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Bordeaux au siècle des Lumières

Au XVIIIe siècle, Bordeaux change radicalement. Le port de la Lune est magnifié et de nouvelles artères sont créées pour lui donner son nouveau visage.

Place de la Bourse (1728), Jacques Gabriel IVFondation du patrimoine

La place de la Bourse : un chef d'œuvre royal

Au XVIIIe siècle, Bordeaux est une ville de négoce, très riche. Les vins produits dans la région sont largement exportés, via son port, dans le Nord l'Europe (Angleterre, Hollande). La ville conserve son apparence médiévale, entourée de trois rangées de remparts. 

L'intendant Claude Boucher est le premier à faire une brèche dans ces remparts en ouvrant sur le fleuve une Place Royale, aujourd'hui connue sous le nom de Place de la Bourse.

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L'intendant fait appel à l'architecte du roi Jacques Gabriel et à son fils Ange-Jacques Gabriel pour bâtir cet ensemble architectural époustouflant.

Les bâtiments, en forme de croissant de lune, rappellent la courbe de la Garonne appelée le port de la Lune.

Ils ont un lien direct avec l'activité commerciale et le fleuve puisqu'ils abritent au sud l'hôtel des douanes et, au nord, le palais de la Bourse. C'est là que sont taxées toutes les marchandises qui entrent dans la ville.

Place de la Bourse (1728), Jacques Gabriel IVFondation du patrimoine

En son centre est installée une statue de Louis XV, fondue à la Révolution et dont le bronze est utilisé pour faire des canons.
Elle est remplacée, en 1869, par cette fontaine des trois Grâces.

Les mascarons présents sur les façades de la place de la Bourse (1730/1770)Fondation du patrimoine

Au-dessus de chaque arcade de la place est sculpté un mascaron figurant des visages emblématiques de l'activité de la ville.
C'est ainsi que parmi les marins, viticulteurs et autres marchands sont représentées des têtes aux traits africains rappelant l'activité négrière de la ville.
Cependant cette traite est peu pratiquée à Bordeaux, elle représente moins de 5% des bateaux quittant le port. Le commerce en droiture avec les Antilles et le commerce vinicole avec les pays du nord de l'Europe est largement privilégié.

Lever de soleil sur le quai Richelieu (c. 1750), André PortierFondation du patrimoine

L'intendant Tourny poursuit l'œuvre de Boucher sur la bordure des quais à l'allure jusqu'ici hétéroclite entre morceaux de murs antiques, portes, chais, entrepôts ou boutiques.

Il décide d'un grand programme pour unifier ces façades des quais et donner ainsi aux personnes arrivant par le fleuve un sentiment de grandeur et d'élégance. C'est son architecte fétiche, Portier qui dessine ce grand projet, qui est érigé devant les anciens bâtiments des quais qui ne sont donc pas détruits.

Statue de l'intendant Tourny situé sur la place portant son nom (1825), Intendant TournyFondation du patrimoine

Tourny : un urbaniste à Bordeaux 

Louis-Urbain Aubert de Tourny prend ses fonctions d'intendant de Guyenne en 1743. Il décide de faire de Bordeaux la plus belle ville du royaume.Il est ici représenté avec un plan à la main, au centre de la place qui porte désormais son nom.Agrandir la ville est également une nécessité : Bordeaux est, au XVIIIe siècle, le port le plus important de France. Sa population passe de 50 000 habitants en 1740 à 115 000 en 1780.

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L'intérêt principal de Tourny est de faciliter la vie quotidienne et les déplacements des Bordelais jusqu'ici assez contraints.
Sa première décision est de faire tracer une promenade reliant la vieille ville au quartier des Chartrons, cœur viticole de la ville où sont installés les nombreux négociants étrangers.
Cette allée porte désormais, en hommage, le nom de son créateur.

