La fabrique du costume

À travers cette exposition le CNCS a souhaité évoquer les questions de transmission et de formation. Les établissements de formation, les lycées professionnels, les écoles spécialisées, les formations continues dans les métiers d’art, d’artisanat et de techniques liées à la scène ont été ainsi associés. Sont ici exposés leur démarche de travail à travers des réalisations et des projets.

Central
Nom donné au magasin central des costumes de l’Opéra de Paris situé au cœur des ateliers de couture. Cet espace est équipé d’armoires où sont stockés quelques-uns de nombreux costumes des ballets de l’Opéra national de Paris.
© Elena Bauer / OnP

Cette salle conçue comme l’atelier du costumier, présente les grandes étapes de la fabrication de costumes. Le terme de costumier regroupe plusieurs métiers : celui de créateur - chargé d’imaginer, de concevoir les costumes - et celui de réalisateur, chargé de les confectionner, de donner corps aux projets du créateur. Ensemble, ils collaborent à la production des tenues vestimentaires. La fabrication de costumes de scène s’effectue au sein d’ateliers spécialisés, dont les techniques et les procédés diffèrent nettement de ceux de la couture à la ville. Il ne s’agit pas uniquement d’habiller un interprète, mais de participer à l’élaboration d’un personnage, au service d’un texte ou d’une histoire. Le costume doit par ailleurs s’intégrer aux contraintes que sont la scène ou le plateau, le décor, la lumière, et être pensé dans l’harmonie de l’ensemble des artistes sur scène.

Faire revivre les silhouettes d'époques aujourd'hui révolues, restituer l'esprit d'une époque avec des moyens contemporains, une bonne imagination et des astuces : tel est le métier du costumier. Le costume est toujours une recréation et non une reconstitution historique. Depuis l'atelier, on accède à cet espace où sont exposés des costumes de style historique, conçus et réalisés à différentes époques du XXe siècle démontrant ainsi l'évolution de la coupe à travers la création de corsets et de jupons.

Souvent à peine remarquée lorsque l’artiste est en scène, la chaussure n’en est pas moins un élément capital du costume avec lequel elle doit être en harmonie. Au-delà de protéger le pied de l’artiste, cet accessoire allie des exigences techniques, liées aux différentes formes de spectacles, à des choix artistiques induits par la mise en scène. La chaussure est un objet particulièrement complexe à confectionner, car elle demande une longue réalisation et mobilise des techniques diverses. Le bottier fabrique les chaussures sur mesure ; tandis que le cordonnier les répare, les adapte ou les consolide. Le cordonnier, tout comme le bottier, intervient sur toutes les adaptations nécessaires à la scène semelles spécifiques pour éviter de glisser ou pour feutrer le bruit afin de ne pas nuire à la musique. Pour les changements rapides de costumes, des fermetures types Velcro ou adhésifs remplacent les attaches classiques !

Chaussure en cuir, toile rigide, pastilles en plastiques et motifs peints.

Poulaines recourbées en cuir.

Bottes de style mousquetaire en feutre.

Longtemps considéré comme un accessoire indispensable, le chapeau était auparavant couramment porté à la ville afin de ne pas sortir « en cheveu ». La fabrication est soit traditionnellement assurée par les chapeliers pour les modèles classiques le plus souvent masculins, soit par les modistes pour des créations de coiffes originales de femmes. Dans le monde de la scène, le chapelier Gencel a été pendant trois générations, le fournisseur de l’ensemble des théâtres, des spectacles, du cirque, music-hall, ainsi que du cinéma. Pour faire face à cette pénurie d’artisans, la grande majorité des théâtres a intégré la confection de chapeaux au sein de leurs services costumes. Cependant, plusieurs ateliers indépendants travaillent encore pour le spectacle ou le cinéma, parmi lesquels on peut citer : Pippa Cléator, Maryse Roussel, Titiche Sainte.S,... Sur scène, le chapeau doit être léger et solidement arrimé sur la tête de l’interprète. Pour les chanteurs, ses dimensions ne doivent pas être trop importantes pour ne pas refléter le son.

