Le Centre national du costume de scène a ouvert en 2013 son premier espace d’exposition permanent dédié à Rudolf Noureev, icône de la danse. Dans une scénographie imaginée par Ezio Frigerio, l’espace composé de trois salles commémore sa carrière exceptionnelle, son travail de chorégraphe, son cadre de vie, son goût pour les décors et les intérieurs opulents, sa passion de collectionneur (objets, mobilier et textiles) et son amour pour la musique.

Rudolf Noureev joue un rôle majeur dans l’histoire de la danse au XXe siècle. Il conserve la force et la technique du danseur classique, mais les raffine à l’extrême. Dès le début de sa carrière, il revisite les rôles masculins et leur donne plus de présence et de virtuosité. Il interprète ses rôles en acteur, avec charisme et vérité dramatique. Après lui, cette interprétation est devenue de règle chez les danseurs.

Rudolf Noureev attache une grande importance à ses costumes et à ceux de ses productions. Sur scène, il cherche à mettre son corps en valeur sans entraver ses mouvements. Afin d’allonger sa silhouette, il abandonne la culotte courte de « pudeur » et ne porte que des collants pour dégager le travail de ses jambes. Après son passage à l’Ouest, la coupe et les caractéristiques de ses costumes se dessinent progressivement au gré de ses rencontres avec les costumiers. Ces recherches aboutissent dans les années 1960 à un modèle de pourpoint, veste sans col, ajustée, se terminant en pointe, qu’il adopte ensuite pour tous ses costumes, quel que soit le style de la production.

Pourpoint pour le rôle du Prince dans "Casse-Noisette"
Pas de deux, costumier indéterminé,  1962. Soie, faille, verroteries. Coll. CNCS
Paire de chaussons de danse (demi-pointes)
Dernier quart du xxe siècle, Londres. Cuir. CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev. 
Pourpoint pour le rôle de Roméo
"Roméo et Juliette", acte II. Costume d’Ezio Frigerio, 1977, London Festival Ballet. Velours, lamé argent, soie. CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev. 
Pourpoint pour le rôle de Basilio dans "Don Quichotte"
"Don Quichotte", acte III. Costume de Nicholas Georgiadis, 1979, Ballet de l’Opéra de Zurich. Soie, lamé or et argent, dentelle.CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev. 
Pourpoint pour le rôle de Jean de Brienne dans "Raymonda"
"Raymonda", acte III. Costume de Nicholas Georgiadis, 1983, Opéra national de Paris. Soie, lamé or. Coll. CNCS / Opéra national de Paris. 
Costume pour le rôle d’Arlequin
"Arlequin, magicien par amour". Costume de Claudie Gastine, 1984, Opéra Comique, Paris. Satin de coton, peinture, cuir. Coll. CNCS / Opéra national de Paris. 

Durant sa carrière, Noureev remonte ou crée près de quinze ballets dont beaucoup sont encore dansés aujourd’hui par les plus prestigieuses compagnies de danse. Ces productions sont parfois très proches des chorégraphies qu’il a dansé en Russie, comme "La Bayadère" et "Don Quichotte" ; ou elles donnent lieu à une relecture nouvelle, comme "Cendrillon", dont Noureev choisit de placer l’action dans les studios d'Hollywood ambiance années 30 avec une Cendrillon star de cinéma.
Il crée également des ballets inédits, en un acte, qui témoignent de son appétit culturel insatiable, s’inspirant en effet souvent de la musique (Bach suite) ou de la littérature ("Manfred", "La Tempête", "Washington Square").

Costume porté par Sylvie Guillem pour le rôle de Cendrillon
"Cendrillon", acte II. Costume de Hanae Mori, 1986, Opéra national de Paris. Mousseline, soie, paillettes, plumes. Coll. CNCS / Opéra national de Paris.
Tutu porté par Noëlla Pontois pour le rôle de Nikiya dans "La Bayadère"
"La Bayadère", acte III, dit acte des Ombres. Costume de Martin Kamer, 1974, Opéra national de Paris. Satin blanc, lamé argent, galons noir, argent, perles. Coll. CNCS/ Opéra national de Paris.
Costume porté par Nicolas Tsiskaridzé pour le rôle de Solor dans "La Bayadère"
"La Bayadère", acte III (acte des Ombres). Costume de Franca Squarciapino, 1992, Opéra national de Paris. Soie blanche, fil métallique doré, paillettes. Coll. CNCS / Opéra national de Paris.
Costume porté par Laurent Hilaire pour le rôle de Solor dans "La Bayadère"
"La Bayadère", acte I. Costume de Franca Squarciapino, 1992, Opéra national de Paris. Sari vert et or, paillettes. Coll. CNCS / Opéra national de Paris. 

