dès 1821. Dans une Notice historique et descriptive du château de Chambord et de ses dépendances, on lit en 1822 : « Si quelque chose peut compenser la douleur qu’on éprouve à l’aspect de tant de dévastation, c’est que, de toutes parts, les offrandes d’un peuple généreux et sensible vont concourir à rendre ce palais à l’héritier du trône, aux arts et à l’admiration des siècles futurs, auxquels il offrira un exemple éclatant de la munificence de François Ier, et un témoignage sincère de l’amour et de l’attachement des Français pour leurs souverains. » 

Le comte de Chambord emploie d’importantes sommes pour restaurer le palais et le meubler. Entre 1845 et 1850, le marquis de Pastoret et le comte de Lévis procèdent à l’achat de pièces de mobilier, tableaux, sculptures, etc. Le monument devient une sorte de musée du comte de Chambord dans lequel sont présentés au public de nombreux tableaux de famille, des œuvres provenant de l’ancienne collection de la duchesse de Berry ou offertes au comte de Chambord. Le comte de Chambord ne découvre cependant son domaine qu’en 1871, au moment où il est de nouveau autorisé à fouler le sol français, au terme d’un exil de plus de quarante ans. A la mort du prince, le château comprend 22 meubles, 45 tableaux, 60 objets d’art. 

LEMERCIER (lithographe), PENSEE (dessinateur), LA SAUSSAYE (auteur) ,Vue de la coupole du grand escalier
Salle dite "du trône", au premier étage du château. Etat du début du XXe siècle
Salle dite "du trône", au premier étage du château. Etat restitué en 2013
Credits: Story

Directeur général du domaine national de Chambord — Jean d'Haussonville
Directeur du comité scientifique — Emmanuel de Waresquiel
Commissaire de l'exposition — Luc Forlivesi, conservateur en chef du Patrimoine
Assisté de  — Virginie Berdal, chargée de recherches
Denis Grandemenge, régisseur des collections
Christelle Turpin, suivi administratif et budgétaire
Avec l'aimable autorisation du musée de Beaux-Arts d'Orléans —

Credits: All media
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