Immeuble XVIIIe des Allées Tourny (c. 1750), André PortierFondation du patrimoine

Le long de cette promenade sont érigés de splendides immeubles dans le goût classique de l'époque.
Le décor des façades est imposé aux acquéreurs, elles sont toutes dessinées par Portier, architecte qui travaille main dans la main avec Tourny, et ancien élève de Jacques Gabriel, qui a conçu la Place de la Bourse.
La hauteur des bâtiments est limitée dans cette zone pour ne pas dépasser le château Trompette, situé à quelques encablures, à l'emplacement de l'actuelle place des Quinconces.

Cours de l'Intendance, de la place de la Comédie à GambettaFondation du patrimoine

Le cours de l'Intendance est l'un des axes majeurs de Bordeaux.
Cet ancien fossé, comblé au Moyen Âge, devient, au XVIIIe siècle, un cours prisé de la bourgeoisie sur lequel il est bien vu de faire ériger un hôtel particulier.
Il relie alors la Place Gambetta, construite à l'occasion du mariage de Louis XVI et Marie-Antoinette, à la Place de la Comédie, aménagée lors de l'établissement du Grand Théâtre à partir de 1773.

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Situé sur ce cours de l'Intendance, l'Hôtel Acquart est un emblème de l'architecture bordelaise de la fin du XVIIIe siècle. Il est édifié par l'architecte bordelais Louis Combes dans un style néo-classique typique.
Il s'inspire également des fragments d'architectures romaines de l'ancienne Burdigala, exhumés quelques années auparavant et dont il reproduit notamment le motif des corniches.

Au bout du Cours de l'Intendance, le Grand Théâtre (1773/1780), Victor LouisFondation du patrimoine

Le Grand Théâtre joyau classique 

Victor Louis est l'architecte parisien, mandaté par le maréchal de Richelieu, gouverneur de Guyenne, pour réaliser l'opéra de Bordeaux, appelé Grand Théâtre, fleuron de l'architecture XVIIIe de la ville.Il produit avec ce bâtiment un manifeste de l’architecture classique avec son portique à colonnes corinthiennes.

Le Grand Théâtre est élevé, entre 1773 et 1780, à l'emplacement du forum gallo-romain sur lequel se trouvait le "temple des Piliers de Tutelle", détruit au XVIIe siècle.
C'est cet édifice que Victor Louis cherche à faire resurgir avec son œuvre. Il produit un temple dédié aux arts, dont le portique est surmonté de statues féminines figurant les neuf muses et trois déesses : Junon, Minerve et Vénus.

Hôtel particulier (1774/1777), Victor LouisFondation du patrimoine

Victor Louis œuvre également sur l'ensemble de l'îlot urbain qui sépare le Grand Théâtre de la Garonne, le long du cours du Chapeau-Rouge.
Cet hôtel particulier, situé à l'angle du cours et du quai, est acquis par la famille Boyer-Fonfrède. Il est particulièrement connu pour son escalier magistral admiré et loué par tous ses contemporains jusqu'à l'empereur germanique, Joseph II, en visite à Bordeaux en 1777.

Hôtel de Ville de Bordeaux appelé Palais Rohan (c. 1775), Richard-François BonfinFondation du patrimoine

Contrairement aux familles bourgeoises qui souhaitent afficher leur réussite sociale en investissant des hôtels particuliers donnant directement sur la rue, les familles aristocrates préservent leurs demeures en les construisant entre cour et jardin.

Le plus prestigieux hôtel de ce type est le Palais Rohan, érigé à partir de 1771 pour Ferdinand Maximilien Mériadec de Rohan-Guéméné, archevêque de Bordeaux.
C'est aujourd'hui l'Hôtel de Ville.

Entrée de la cour de l'Hôtel Victoria (c. 1790)Fondation du patrimoine

Un sublime exemple d'architecture privée du XVIIIe siècle : l'Hôtel Victoria

L'Hôtel Victoria, situé 33 rue Paul-Louis-Lande, est un autre exemple exceptionnel de ces hôtels particuliers construits entre cours et jardins.Il est bâti pour David Victoria, négociant bordelais et propriétaire à Saint-Domingue, qui fait particulièrement commerce de rhum et d'indigo.