Décors et costumes occupent une place importante dans les chorégraphies de Noureev. L’imagination de Noureev se nourrit des fastes de la Russie des tsars, des somptueuses productions des Ballets russes de Diaghilev, et de l’esthétique des films de Visconti et de Zeffirelli. Noureev aime les spectacles fastueux, généreux, abondants comme des cérémonies. Il travaille avec des décorateurs qui partagent ses goûts et sa vision : Barry Kay, Nicholas Georgiadis, Martin Kamer, Ezio Frigerio, Petrika Ionesco…

Maquette de décor (Reconstitution 2013). "Raymonda", acte II. Décor de Nicholas Georgiadis, 1983, Opéra national de Paris. 
Maquette de décor (Reconstitution 2013). "Cendrillon", acte III. Décor de Petrika Ionesco, 1986, Opéra national de Paris.
Maquette de décor (Reconstitution 2013). "La Bayadère", acte II. Décor d’Ezio Frigerio, 1992, Opéra national de Paris.
Salle 3
La troisième salle est consacrée à Noureev collectionneur. Elle abrite une reconstitution de son intérieur parisien.

La muséographie présente une reconstitution de son salon parisien à partir de meubles, objets, tableaux et gravures qui proviennent à la fois de ses appartements parisien et newyorkais. Noureev possédait à la fin de sa vie sept propriétés dans le monde : un appartement dans un hôtel particulier au 23 quai Voltaire à Paris, un autre dans le Dakota Building à New York, une ferme en Virginie, une maison à Londres, des villas à Saint-Barthélémy et à Monte-Carlo, et une sur l’île de Li Galli, en Italie. Véritable nomade, dansant sur toutes les scènes du monde, Noureev réside peu dans ses demeures. Celles-ci accueillent cependant les collections qu’il achète et amasse durant toute sa vie à l’Ouest. L’appartement parisien acheté en 1979 est la résidence que Noureev occupe le plus. Emilio Carcano, décorateur de théâtre et d’intérieur, crée un intérieur théâtralisé, chargé et opulent.

Porte-manteau
Anonyme
CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev.

Ensemble de chapeaux ayant appartenu à Rudolf Noureev
Deuxième moitié du xxe siècle
Cuir et textile
CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev

Guéridon
Anonyme
Russie, XIXe siècle
Bouleau de Carélie
CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev. RN.2008.16
Théière et sa base
Anonyme
Angleterre, XIXe siècle
Argent, ivoire
CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev.

Cette salle présente une sélection des collections personnelles de Rudolf Noureev.

Comme pour diviser le propos en deux parties bien distinctes : le corps et son décor, la collection de tableaux et de gravures se lit autour de deux thèmes. Pour les tableaux, exclusivement des portraits d’homme, et principalement des nus du XIXe siècle. Ce qui est recherché n’est pas la beauté des lignes – celle de matériau humain que sont les danseurs pour un chorégraphe suffit – mais la force de silhouettes compactes, travaux d’atelier et études peut-être pour des scènes mythologiques.
Pour les gravures, datant pour la plupart du XVIe et au XVIIIe siècle, on s’étonnera de ne pas trouver, ou presque, à une ou deux exceptions près, de sujets relatifs à la danse. Les plans et les vues cavalières de ville, les monuments, rappellent l’errance de cet éternel voyageur qui se plaisait à rappeler qu’il était né dans un train… Deux séries sont d’importance, celle des gravures de Lodovico Burnacini pour Il Fuoco eterno et celle de Coypel pour Don Quichotte. La Collection compte une centaine de numéros (dont 7 tableaux).