Costume et coiffe pour le rôle du flamant rose.

Chapeau en fourrure et métal et pierreries.

Robe en lin orange. Manches kimono. Coiffe en tulle et métal.

Chapeau en fourrure et métal et pierreries.

Chapeau réalisé par l’atelier Gencel.

Dès l’Antiquité, le masque est un accessoire primordial au théâtre. Associé ensuite aux fêtes de la Cour ou à la Commedia dell’arte, il semble avoir pratiquement disparu des scènes françaises au cours du XIXe siècle. Depuis les années 1960, plusieurs créateurs ou facteurs maintiennent une fabrication artisanale et des gestes traditionnels tout en intégrant des compétences artistiques. A chaque création, l’artisan doit considérer le personnage et l’interprète, son confort, sa respiration et sa prestation qu’il soit comédien, chanteur, danseur ou figurant. Certains masques sont articulés afin de permettre une bonne élocution. D’autres sont des demi-masques laissant libre la partie inférieure et la parole de l’acteur.

Masque en sparterie peinte.

Masque en sparterie peinte.

Masque articulé en résine peinte.

Les perruquiers posticheurs représentent aujourd’hui une dizaine d’artisans privés perpétuant cette tradition en France. Seuls quelques-uns travaillent pour le spectacle vivant ou le cinéma. Le matériau de base utilisé pour la fabrication de perruques est bien évidemment le cheveu humain ou synthétique, mais aussi des poils d’animaux, angora ou yack (bovidé du Tibet). D’autres matériaux (laine, raphia, fils…), peuvent aussi être utilisés pour des modèles plus fantaisistes. Le cheveu véritable permet d’obtenir une coiffure naturelle et souple, à la différence du cheveu synthétique, en polyamide ou polyester, dont la texture procure un rendu plus raide. Chaque jour de représentation, les perruques sont recoiffées avant d’être disposées sur la tête des artistes par le personnel du service perruques maquillage. À la fin des représentations, elles sont lavées et remises dans le stock. Le théâtre et l’opéra permettent une création artistique quasi illimitée dans les formes et les volumes, à la différence du ballet dont les chorégraphies autorisent peu le port de perruques.

Costume en cheveux synthétiques.

Perruque montée sur carcasse, cheveux naturels implantés, style Vélasquez.

Crin et cheveux montés sur une structure.

Perruque en latex et poil de yack.

Les bijoux ont été longtemps un des éléments essentiels des costumes de scène et il n’est pas très loin le temps où les artistes – les cantatrices principalement – avaient pour habitude de porter leurs bijoux personnels sur scène, tout comme leurs costumes. Cependant, ces périodes où les bijoux ornaient de leur éclat les costumes des artistes sont révolues, sauf sur les scènes du music-hall. Le bijou fantaisie et notamment le strass, inventé au XVIIIe siècle par Georges Frédéric Strass (1701-1773), joaillier du roi de France, a largement ouvert le champ de créations où le strass règne en abondance ! Aujourd’hui encore, il est le principal composant de toute parure ou ornement, brillant de tout son éclat sous les feux des projecteurs. Autrefois confiés à des orfèvres extérieurs, les bijoux de scène sont fabriqués par quelques artisans indépendants comme Pierre Annez de Taboada, créateur de costumes et parurier pour le music-hall et la télévision. Dans les théâtres, ce sont les services de décoration sur costume qui sont chargés de cette création. A partir des croquis du dessinateur de costumes, les ateliers élaborent des prototypes, tenant compte des contraintes liées à la mise en scène et à la prestation de l’artiste.

Coiffe en métal. Les colliers sont un mélange de diverses perles en bois peint et résine.

Coiffe ornée de strass et de plumes d’aigrette portée par Marie-Claude Pietragalla.