Façade sur cour de l'Hôtel Victoria (c. 1790)Fondation du patrimoine

Construit entre 1787 et 1791, l'hôtel possède un décor très complexe qui va à l'encontre du goût de l'époque, avec des inspirations à la grecque ou encore baroques.
Ses volets d'origine, à la forme d'écailles de poissons, sont un exemple unique dans la région.
L'intégralité de l'hôtel Victoria est inscrit Monument Historique depuis 2014.

David Victoria ne passe que peu de temps en ce lieu, principalement occupé par son épouse. Au décès de cette dernière, l'Hôtel est vendu au Père Bienvenu Noailles, fondateur de la Sainte-famille de Bordeaux, qui en fait un lieu d'accueil pour jeunes filles.

L'institution s'agrandit au fil des siècles en acquérant tour à tour les édifices voisins, bâtis aux XIXe et XXe siècles, aux numéros 29 et 31 de la même rue.

Cour de l'Hôtel Victoria (c. 1790)Fondation du patrimoine

Cet esprit d'accueil se perpétue avec les propriétaires actuels des lieux : la Fondation Habitats Jeunes Le Levain qui héberge depuis les années 1970 des jeunes travailleurs.

Le corps de passage qui sert de stockage et de lieu de vente du rhum au XVIIIe siècle est donc converti en logements, comme l'ensemble des bâtiments.

L'intégralité de l'Hôtel Victoria a été réhabilité en 2019 pour créer des appartements répondants aux meilleures normes.
Ce chantier titanesque a été soutenu par la Fondation du patrimoine.

Escalier de l'Hôtel Victoria (c. 1790)Fondation du patrimoine

Ce superbe escalier monumental du XVIIIe siècle dessert donc désormais 3 étages donnant accès à 47 logements rénovés et à 18 logements neufs, situés dans un bâtiment construit à l'occasion de cette réhabilitation.

Espace de convivialité de l'Hôtel Victoria (c. 1790)Fondation du patrimoine

Cette aire voûtée, donnant sur le jardin est un ancien magasin, aujourd'hui transformé en espace de convivialité.

Les jeunes habitants de l'hôtel ont été associés à la réhabilitation des lieux en participant à des ateliers architecture et patrimoine. Ils ont ainsi pu être sensibilisés à la richesse patrimoniale du bâtiment et donner leur opinion sur son aménagement.

Cuisine réaménagée de l'Hôtel Victoria (c. 1790)Fondation du patrimoine

Bien que tous les appartements soient équipés de kitchenettes, une grande cuisine collective a été aménagée afin d'organiser des événements et permettre aux résidents de partager des moments ensemble.

L'art contemporain a également fait son entrée dans les lieux, chaque étage est orné d'une fresque du street-artiste bordelais : Matth Velvet.
Il retranscrit sur les murs les événements marquants de la vie des résidents, leur ayant permis de se sentir plus adultes.

Détail de la façade d'entrée de l'Hôtel Victoria (c. 1790)Fondation du patrimoine

Mais l’histoire intime des lieux n’est pas effacée pour autant comme en témoigne ce détail décoratif de nombreux cœurs, probablement adressés par David Victoria, souvent absent, à son épouse.
Ils veillent désormais avec bienveillance sur les jeunes occupants de l’hôtel.

Rencontre avec Isabelle Garcia à l'Hôtel Victoria de BordeauxFondation du patrimoine

Rencontre en vidéo avec Isabelle Garcia, directrice de l'Association Habitats Jeunes Le Levain qui présente l'histoire et la réhabilitation de l'Hôtel Victoria.

Crédits : histoire

Tous nos remerciements à Isabelle Garcia, directrice de l'Association Habitats Jeunes le Levain, ainsi qu'à Agathe Corre et l'Office de Tourisme de Bordeaux, pour leur temps et leur aide précieuse dans l'élaboration de ce contenu.

Pour soutenir le financement de la restauration de l'Hôtel Victoria suivez ce lien.

Crédits : tous les supports
Il peut arriver que l'histoire présentée ait été créée par un tiers indépendant et qu'elle ne reflète pas toujours la ligne directrice des institutions, répertoriées ci-dessous, qui ont fourni le contenu.
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