Les soeurs Elssler
Firmin Salabert (1811-1895) grava de délicats portraits de plusieurs grandes artistes de la scène romantique, comme la chanteuse Pauline Garcia, Giulia Grisi et Jenny Lind, ou les danseuses Marie Taglioni, Fanny et Thérèse Elssler. Nées à Vienne, les sœurs Elssler sont de célèbres ballerines qui se produisirent beaucoup à Paris, sur la scène de l’Opéra de la rue Le Peletier. Fanny était la plus talentueuse, sa sœur lui servant souvent de partenaire et de porteur. 
Gravures de Charles Antoine Coypel
Gravures de Charles Antoine Coypel (1694-1752) pour Don Quichotte, réalisées entre 1714 et 1751, pour la manufacture des Gobelins. Son style subtil, voire précieux, nous emmène assez loin de l’esprit picaresque de l’œuvre de Cervantès. Ces planches furent publiées par Gérard van der Gucht, afin d’illustrer l’édition du Don Quichotte de John Bowles à Londres en 1781.H.32,5 CM/ L.48,2 CM – INV.RN.2008.56.3 
Gravures de Charles Antoine Coypel
Gravures de Charles Antoine Coypel (1694-1752) pour Don Quichotte, réalisées entre 1714 et 1751, pour la manufacture des Gobelins. Son style subtil, voire précieux, nous emmène assez loin de l’esprit picaresque de l’œuvre de Cervantès. Ces planches furent publiées par Gérard van der Gucht, afin d’illustrer l’édition du Don Quichotte de John Bowles à Londres en 1781.
Planche de proportions du corps humain, avec mouvements d’escrime.
Planche extraite de "l’Académie de l’espée", traité d’escrime de Girard Thibault d’Anvers (1574-1627), publié à Leyde par les frères Bonaventure et Abraham Elzevier en 1628. Gravé par Johann Gellé (décédé vers 1625) Gravure pointe sèche, imprimée à l’encre sur papier vergé ; tirage fin XIXe siècle Cet ouvrage, conçu sous le patronage de Louis XIII est une somme de l’art de l’escrime espagnol. Basé sur le concept de « maîtrise de l’espace », traduit par l’invention d’un « cercle mystérieux » cet art de l’escrime est tout à fait novateur. Son économie de mouvement est gérée par une précision absolue de chaque geste, censée tirer parti de toute la gestuelle des fautes commises par l’adversaire. Les mouvements de l’escrimeur, représentés par des angles et des vecteurs, semblent être les pas d’une danse rigide, prisonnière des cercles vitruviens des proportions du corps humain. CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev
Gravures de Matthaüs Küsel
Gravures exécutées par Matthaüs Küsel d’après des dessins de Ludovico Burnacini (Mantoue, 1636 – Vienne, 1707). Elles représentent douze scènes de l’opéra composé par Antonio Draghi et J.H Schmelzer, créé à Vienne au Théâtre de la Cour en 1674 pour la naissance de l’archiduchesse Anna Maria II, Il Fuoco eterno custudito dalle Vestali, dont les décors et les costumes étaient de Ludovico Burnacini. Formé à Mantoue auprès de son père, grand architecte et scénographe, Ludovico Burnacini fit carrière à la Cour de Vienne, protégé par Léopold I. Il y construisit palais et théâtres, et travailla avec le compositeur Draghi au renouveau de l’opéra viennois voulu par l’empereur. 

Noureev est un collectionneur passionné de textiles et de tapis orientaux, qu’il achète lors de ses tournées, et entasse dans ses maisons en Amérique comme en Europe. Il collectionne les Kaftans, les kimonos, les damas et les cachemires qu'il porte avant tout dans le privé. Au premier rang de ses passions, les kilims, des tapis de laine brodés dans le Caucase et en Asie centrale. Il en possédait à la fin de sa vie des centaines qu’il stockait en grande partie sous ses meubles.

Robe chinoise
Robe chinoise en soie jaune brochée d'un grand dragon unique. Dominante rouge et bleue. Fermeture par 5 boutons boules. Bande de boutonnage noire et argent. Doublure en soie blanche. 

La renommée de Noureev explose dès sa défection en 1961 à l’aéroport du Bourget, largement couverte par les médias, puis entre les années 1962 et 1965, alors qu’il danse au Royal Opera House de Londres avec Margot Fonteyn. Cette célébrité le suit toute sa vie. Sa carrière coïncide avec l’émergence de la culture de masse : il danse pour la télévision, il figure aussi bien dans les magazines spécialisés que dans la presse à scandale, il tourne dans deux films pour le cinéma ("Valentino" en 1977 et "Exposed" en 1991).

Veste
Michael Fish, tailleur. Londres, vers 1965. Cuir doré. CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev.
Veste à trois poches, pantalon et châle multicolore Kenzo
Byblos (vendu par Charivari, New York). Italie, vers 1980. Coton. CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev. Vers 1975. Laine. CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev.

La musique est une véritable passion pour Noureev. Si elle le conduit tout naturellement vers la danse, elle reste présente tout au long de sa vie. La danse de Noureev est caractérisée par une sensibilité musicale très profonde et la capacité de transmettre chaque nuance de la partition. Noureev exprime très tôt un intérêt pour la direction d’orchestre. Il est encouragé dans cette voie par Karl Böhm, Herbert von Karajan et Leonard Bernstein dans les années 1970. Fin des années 1990, il se met à la direction d’orchestre avec le même acharnement que pour la danse. Sa carrière couvre à peine plus d’un an mais elle étonne par le nombre de concerts qu’il donna compte tenu de son inexpérience et de son état de santé.

Habit queue-de-pie
Anderson and Sheppard, tailleurs. Londres, 1976. Laine, faille, soie. CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev. 
Harmonium Hofberg
Allemagne, XXe siècle. Bois. CNCS, don de la Fondation Rudolf Noureev. 

Rudolf Noureev, atteint du SIDA, s’éteint à Paris le 6 janvier 1993. Suivant sa volonté, il est inhumé au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois en région parisienne. La cérémonie civile se déroule le 12 janvier 1993 au Palais Garnier.
Entièrement revêtu de mosaïque, son tombeau se présente sous la forme d'un kilim cher à l'artiste. La conception est assuré par le décorateur Ezio Frigerio qui avait collaboré à plusieurs reprises avec Noureev.

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