L’ennoblissement désigne toutes les opérations apportées au textile afin d’enrichir ou de modifier, son aspect initial et de lui donner une texture particulière. Dans le spectacle vivant, les tissus, rarement utilisés tels quels, sont soumis à des traitements de toute sorte afin d’obtenir l’effet désiré par le décorateur. L’ennoblissement est effectué au sein des ateliers de décoration sur costume, ou par des artisans indépendants, brodeurs, teinturiers, peintres. Tous associent des méthodes traditionnelles à des pratiques expérimentales, suivant l’apparition de nouveaux procédés et matériaux.

Robe peinte à la main de motifs noirs.

Cape en soie brochée avec application de velours, ottoman, galons de broderies d’or, perles, cabochons, sequins, cannetille.

Pourpoint en coton violet avec application en couchure de lamé lisse et de lamé frisé.

Structure en plume dite "Gabrielle"

Plume en nandou de la maison Février

Mélange de plumes véritables pour les ailes et de plumes peintes et imprimées sur le costumes

Cette magnifique coiffe est montée sur une structure en métal chromé réalisée par Michel Carel, les plumes ont été montées par la maison Février, le chapeau a été fabriqué par Maryse Roussel.

Au théâtre, le terme d’armurerie désigne l’ensemble des armes - épées, sabres, fusils, pistolets, glaives, poignards, lances - ainsi que les pièces d’armure - casques, cuirasses, cottes de maille, jambières, gantelets, boucliers... Très utilisés sur scène et au cinéma, ces accessoires ont beaucoup évolué depuis les modèles fabriqués en carton ou en bois peint pour les spectacles au XVIIIe siècle. Au siècle suivant, les mises en scène soucieuses de réalisme et de reconstitutions historiques, ont cherché à reproduire avec détails et minutie, les armures de combat ou de parade alors réalisées en métal par des artisans spécialisés. Depuis, le métal a fait place à des matières très variées. Les cottes de maille ne sont plus un assemblage d’anneaux de métal mais un tricot de fil de laine ou de coton, patiné d’une peinture à effet métallique. Le plastique et les résines, moulés par thermoformage sont désormais utilisées pour confectionner les armures. On compte encore une dizaine d’artisans armuriers en France, c’est un métier reconnu et valorisé par le Ministère de la culture et l’Institut national des métiers d’art.

Armure réalisée en thermoformage. Structure des ailes en plumes de coq et d’oie.

Nous entrons maintenant dans la dernière salle de l’exposition consacrée à l’univers du décor théâtral. Cet espace reprend les principes des ateliers de décor, vastes et lumineux, où sont réunies les différentes étapes de la fabrication d’éléments de scénographie : du projet artistique conçu par le scénographe à la concrétisation en volume, soit de la maquette à la réalisation du décor à l’échelle de la scène, en trois dimensions. Des maquettes, des plans de constructions, des échantillons de toiles peintes et des prototypes de sculptures, prêtés par les Ateliers de décor de l’Opéra national de Paris, mettent en lumière les principaux corps de métiers qui œuvrent à la construction d’un décor : scénographe, dessinateur, serrurier, menuisier, tapissier sculpteur, peintre. Des savoir-faire et des techniques, hérités de pratiques en usage depuis plusieurs siècles.

La modernisation des équipements techniques, plateaux et machinerie, tout comme l’apparition de nouveaux matériaux composites ont engendré des transformations radicales dans l’appréhension de la scénographie. Cette tendance a été accentuée par les mutations esthétiques et intellectuelles initiées par les nouvelles générations de metteurs en scène et de scénographes. Cette salle est une avant-première du futur Centre d’interprétation de la scénographie, espace qui ouvrira au public fin 2019 dans le cadre du projet d’extension et de rénovation du bâtiment dit de la Délégation militaire sur le site du Centre national du costume de scène et de la scénographie.

Credits: Story

www.cncs.fr

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